Le problème avec... LES PODCASTS DE RADIO-FRANCE (Suite)

J’ai évoqué dans une précédente chronique la contestable politique de diffusion de ses podcasts par Radio-France. Cette politique est devenue restrictive récemment. Elle handicape leur diffusion, en la restreignant au maximum à l’écoute sur l’application propriétaire de Radio France, au lieu de rendre les contenus disponibles sur toutes les plateformes d’agrégation de podcasts. Elle empêche ainsi les usagers de ce service public d’exercer leur liberté de choisir l’outil d’écoute de leur choix. Un jour, on nous obligera peut-être à acheter un poste de radio d’une certaine marque avec laquelle les apprentis-sorciers du service public auront fait un deal commercial, pour écouter Radio France, au train où on vont les choses…

Cette politique anticipe, n’en doutons pas, le passage au payant des programmes de podcasts pourtant produits et financés par la redevance. Déjà, ces podcasts sont précédés en “pré-roll” sur l’application Radio France de publicités, alors que les stations qui produisent ces podcasts n’ont pas obtenu du législateur le droit de publicité sur leurs antennes (France Musique, France Culture), ou que cette publicité y est encadrée (France Inter). Ce tour de passe-passe est inacceptable.

Sans doute sensible aux critiques qui se lèvent, Radio France est sur la défensive.

Désormais, quand on tente d’écouter un podcast datant de quelques semaines (4, 6 ou moins, en fonction de la périodicité du podcast) sur un agrégateur de podcast tel que Podcast Addict, ou Apple Podcast (ex-iTunes) , on obtient, en lieu et place du programme souhaité, le message sonore suivant, qui vaut son pesant de cacahuètes et d’explications foireuses :

“ Les émissions et les podcasts originaux de Radio France, média de service public, sont destinés à être écoutés par le plus grand nombre et à rester à votre disposition le plus longtemps possible, quand vous le souhaitez, et quand vous le souhaitez.

Sur cette plateforme, vous pouvez écouter vos podcasts  et en découvrir de nouveaux, comme chez d’autres agrégateurs, qui respectent les règles de mise à disposition des programmes de Radio France. Parmi ces règles celle de ne pas modifier les sons que nous hébergeons ni les informations qui les accompagnent.

C’est parce que RF défend la juste rémunération de tous ceux qui participent à la création ainsi que la qualité, et l’indépendance de notre programmation, que nos partenariats avec les plateformes se veulent équilibrées.

C’est pourquoi nos podcasts sont disponibles ici pour un temps limité, quelques jours ou quelques semaines en fonction du rythme de publication du programme.

Pour remonter le temps et découvrir plus de dix ans de vos émissions préférées RV sur l’application RF. Un million et demi d’épisodes vous attendent. Merci pour votre confiance et votre fidélité.”


Cela fait des années que les agrégateurs de podcasts existent, et le paradoxe c’est qu’ils ne faisaient pas, eux, précéder leurs podcasts de publicité ! Quand Radio France sur son application le fait systématiquement désormais.

Pas davantage, ces applications ne portaient atteinte à l’intégrité des programmes.

En ce qui concerne la rémunération des podcasts diffusés. D’abord, on aimerait savoir si effectivement il y a rémunération additionnelle des producteurs ou des artistes, ce dont on doute. Et puis, quand on voit les montants dérisoires, voire inexistants, payés par Radio-France aux artistes indépendants qui viennent se produisent sur ses antennes, on est sceptique.

Et quand bien même, ce qui est improbable, Radio France devrait payer une rémunération pour la diffusion sur des plateformes tierces, pourquoi pas, puisqu’elles contribueraient de la sorte à la diffusion du travail créé par le service public. Le service public produit des contenus grâce à des aides publiques qui ne pourraient jamais être recoupées par l’exploitation commerciale. Dès lors, la meilleure rentabilisation c’est la plus large diffusion des contenus : obtenir des sommes additionnelles dérisoires en regard de la redevance au prix d’une restriction de la diffusion est une politique de Gribouille.

On ne voit pas davantage pourquoi une large diffusion des podcasts pourrait mettre en péril l’indépendance de la programmation de Radio France qui a tous les moyens pour se défendre par elle-même.

On voit bien en revanche comment Radio France, et au premier rang France Inter, devenue succursale promotionnelle du néo-show biz de la variétoche tout en clamant son soutien “aux artistes “ met effectivement en péril la mission du service public sur la diversité d’exposition des genres et des talents. On voit bien comment l’abandon du répertoire de patrimoine par Radio France et ses formations musicales y-compris même du patrimoine de la chanson sur France Inter, compromet la diversité de programmation, et de diffusion du patrimoine culturel.

Y aura-t-il des députés, quelqu’une ou quelqu’un, pour se saisir des dérives pseudo-commerciales lamentables de Radio France ?