LE PROBLÈME AVEC... Radio-France et ses podcasts

Les meilleures choses ont une fin. Il en est ainsi des podcasts de Radio-France, qui firent les délices des amateurs pendant plusieurs années. Mais ça, c'était avant. Avant que Mamie Radio France ne soit saisie par la débauche commerciale.

De récents changements viennent de tout gâcher, concoctés par les géants de la stratégie et du marketing logés boulevard du Président Kennedy et qui n’ont probablement jamais servi un vrai client de leur existence.

Les podcasts de Radio-France sont des émissions en ré-écoute, produites par le service public, récentes ou d’archives. Ces podcasts étaient précédemment disponibles librement à l'écoute et au téléchargement sans protection sur la plupart des logiciels de podcasts les plus connus (iTunes puis Apple Podcasts) comme des logiciels non commerciaux tels que Podcasts Addict ou VLC, en passant par ces plateformes commerciales de streaming musical récemment converties aux podcasts, que sont Deezer ou Spotify, ou par de nouveaux entrants tels que Majelan qui a depuis revu son plan d'affaires.

Les podcasts issus des antennes de Radio France doivent-ils être disponibles aux mêmes conditions que la radio de service public ?

Cela semble logique, tant il est vrai que ces podcasts ne sont pas des contenus commerciaux créés avec de l'argent privé, mais des contenus créés avec l'argent de la redevance, rendus disponibles en délinearisé afin d'accompagner la mutation majeure des usages et modes d’écoute de la radio, comme de la télévision d'ailleurs.

Radio France a décidé de limiter l'accès à ses podcasts sur les plateformes tierces a un mois environ, au delà duquel les émissions listées comme disponibles ne sont plus que des leurres qui renvoient, pour les écouter, à l'application propriétaire développée par Radio France — sans parler des émissions plus anciennes qui ne sont plus même listées.

Ces podcasts sont au surcroît de plus en plus souvent précédés de publicités installées par Radio France, même quand ils ont été produits par des antennes où la publicité n'est heureusement pas encore autorisée (France Culture, France Musique). Il faut donc souffrir en préface a une émission sur les massacres de la Shoah, la voix d'une actrice entre deux âges expliquant comment la nouvelle crème de chez Dior l’aide à vivre avec ses rides, ou être agressé par les performances à énergie hybride d'un nouveau modèle de chez Audi. Car il semble bien que la cible culturelle vendue par Radio France aux publicitaires est obligatoirement ridée, et friquée.

Sur le premier point, qui consiste à réserver l'écoute des podcasts sur l'application Radio-France : 

C'est comme si Radio France imposait désormais à ses auditeurs l'achat d'une marque de poste de radio spécifique afin d'écouter ses émissions. Et comme si ce poste de radio devenu obligatoire était mal construit, mal commode et ne permettait pas d'écouter les émissions selon les besoins des auditeurs. Comme si France 2 et les chaînes de la TNT vous imposaient une marque de téléviseur. À titre personnel, je suis utilisateur d’un système Sonos première génération à la maison, dix ans même pas, comme quelques millions de personnes de par le monde : je me trouve à présent interdit d'écouter en "multi-room"1 les podcasts Radio France, car la plateforme TuneIn qui est l’agrégateur de podcasts en contrat avec Sonos, est mise au régime limité, elle aussi, par Radio France, et que mes Sonos ne sont pas assez récents pour supporter le Bluetooth, Alexa ou Google Home. Je me retrouve à devoir écouter les podcasts sur une enceinte bluetooth de secours.

Cette politique d'exclusivité de Radio-France, entreprise de créations de contenus du service public, est déjà contestable sur le fond. On ne voit pas pourquoi au surcroît on lui laisserait s'affranchir de son cahier des charges sur la publicité, qu'elle nous impose, et dont actuellement elle réclame le droit à sa tutelle d’en diffuser davantage ; restreindre l'accessibilité de ses contenus dans une logique commerciale au lieu de les rendre au contraire le plus largement disponibles, ce qui est sa mission absolument fondamentale.

Cette politique est téméraire et désagréable. Mais elle ne se donne même pas les moyens de son imprudente insolence.


Car l'application développée par Radio France pêche par sa qualité autant que par sa conception. Elle est une usine à gaz, à la fois poste de radio et bibliothèque de podcasts, tellement ambitieuse qu’elle ne se contente pas d’agréger les radios du groupe, mais aussi, comme si cela ne lui suffisait pas, des contenus d'Arte, de l'Ina2 , de France Télévision etc. L'ergonomie s'en trouve pénible et les informations et métadonnées limitées. 

Et je ne parle pas du... désordre qui règne pour des séries d'émissions telles que les Nuits de France Culture où un cochon ne trouverait pas ses petits entre les épisodes, les séries, etc. Les efforts de Radio France devraient pourtant porter en priorité sur les contenus et leurs métadonnées, sur la mise à disposition la plus large des archives, sur la qualité technique et la facilité d’accès, en tant que producteurs de programmes dont ils détiennent les droits au titre du service public.

L'insatisfaction des utilisateurs se lit sur les boutiques d'applications Apple ou Android.

Cette insatisfaction, au lieu de retenir les utilisateurs chez Radio France, fait le lit, c'est un comble, des applications commerciales telles que Deezer ou Spotify dont l'ergonomie comme le moteur de recherche sont supérieurs : pas étonnant, c'est leur métier... Et au passage elles sont bourrées de publicité avec laquelle elles financent cette nouvelle activité. Les plateformes modestes telles que Podcasts Addict ou VLC se trouvent discriminées, et leurs utilisateurs soucieux de liberté, soucieux de ne pas se trouver dans leurs griffes — handicapés. 

Aujourd’hui, les applications de diffusion audio dignes de ce nom, telles que développées par les services de streaming sérieux, se doivent de s'interfacer avec tout l'écosystème existant de toutes les marques et de tous les standards, dans le domaine des enceintes connectées et des systèmes haute fidélité, pour permettre aux utilisateurs d'y trouver leur compte quels que soient leurs appareils. L’application Radio France en est loin. J'écoute les stations de Radio France sur le système audio de mon choix. Pourquoi ne le puis-je plus pour les podcasts Radio France ?


À noter que dans le cadre de la préparation de cet article, j'ai sollicité quelques minutes d'entretien auprès de Laurent Frisch, Directeur du digital à Radio France, afin de tenter de comprendre sa vision et les développements à la situation. Ma demande, réitérée, n'a pas reçu de réponse. 

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Un sujet à part entière, un poème… on y reviendra prochainement.