Voici la lettre de rentrée de COUACS INFO ! L’occasion de faire le point sur les publications COUACS de l’été que vous avez peut-être manquées ; de relever quelques nouveautés discographiques notables parues ces derniers temps ; de méditer sur la politique catastrophique de Marc Voinchet, à France Musique.
Les podcasts COUAX reprendront quant à eux la semaine prochaine, avec des invités de qualité ! D’ici là…
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Au sommaire cette semaine :
Les (nouveaux) grands mystères de la musique - 1
La catastrophe Voinchet à France Musique
Un été avec Alain Villain : résumé des épisodes parus, et ce n’est pas fini !
De disques pour la rentrée…
Sergio Fiorentino chez Brilliant Classics
Symphonies d’Elsa Barraine chez CPO
La clarinette de Marek Švejkar chez Supraphon
Les raretés pianistiques de Husum, 2024 chez Danacord
Les Ailes du désir, opéra d’Othman Louati (*1988) d’après Wim Wenders, chez b.records
Le dernier, vraiment, le dernier, disque de Philippe Entremont.
Les (nouveaux) mystères de la musique - 1
France Musique « stationnalisé » : Marc Voinchet, son directeur, a réinventé l'eau tiède du formatage et de la radio commerciale
Formatage commercial de France Inter, dérive de France Musique, gaspillage des ressources, absence de pilotage politique : les radios publiques abandonnent leur mission de découverte au profit d'un modèle commercial visant à maximiser l'audience en évitant toute surprise.
Installé aux commandes de France Musique depuis près de dix ans, Marc Voinchet lache le morceau : il a “stationnalisé” l’antenne dit-il, c’est-à-dire qu’il l’a formatée, et cela s’entend. L’été 2025 a été l’occasion d’une bascule vers le easy listening, jusqu’à proposer une série d’entretiens avec Enrico Macias ! Un artiste tout à fait honorable par ailleurs, mais que Radio France pourrait exposer sur d’autres de ses chaînes, elles ne manquent pas : sur France Inter, sur France Culture ou même sur le Mouv’, ce serait rigolo !
La grille de rentrée de France Musique qui nous est présentée est remarquable par sa constance à poursuivre la véritable auto-mutilation que lui inflige Voinchet. Un vrai désastre.
Qui sonnera enfin la fin des dégâts ?
En attendant, la rentrée à Radio France, le 25 septembre se caractérise par le début d’une grève illimitée. On ne voit, hélas, guère de revendications liées à la politique musicale de la maison…
Entretiens avec Alain Villain, créateur des disques STIL : résumé des épisodes parus
Tout au long de l’été COUACS INFO a publié une série d’entretiens éclairants avec l’éditeur Alain Villain, véritable saga du disque classique indépendant, qui s’étend des années 1970 aux années 2010, agrémentée de très nombreux documents inédits qui m’ont été confiés par cette personnalité assez unique en son genre, artisan furieux et têtu dans l’univers du disque classique.
Rappel et liens vers les épisodes publiés :
1 - L’aventure de l’orgue du Gaumont Palace ( 1 ) Lecture intégrale offerte actuellement aux abonnés gratuits
5 - La vérité sur “ l’affaire des Boréades “ (1) Lecture intégrale offerte actuellement aux abonnés gratuits
Et ce n’est pas fini ! Les prochains entretiens avec Alain Villain seront consacrés au troisième et dernier épisode de “La vérité sur l'affaire des Boréades” le 28 août ; et aux organistes Jean Boyer et Pierre Vidal, le 4 septembre.
Des disques pour la rentrée…
Brilliant Classics publie un coffret physique de 26 CD qui est le plus bel hommage jamais rendu à Sergio Fiorentino (1927–1998), vrai génie du piano qui n’a pas bénéficé de son vivant du quart de la réputation que son talent méritait. Il faut vraiment tirer un coup de chapeau à Brilliant Classics, décidemment brillant, pour avoir non seulement publié ce coffret mais aussi l’avoir accompagné d’un tres bon livret ; et d’avoir simultanément rendu disponible sur les plateformes de musique numérique le contenu de cette boîte en quatre gros albums et avec, ouuuuuuuui, le livret numérique également ! Exactement ce que les trois Majors s’obstinent à pas faire avec leurs coffrets, en particulier la collection Eloquence. de chez Universal, dont il faut chaque fois aller repêcher à l’aveuglette les contenus sur les plateformes de streaming, album par album, sans livret ni documentation, et en contournant les doublons. Le coffret Fiorentino de 26 CD est disponible sur Presto Music ici avec d’excellents commentaires. Bizarrement les quatre albums numériques qui reconstituent le coffret ne sont pas disponibles en streaming chez Presto mais c’est peut-être une affaire de jours. Il est disponible intégralement en quatre albums sur Qobuz déjà derrière ce lien.
L’autre événement de la semaine est un disque consacré à la musique symphonique d’Elsa Barraine (1910-1999) qui m’avait échappé il y a quelques mois à sa parution. Ou plutôt, que j’avais vu passer mais que je n’avais pas écouté. Dans son numéro de septembre Diapason lui décerne un Diapason d’Or bien mérité sous la plume de Jacques Bonnaure. Cette musique sera pour beaucoup une révélation. La musique de Barraine combine un discours captivant et une science de l’orchestration exceptionnelle. Barraine était, dit-on, l’élève préférée de Paul Dukas : pas pour rien ! Elle succéda à Olivier Messiaen à la classe d’analyse du Conservatoire de Paris. L’effacement des programmes des œuvres de cette compositrice est absolument significatif, non pas seulement de l’ostracisme à l’égard des femmes musiciennes, mais de l’ostracisme qui a touché les compositeurs et compositrices de cette génération, littéralement interdits par le boulezisme à partir de l’après-guerre. Le fait d’être femme lui vaut d’être redécouverte aujourd’hui, c’est déjà ça. Christian Măcelaru a dirigé il est vrai sa deuxième symphonie en septembre 2024 au National. Pourquoi ne l’a-t-on pas fixée sur disque ? Sans doute parce que la politique discographique de Radio France est un bouzin, qu’on y trouve du temps et de l’argent pour envoyer une équipe à Bordeaux capter une 9° de Beethoven inutile, au lieu de documenter une artiste qui par ailleurs a eu un comportement absolument héroïque pour son pays pendant la guerre. Le disque propose ses Symphonies 1 et 2, Pogromes (Illustration symphonique pour Pogromes d'André Spire), et sa Musique funèbre pour la mise au tombeau du Titien. Le WDR Sinfonieorchester de Cologne, superbement enregistré, est placé sous la baguette d’Elena Schwarz. À quoi servent les orchestres français, une fois de plus ?
Excellent disque de clarinette solo de Marek Švejkar avec des œuvres de Bach, Berio et Boulez. Il sait jouer ! Un grand bol d’air frais. Disponible en CD et numérique ; en numérique avec livret PDF : merci Supraphon.
Comme chaque année je mentionne ici le disque “live” de l’année préédente, 2024 en l’occurence, enregistré au Piano Rarities de Husum, ce festival estival plusieurs fois évoqué ici. Trois concerts du Festival 2025 maintenant terminé étaient écoutables en streaming ces derniers jours. Parmi lesquels, le 23 août le récital splendide de Illia Ovcharenko, un pianiste ukrainien aux doigts d’or et qui est engagé constamment en faveur de la musique de son pays. Il a remporté le concours de Honens en 2022, et un disque de ses prestations lors du concoures est disponible. Il avait réalisé son premier enregistrement pour le Festival d’Auvers sur Oise, également disponible en numérique. A son programme à Husum cette année figuraient des pièces de Schumann, Busoni, Paderewski, Sergej Bortkiewickz (1877-1952) Levko Revutsky (1889-1977) et Boris Ljatoschinsky (1895-1968). ce récital est disponible en replay pendant 30 jours sur le site et l’application de la Deutschlandfunk Kultur. Ecoutez, c’est magnifique.
Par ailleurs , le récital à Husum de Herbert Schuch dont j’ai vanté le disque Brahms récemment paru chez Naïve est disponible en replay sur Youtube. Husum c’est l’anti-Roque d’Antheron.
Et donc : le disque du Festival 2024 est paru, et disponible sur toutes les plateformes. Et je viens de réaliser que le disque du Festival 1993 proposait un bout du récital que Sergio Fiorentino y donna cette année-là (en compagnie de Stephen Hough et Bernard Ringeissen entre autres ). J’aurais bien aimé y être…
Ne manquez pas d’écouter pas un court disque chez BR Kassik, celui du Alinde Quintet, consacré au juvénile Quintette pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson du tchèque Pavel Haas, mort en 1944 à Auschwitz.
Enfin, signalons l’opéra Les Ailes du désir d’Othman Louati (*1988) d’après Wim Wenders, sur un livret de Gwendoline Soublin, qui avait été représenté au cours de la saison 2023/2024 dans les Opéras de l’ouest puis à Dijon, Dunkerque, Tourcoing, Compiègne, Besançon et Quimper ! On doit ce disque au label b.records, auquel COUACS INFO a consacré un podcast que vosu pouvez écouter ici. Comme les pochettes b.records peuvent entraîner de regrettables torticolis, je me suis permis de remettre celle des Ailes du désir à l’endroit sur la mosaïque ne tête de cet article !
Je terminerai la semaine en vous enjoignant d’écouter le… nouveau disque de Philippe Entremont. Il a été enregistré en 2022 par un artiste assez sensationnellement en forme. Ce disque n’a rien de crépusculaire, vous entendrez. Ce sera, me dit Entremont, son dernier disque… Il est consacré à des œuvres que le pianiste n’avait jamais enregistrées auparavant, au cours de son épopée discographique pourtant abondante et prestigieuse.
On me dit que les Victoires de la Musique Classique ont jugé sans nécessité l’année dernière de décerner une Victoire d’Honneur à Philippe Entremont, le pianiste français qui a réalisé l’une des plus grandes carrières internationales du XX° siècle. Il est encore temps de se rattraper cette année. Histoire de ne pas lui rendre hommage après sa mort avec des larmes de crocodile.
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