NOUVEAUTÉS DISCOGRAPHIQUES - Vendredi 11 décembre 2020

La contre-sélection hebdomadaire COUACS des nouveautés classiques. Les rééditions, les archives et les "live" ont désormais leur chronique spécifique le mercredi qui s'appelle "L'AVENIR DU PASSÉ"

Petite semaine, sur le front des “vraies” nouveautés. On attend encore quelques disques de Noël pas disponibles, en particulier l’Oratorio de Noël de Savall. Raison pour laquelle bientôt notre sélection des nouveautés sur la thématique de Noël que vous pouvez déjà lire ici. sera mise à jour.

Rappelons que cette sélection est totalement libre et subjective, et écrite à 6 mains. Elle est bien sûr libre de toute publicité ou de tout “partenariat”, ce nouveau nom bien pratique de ce qu’on appelait autrefois pudiquement le “publi-rédactionnel”…


2020 était (aussi) l’année anniversaire de la naissance et de la mort du compositeur Olivier Greif (1950-2000), un génie foudroyé.

Si vous ne connaissez pas bien ce compositeur, le disque tout juste paru du Quintette Syntonia que nous mettons aujourd'hui en avant n’est peut-être pas le premier par lequel nous aurions naturellement commencé, mais peu importe : ce Quintette A Tale of the World (“un Conte du Monde”) dont c’est le premier enregistrementmondial est bien caractéristique de l’incroyable force de conviction de la musique de Greif, dont on ne sort jamais indemne.

PARTAGEZ CETTE PUBLICATION

L’œuvre mêle dans une formule surprenante voix et instruments sur cinq mouvements. Et pourtant, point de chanteurs : ce sont bien les instrumentistes qui sont aussi les récitants, que le compositeur fait chanter en sanskrit ou en anglais élisabéthain, qui récitent en français, anglais, italien, allemand… Le talentissimeux Quintette Syntonia est l’un des rares quintettes avec piano constitué de la place. Ils s’est fait connaître par un magnifique enregistrement du Quintette de César Franck, en particulier. Mais j’ai aussi beaucoup aimé leur récent Debussy. C’est peu dire qu’ils se sont investis dans ce Quintette de Greif, et c’est bouleversant.

Laissons pour finir la parole à Stéphanie Moraly, leur premier violon :

“Le Quintette A Tale of the World fait partie de ces rares œuvres qui changent les interprètes qui choisissent de l’affronter. Nous espérons que notre enregistrement, en comblant un vide criant (puisqu’il s’agit du dernier grand chef-d’œuvre de Greif qui n’avait pas encore été enregistré), changera aussi un peu le monde de ceuxqui l’écouteront. C’est en tout cas ce que Greif aurait souhaité, « plus que tout
au monde »...”

Attention : ce disque n’est pas disponible actuellement sur ma plateforme de streaming préférée. Vous pouvez l’acquérir (label CIAR) chez un disquaire si vous en trouvez un, ou par correspondance. Vous pouvez l’écouter en intégralité avec de la publicité sur Youtube. Et la télécharger sur iTunes.

Vous pouvez consulter la discographie consacrée à Olivier Greif pour aller plus loin dans la découverte de son œuvre. Enfin, un site est consacré au compositeur.

La musique de chambre tient le haut du pavé cette semaine, et c’est un vrai bonheur de saluer la naissance d’un jeune Trio avec piano qui a tout pour aller loin, le Trio Zeliha (?). Les trois compères ont consacré leur Opus 1 à… trois Opus 1 ! Mais programmés dans le disque dans le sens inverse des aiguilles d’une montre : Chosta, puis Arensky, puis Mendelssohn.

Le Trio Zeliha est composé de Manon Galy, violon, de Jorge González Buajasan au piano et de Maxime Quennesson au violoncelle. Les Zeliha sont totalement enthousiasmants, avec pêche et maîtrise tout à la fois. On ne voit pas trop ce qui leur manque. La prise de son est remarquable, réalisée par des étudiants en formation aux métiers du son au Conservatoire de Paris. Encore un bon disque MIRARE ! La couverture pique un peu les yeux, avec son fond vert.

Maxime Quennesson, le violoncelliste du Trio vient par ailleurs de remporter le Premier Prix au Concours international Lillian and Maurice Barbash – JS Bach qui s’est tenu cette année, Covid oblige, à distance et en streaming.
Voyez son épreuve, avec la Cinquième Suite de Bach :


Le canadien Louis Lortie possède une souveraineté pianistique qui le décolle de ses collègues contemporains, une sensibilité à fleur de peau, un jeu souvent empreint de profonde nostalgie et ouvert à la rêverie. Il est heureux qu’on entende Louis Lortie davantage en France depuis quelques temps, car il est l’un de ces grands pianistes parvenus à la maturité qui nous apporteront bien du bonheur dans les prochaines années. Je vais sans doute choquer, mais il est effectivement ce qu’un Pollini a manqué d’être, finalement. Lortie n’a pas attendu l’année Beethoven pour réaliser une intégrale des sonates de Beethoven chez Chandos qu’il faut écouter : elle est majeure. Sans parler de ses Etudes de Chopin, déjà anciennes (1986) qui sont toujours un repère important.

Mais dans Fauré il apporte une contribution précieuse. Personnellement, je suis toujours curieux d’entendre la musique de Fauré entreprise par des pianistes anglo-saxons ou allemands : c’est mon dada, j’écoute tout ce qui sort dans ce domaine. J’aime comment ils s’emparent de cette musique si forte et parait-il si française. Cela donne des horreurs à côté de la plaque, et des réussites superbes et méconnues. Les meilleurs savent en chasser toute mièvrerie, c’est ce que j’y recherche. Voilà donc le deuxième disque Fauré que Lortie enregistre. Il traduit la délicatesse grandiose de ce musique avec des doigts aux bord des larmes, et une qualité pianistique supérieure. Dans ses deux disques, à côté des partitions originales Lortie propose des arrangements de son cru (mélodies, extraits du Requiem). Il avait déjà enregistré la Ballade en version piano et orchestre, couplée avec les concertos de Ravel avec Rafael Frühbeck de Burgos. Dans Thème et Variations il est particulièrement intéressant, pour les mêmes raisons qu’on aime ses Beethoven : la réalisation en est rarement convaincante sous des doigts incertains. Lortie résout cela. De toutes façons j’ai toujours trouvé une sorte d’analogie entre Beethoven et Fauré. OK… je réalise bien que je dérive, que je me donne des verges pour me faire battre : on va dire que je délire et que je ressuscite chez COUACS la critique musicale la plus atmosphérique et la plus surannée. Mais que voulez-vous, j’ai une passion pour Fauré, et, moi aussi, j’ai un petit cœur tendre, et qui bat.

Vous savez ce qui vous reste à faire ? Ecouter les disques Fauré de Louis Lortie, et toute sa discographie, d’ailleurs. Vous y avez rendez-vous avec un nouvel ami, si vous en manquez (ce qui est mon cas 😩).

Le “niveau”. Le “niveau”, c’est ce qui sépare un grand instrumentiste du peloton. C’est souvent difficile à expliquer et même à ressentir en matière de pianistes, ce qui explique tant d’impostures courantes. En vélo ou en violon c’est bien plus évident. Et en flûte, flagrant. Emmanuel Pahud est un instrumentiste superlatif et son hommage à Beethoven sera acclamé. Il est ici entouré de ses magnifiques amis berlinois (Kashimoto est le premier violon des Berliner) et de Daddy-Dany, infatigable, au piano ! Enregistré à la Pierre Boulez-Saal à Berlin.

Benoît d’Hau, l’homme derrière les labels IndéSens (et Calliope désormais) n’a pas que mauvais caractère. Il a une passion pour les cuivres et les vents en général, et une bonne oreille pour choisir ce qu’il fait paraître. Faites un tour dans son catalogue, qui commence sérieusement à ressembler à quelque chose. Là, il nous offre des répertoires de compositeurs qu’il faut encore et toujours écouter et défendre, en attendant que leurs œuvres symphoniques soient programmés par les utilisateurs des sous du service public : orchestres de Radio-France, Orchestre de Paris, etc. Vivement recommandé. En bonus, cette vidéo de présentation :



Encore un modeste label allemand, EDA, qui sera intéressant à explorer, dont je découvre seulement les trois premiers disques disponibles en streaming, sur un catalogue qui en compte déjà une centaine. Ils ont engagé il y a une vingtaine d’années une série de disques consacrée à ces élèves de Franz Schreker qui bénéficièrent d’une certaine notoriété à l’époque de la République de Weimar. On y découvre la musique de chambre de Hugo Herrmann, Felix Petyrek, Leon Klepper et Isco Thaler. Musique de grande qualité et répertoire passionnant. Ils n’ont pas fourni de livret numérique mais sur la fiche du disque sur leur site, et avec un outil de traduction automatique, vous récupérerez déjà de quoi satisfaire votre curiosité.

Il n’y a pas de mal à radoter quand c’est pour le bien du lecteur. Dans la première chronique discographique de COUACS on évoquait les Goldberg de Pavel Kolesnikov.
Je vous recommande la lecture de cet entretien avec le pianiste, recueilli par Camille de Rijck pour Le Vif en Belgique. Et bien sûr l’écoute du disque, paru chez Hyperion.
Lequel label célébrera l’année prochaine son 40ème anniversaire, on y reviendra.

Laissez un commentaire !