France Musique « stationnalisé » : Marc Voinchet, son directeur, réinvente l'eau tiède du formatage, et la radio commerciale
Les nouveaux grands mystères de la musique - 1
Formatage commercial de France Inter, dérive de France Musique, gaspillage des ressources, absence de pilotage politique : les radios publiques abandonnent leur mission de découverte au profit d'un modèle commercial visant à maximiser l'audience en évitant toute surprise…
La matière première d’une radio consiste en des disques, des concerts ou des événements enregistrés, des propos de journalistes et de présentateurs et, parfois, des créations sonores originales combinant paroles et musique de manière plus travaillée.
Le grand Art de la radio commerciale, tel que vous l’expliqueront les professionnels de l’audience, consiste à garder les auditeurs à l’écoute le plus longtemps possible, ce qui implique d'éviter absolument les « chocs thermiques ». C'est la raison pour laquelle la plupart des radios musicales commerciales sont dites « formatées » : pas question de surprendre l'auditeur avec un répertoire, des sujets ou un style d’émission qu'il n'attend pas.
Les radios que l'on appelait jadis « périphériques », comme RTL ou Europe 1, sont généralistes, mais d’un généralisme formaté : elles visent une audience grand public, que ce soit par leurs émissions de divertissement ou leur programmation musicale. Privées, financées par la publicité, elles doivent livrer à leurs annonceurs des audiences quantifiées sur lesquelles est basé le prix de vente des spots qui les font vivre. Aux moments creux de la grille, là où l’audience n’est pas un enjeu réel (la nuit très tard ou les après-midi ou soirées des week-end), elles programment parfois un peu de classique, de jazz ou de pop moins grand public.
France Inter radio formatée…
France Inter, radio généraliste de service public, concurrente de RTL ou Europe 1, a longtemps porté sa différence en bandoulière comme un emblème. En réalité, cette distinction lui était imposée par un cahier des charges — dont j'ignore s’il est encore formalisé quelque part — qui lui enjoignait de mettre à l’antenne une palette complète de sujets éducatifs et de divertissement, incluant la “culture sérieuse”, dans le but de faire découvrir au plus large public ce qu'il ne sait peut-être pas encore aimer. On nous dit et répète que France Inter est parvenue à se hisser au premier rang des écoutes. Le problème c’est que France Inter n’est plus la même radio, au terme d’un tour de passe-passe d’un total cynisme dans ses programmes.
Depuis quelques années, et en particulier depuis l’ère Laurence Bloch, France Inter a été délibérément re-formatée à la manière d’une radio commerciale, autour de sujets « sociétaux », de l’humour, et d’une autoproclamée « néo-pop culture » surgie un jour dans son discours puis constamment revendiquée. C’est une couverture pratique pour intégrer, sous prétexte de second degré ou de nostalgie, le plus de thématiques possible ne visant pas trop haut. C'est ainsi que des sujets ou des artistes qui n'auraient jamais mis un pied sur France Inter au temps de « la différence » (peut-être à tort, d'ailleurs) y sont maintenant complaisamment célébrés. Des émissions comme Blockbusters ou celles de Matthieu Noël en sont de bons exemples, tout comme les deux heures de promotion quotidiennes de Nagui, animateur publicitaire mutualisé avec le pire de France Télévisions, auprès duquel Maurice Biraud était bien sûr un génie quand il cachetonnait dans les supermarchés en banlieue ans les années 60. On pourrait aussi mentionner le recours constant aux nombre de followers sur les réseaux sociaux pour justifier de l’invitation à l’antenne de tel ou tel influenceur ou rappeur ; et la fascination répétitive pour la fortune de Taylor Swift.
Mais, passer une plage de 4 minutes de Mozart ou Debussy, ça NON : le programme musical de France Inter a été drastiquement corseté autour d’une playlist imposée où la langue anglaise est glorifiée, où le style est essentiellement pop et maintenant rap, et d'où le jazz, le classique et les musiques du monde ont disparu, non seulement en illustration sonore mais aussi de cases spécifiques dédiées. Ce formatage musical est d’une violence insensée. Il a culminé cet été avec les grèves, où les programmateurs se sont fait plaisir en roue libre avec la bénédiction de leur direction. Et quand on n’était pas en grève, on a servi aux auditeurs, le soir, de longues plages intitulées « Playlist Sound System » — admirez le souci de la langue française — programmées entre de multiples rediffusions déjà disponibles en podcast.
L’une des raisons du refus de la réforme Dati par les personnels de France Inter, et qui occasionne une grève illimitée annoncée pour le 25 août 2025 est le regroupement de la direction de l’information sous une seule casquette commune à tout l’audiovisuel public. Mais en ce qui concerne la musique, la fusion est déjà effective dans les faits, sans que cela ne révolte personne dans le personnel.
France Musique “stationnalisée” !
Ce qui s’est passé à France Inter est assez comparable et éclaire bien la manière dont l'évolution de France Musique a été menée par son apprenti-sorcier et théoricien, j’ai nommé Marc Voinchet. La grille des programmes de rentrée conccotée avec son double Stéphane Grant vient pérenniser certaines experimentations estivales redoutables et
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