Peu de classique dans le "Contrat d’objectifs et de moyens 2020-22" de Radio France.

Si vous êtes un citoyen-mélomane vigilant, il devrait vous intéresser de lire ce document, qui est le rapport d’information de la députée LREM Florence Provendier, membre de la commission des affaires culturelles et de l'éducation à l’Assemblée Nationale, sur le Contrat d’objectifs et de moyens du service public.


“ Le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens (CPOM) [nous dit Wikipedia], est, en droit français, le contrat par lequel un organisme gestionnaire d'établissements ou services sociaux ou médico-sociaux s'engage auprès d'une autorité de tarification sur une période pluriannuelle pour, en fonction des objectifs d'activité poursuivis par ses établissements, bénéficier d'allocations budgétaires correspondantes.”

On constate dans ce “CPOM” la quasi-absence de la musique classique. Tout juste y lit-on le mot “symphonique” mais sans garantie qu’on y parle bien de jouer de la musique classique. Vous penserez peut-être, comme moi, que si l’Etat lui-même et les représentants du peuple ne donnent pas davantage de consignes et d’objectifs précis aux sociétés du Service public en la matière (hors les tartes à la crème sociétales du moment et l’injonction harcelante de “parler à tous” qui conduit naturellement au mainstream), il n’est pas étonnant qu’au final on subisse la lamentable politique musicale de Radio France, sans parler même de celle de France Télévision. 

Le “CPOM” établit qu’il faut “Renforcer les synergies et les coopérations entre les sociétés de l’audiovisuel public et [...] leur donner un cap commun.” Cette assez lourde erreur est frappante en ce qu’elle fait injonction à des sociétés du service public, alors qu’elles n’ont pas du tout la même fonction — certaines de vaste audience fédérative ce qui ne devrait pas exclure la musique classique (France 2), d’autres spécialisées (France Musique) — de collaborer entre elles.

La direction de France Musique mène sans bien savoir pourquoi et pour qui, parce qu’on lui en a intimé l’ordre, une course désespérée à l’audience. Elle a dégradé ces dernières années de manière cynique son antenne. Elle ne voit que des avantages à se fiancer aussi souvent que possible avec ces vastes audiences dont elle rêve, qui sont détenues par la télé, que ce soit France 2 ou même ARTE...

Passe pour ARTE, qui a un certain niveau de correspondance musicale avec France Musique.

S’agissant de France 2, devenue en classique cette antenne trustée par toujours les mêmes, quelle est la conséquence de tels partenariats ? C’est France Musique qui se trouve tiré vers le bas, au niveau de France 2, que ce soit par le choix des artistes, des répertoires ou des thématiques, ou des promotions du moment. Ils ne tirent pas France 2 vers le haut : dans de telles collaborations, (Victoires de la Musique ou autres) le popu idiot aura toujours le dernier mot.

On a oublié, semble-t-il, pourquoi Radio France dispose des moyens qui sont les siens, à l’évidence depuis l’origine créés pour la musique classique : deux orchestres, un chœur symphonique, une Maîtrise, des studios nombreux et des personnels ultra-qualifiés. N’est-ce pas pour créer et produire ces programmes de musique classique que le privé n’a pas les moyens de produire ? Or ces programmes spécialisés sont de moins en moins créés par Radio France à la hauteur des moyens consentis.

En conséquence ces forces artistiques doivent être déconnectées de l’audience et utilisés de manière vertueuse. Car elles doivent rester efforts de la nation en faveur de la musique classique, dont on a seulement confié un jour l’opérationnel à Radio France, non pour accompagner des rappeurs, non pour enregistrer des jingles, non pour emballer les chanteuses à voix de chats crevés que promeut un Didier Varrod, « Directeur musical des antennes de Radio-France ».

Ou alors que l’Etat et le législateur osent être conséquents et prennent position contre la musique classique sous l’égide de Radio France. Faut-il en réduire les moyens ? Faut-il en confier le soin à d’autres ? Faut-il simplement économiser l’argent ? Cette politique foireuse tourne en vérité autour de la peur des troubles sociaux. Alors on continue dans le flou et les faux-semblant.

Personne ne devrait souhaiter que des moyens soient retirés à la musique classique à Radio France, particulièrement ceux qui gouvernent. Dès lors, il n’existe qu’une solution : rénover de manière ambitieuse son cahier des charges pour le mettre à nouveau au service de ses missions les plus précieuses.


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