Les disques de la semaine - 27 nov. 2020

Chaque vendredi, retrouvez la contre-sélection des nouveautés et rééditions discographiques de COUACS.

  • Merci de lire à la fin de l’article “BON À SAVOIR” sur le fonctionnement de cette rubrique.

  • Please read at the end of the article “ GOOD TO KNOW”: a notice on the functioning of this section.

NOUVEAU : Vous pouvez désormais télécharger cet article en PDF pour une lecture sur papier.

Comme Noël approche, une sélection spéciale de disques récents sur ce thème sera proposée dans un post ultérieur.

NOUVEAUTÉS

On commence par un album numérique de nos amis du Berliner Philharmoniker, qui parait sous une forme différente de sa version physique. Le plantureux livret numérique est celui du produit physique, mais pour une fois on ne va pas se plaindre d’en avoir trop. Car la version physique comporte aussi la Sixième de Tchaikovski et la Neuvième de Beethoven qui ne sont pas là : il est probable que ces deux oeuvres seront rendues disponibles par ailleurs.
Ici, on a gardé le plus original, Musik für Orchester de Rudi Stephan (1887-1915) et la Quatrième symphonie de Franz Schmidt (1874-1939).
La musique symphonique de Schmidt longtemps restée obscure et indisponible au disque excite les chefs ces derniers temps puisque nous avons eu une intégrale tout récemment de Paavo Järvi, précédée de celle de son Papa Neeme avec Chicago chez Chandos ; que Semyon Byschkov avait enregistré la deuxième symphonie pour Sony il n’y a pas si longtemps, et que Vassily Sinaisky a lui-même produit une intégrale à Malmö pour Naxos… Bref, l’heure de cette très belle musique a sonné.
Kirill Petrenko, le nouveau patron du Berliner le dit : La Quatrième s'apparente à une symphonie d'adieu, presque un requiem instrumental. Le solo de trompette avec lequel elle commence et finit a été décrit par Schmidt comme un adieu. C’est “la dernière musique à emporter dans l'autre monde”. Je voulais présenter cette œuvre dès que possible à l'orchestre, qui ne l'avait pas joué depuis des décennies.

La première de Musik für Orchester de Rudi Stephan en 1913 avait fait de lui l'un des grands espoirs des jeunes compositeurs allemands de sa génération, espoirs qui furent anéantis par la Première Guerre mondiale où il fut tué à 28 ans, d'une balle à la tête. Il n’a laissé qu’une poignée d’oeuvres.
La pièce de Stephan est issue d’un concert de Petrenko en 2012 donc avant sa nomination, et la symphonie de Schmidt d’un concert de 2019.

La couverture de l’album (reproduite ci-dessus) est un peu étrange : elle comporte une œuvre de la plasticienne Rosemarie Trockel, qui illustre aussi les pages du livret. C’est “trendy”, ça doit coûter cher… en tous cas cela ne cède en rien à la facilité : ) !

Mentionnons pour finir que le label auto-produit par le Berliner Philharmoniker, créé en 2014, commence à ressembler à quelque chose. Tous ses disques sont là, pour mémoire.

La musique de chambre de William Walton n’est pas si mal documentée au disque déjà, et l’objet ici n’est pas de se lancer dans une discographie comparée mais de saisir l’occasion de cette nouveauté jouée avec beaucoup d’engagement par Matthew Jones en particulier, qu’on connait bien, et ses amis, pour attirer vos oreilles de bonne volonté vers ces quatre belles oeuvres de musique anglaise, qui représentent en fait toute la musique de chambre composée par Walton avec violon et piano ; des pièces composées écrites entre 1918 et 1950. Surprenante sonate pour violon, et Quatuor de jeunesse très réussi.

Depuis ce qui était je crois en 2001 leur premier disque chez Live Classics, je kiffe carrément le Jerusalem Quartet qui allie la qualité instrumentale et une sorte de distinction particulière. Ces quatre là ont trouvé chez harmonia mundi un label propice où développer une superbe et déjà copieuse discographie. Ils signent ici le second volume de leur intégrale des quatuors de Bartók, le premier volume étant disponible ici.


Tiens, puisqu’on est dans les cordes, voici une très belle nouveauté qui changera, en cette fin d’année Beethoven perturbée, du énième début d’intégrale des Sonates pour piano. Cela se passe chez Alpha, et l’idée (pardon… le concept !) Searching for Ludwig en revient au violoniste Mario Brunello qui par ailleurs vient de faire paraître dans un genre bien différent un disque réjouissant consacré à aux Concerti e Sonate per Violoncello Piccolo de Tartini.

Brunello propose ici les quatuors 14 et 16 de Beethoven arrangés pour la Kremerata Baltica (le 14ème Quatuor étant dirigé par Gidon Kremer lui-même), une oeuvre contemporaine de Giovanni Solima (*1962), Note Sconte (« notes cachées » en dialecte vénitien) et en ouverture un arrangement de Valter Sivilotti pour violoncelle, cordes et percussions de la musique de Léo Ferré pour son grand texte “Muss es Sein - Es Muss Sein”, une œuvre que Ferré dirigeait entre autres en 1974 au Palais des Congrès lorsqu’il y donna un récital inoubliable avec grand orchestre à la tête des Concerts Lamoureux.

Sur l’anecdote de ce “Muss es Sein”, je recommande de lire l’article publié sur le site de la RTBF.
Mario Brunello a eu la bonne idée d’utiliser en re-recording la voix d’outre-tombe de Léo Ferré, dans la version italienne du texte. La version française fait partie de ces disques de Ferré de sa dernière période, qu’il avait voulu indépendante discographiquement, mais qui n’est toujours pas disponible en numérique. Il y a quelque chose d’un peu ironique à penser que cet artiste a quitté un jour sa Major honnie pour faire ce qu’il voulait et être libre de produire et publier ce qu’il veut — et 40 ans plus tard ce sont les disques même de cette “indépendance” que les jeunes générations ont le plus de mal à entendre. Allo, les ayants-droit ?

Le livret de ce disque ( par ailleurs impeccable et documenté) ne donne pas le texte de Ferré en français, et je me permets de le citer ci-dessous :

MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !

La Musique... La Musique...
Où elle était, la Musique ?

Dans les salons lustrés aux lustres vénérés ?
Dans les concerts secrets aux secrets crinolines ?
Dans les temps reculés aux reculs empaffés ?
Dans les palais conquis aux conquêtes câlines ?

C'est là qu'elle se pâme c'est là qu'elle se terre la Musique...
Nous, c'est dans la rue qu'on la veut, la Musique !
Et elle y viendra !
Et nous l'aurons, la Musique !


MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !

Depuis voilà bientôt trente ans
Depuis voilà bientôt dix jours
Depuis voilà bientôt ta gorge
Depuis voilà bientôt ta source
Depuis que je traîne ma course
Au creux des nuits comme un forçat
à patibuler mon écorce

MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !

Je suis un arbre non daté
Depuis que je bois à ma porte
Et que de l'enfer tu m'apportes
De quoi trancher sur l'avenir
Depuis que rien ne se dévore
à part les ombres sur le mur
Depuis que tu me sers encore
La défaite sur canapé

MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !

Une araignée m'a dit "bonsoir"
Elle se traînait au crépuscule
Depuis que mon âme bascule
Vers des pays plus mécaniques
Depuis que gavé de musique
Je vais porter ma gueule ailleurs
Une araignée m'a dit " d'ailleurs
Le tout c'est d'avoir la pratique "

MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !

Ludwig! Ludwig! T'es sourdingue?
Ludwig la Joie Ludwig la Paix
Ludwig! L'orthographe c'est con !
Et puis, c'est d'un très haut panache
Et ton vin rouge a fait des taches
Sur ta portée des contrebasses
Ludwig ! Réponds ! T'es sourdingue, ma parole !

MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !
CELA DOIT-IL ÊTRE ? CELA EST !

La Musique... La Musique...
Où est-elle aujourd'hui ?

La Musique se meurt, Madame !

Penses-tu ! La Musique ?
Tu la trouves à Polytechnique
Entre deux équations, ma chère !
Avec Boulez dans sa boutique
Un ministre à la boutonnière

Dans la rue, la Musique !
Music ? in the street !

La Musica ? nelle strade !

BEETHOVEN STRAßE !

MUSS ES SEIN ? ES MUSS SEIN !
CELA DOIT-IL ÊTRE ? CELA EST !

© Editions La Mémoire et la Mer


LE LABEL DE LA SEMAINE

Dans les années 80 et 90 en Amérique du Nord un grand label indépendant classique et jazz réputé pour la qualité de ses prises de son audiophiles dominait les bacs. C’était TELARC. Un autre label, canadien celui-là, DORIAN fut créé un peu plus tard sur les mêmes fondamentaux. Ainsi va le destin des labels indépendants : ils vivent puis ils meurent et les deux faux-frères connurent un destin similaire. L’un et l’autre réapparaissent, sans re-masterisation, ce qui est dommage car il y avait là du beau matériau. TELARC, c’est un peu erratique et compliqué, mais je ferai le point un de ce jour.

En revanche j’ai découvert la semaine dernière que plus de 200 albums du catalogue DORIAN ont réapparu. Ce n’est pas tout le catalogue, mais “cétacé”, comme il est chanté dans “Nous voulons une petite sœur” de Poulenc et Jean Nohain. Ok ce mauvais jeu de mots n’a rien à voir mais c’était pour vous donner l’occasion de découvrir cette chanson bien amusante si jamais vous ne la connaissez pas !

Pour en revenir à nos oignons et à DORIAN, voici les albums sauvés des eaux, dans l’ordre chronologique, en connaissant par les plus anciens. Les amateurs d’orgue se rappelleront à cette occasion et avec nostalgie des beaux disques que Jean Guillou avait réalisé pour DORIAN sur son orgue de Saint-Eustache, qui venait d’être rénové. Et quant à moi j’ai toujours trouvé que leurs enregistrements de musique de chambre étaient bourrés de qualités. Sans compter la musique irlandaise…


RÉÉDITIONS & ARCHIVES

Je me propose de commencer les rééditions et archives par un “live” de Pierre Fournier, au Festival de Salzbourg en août 1958. Il contient une interprétation déchaînée de l’ébouriffante Sonate Opus 8 de Kodaly pour violoncelle seul. J’ai découvert ce disque en écoutant une récente Tribune des critiques sur France Musique et j’ai été positivement scotché de découvrir le nom de Pierre Fournier en écoute à l’aveugle, derrière ce concert. Pas vraiment l’idée qu’on se fait de Fournier en vérité. Au point que j’aurais douté volontiers de l’authenticité du nom sur le document. Mais à priori Orfeo est une maison sérieuse. Ecoutez-donc !

  • [ ERRATUM ] Un lecteur attentif me fait remarquer que la version écoutée à la Tribune n’était pas celle de ce disque ORFEO (1958) mais d’une année postérieure à Prague en 1959 sous label PRAGA, indisponible en musique en ligne. Elles sont sinon similaires, du moins dans le même esprit.

  • BONUS : Voici un film de Pierre Fournier au Canada en 1960, dans la Sonate Opus 8 de Kodaly !


On remercie Warner Classics d’avoir publié dans un beau coffret de 14 CD la totalité des enregistrements de Pierre Barbizet qui leur appartiennent, issus des catalogues ERATO et EMI Classics. Il y a trois ans votre serviteur s’était risqué à lancer une pétition, qui a été donc exaucée ! Il faut bien dire qu’elle avait culminé à 202 signataires, ce qui est impressionnant.

Ce coffret Barbizet n’est pas disponible en tant que tel en numérique, hélas, le choix ayant été de publier chaque album avec sa pochette d’origine mais sans le verso des pochettes, ce qui nous prive de documentation. Et le fait que le coffret ne soit pas disponible en numérique nous prive aussi de disposer du livret numérique du coffret, et du track-listing complet et de tous les détails qui doivent y figurer. C’est bien dommage, amis de chez Warner…

Retrouvez donc ce coffret en petits cailloux numériques. Et pour simplifier la vie des lecteurs de COUACS qui sont ma raison de vivre, j’ai tout pisté : il n’y a qu’à suivre les liens pour entendre des merveilles…


À UNE CHANTEUSE MORTE…

La soprano italienne Rosanna Carteri, émouvante créatrice du Gloria de Poulenc avec Georges Prêtre, a connu une grande, belle mais courte carrière, qui est documentée par quelques disques officiels, et pas mal de pirates ou rééditions du Domaine Public. Elle est morte à Monaco en octobre dernier à près de 90 ans. Elle s’était tôt retirée de la scène, en 1966.

Cliquez sur l’illustration pour accéder au lien vers l’album dans sa version BNF stéréo car bizarrement il n’a pas été réédité en album numérique indépendant.

Petite curiosité dans la carrière de notre cantatrice, pour conclure. Cela me permet d’attirer l’attention sur une oeuvre assez spéciale. Rosanna Carteri participa à la création, au Théâtre des Champs-Elysées en 1962 sous la baguette toujours de Georges Prêtre de l’Opéra d’Aran de Gilbert Bécaud, qui remporta un très beau succès. Longtemps indisponible, l’enregistrement a été rendu de nouveau disponible par Frémeaux et Associés, et avec un livret numérique, ce qui est salué ici, comme il se doit.


Post Scriptum :

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