À compter du premier janvier 2026, Alain Lanceron a été nommé « Président émérite » de Warner Caciques & Erato, a annoncé la firme.
Lui succédera David Bither, Président du label Nonesuch Records, « qui élargira son rôle pour y ajouter la supervision » des deux labels classiques dont s’occupait Alain. Markus Petersen a quant à lui été nommé Executive Vice President.
Personnalité incontournable du disque classique en France depuis 1972, Alain Lanceron continuerait pourtant deux ans de plus à « accompagner » anciens collaborateurs et successeurs. D’après les informations recueillies par Couacs Info, ces derniers, excédés, verraient d’un mauvais œil la persistance d’un mentor qui n’a jamais voulu prendre le virage numérique, qui n’utilise aucun service de streaming et laboure encore ses microsillons pour écouter et réécouter le grelot de Mady Mesplé, celle qui fut jadis sa muse et à qui il doit ses débuts dans le métier.
« Mais enfin, notre chiffre d’affaires avec les CD est encore important ! Le CD n’est pas mort ! Et vous voyez bien : ce que j’ai toujours dit se confirme, le microsillon revient », a-t-il encore proféré la semaine dernière au cours d’une réunion commerciale.
Pour acter de son retrait, un pot avait été organisé par ses collègues dans les bureaux lumineux de chez Warner, dessinés par l’architecte Renzo Piano, afin de l’aider à atterrir dans sa nouvelle vie et lui faire réaliser que les choses ne seraient plus jamais les mêmes à l’avenir entre lui et eux. Des cadeaux lui ont été offerts : un abonnement à vie à Deezer Premium, une clé USB avec l’intégrale Mady Mesplé en 24/192 son multicanal, et un Minitel, qui sera son premier contact avec l’informatique : il s’agit de ne pas agir avec précipitation et de lui éviter un choc. On a longuement regardé Good Bye, Lenin! chez Warner pour essayer de penser à tout.
Le fidèle B.C., dans un discours remarqué et extrêmement émouvant, a salué ce « grand fauve, phare de l’immobilisme » encore capable de diriger un département de major en 2026 avec l’agilité technologique d’un moine copiste du XIe siècle.
Markus Petersen a quant à lui barbé toute le monde, comme d’habitude, quand il a rappelé avec force slides PowerPoint les hauts faits de sa brillante carrière chez Naxos, et promis à Warner Caciques une mise à jour audacieuse des méthodes, et les adaptations nécessaires à un marché en mutation. On était pressé d’accéder aux petits fours… mais on s’est aperçu tout soudain que Lanceron, qui jusque-là ne s’était pas départi de son éternel sourire indulgent, avait disparu.
Le siège
Il n’était pas loin, en verité, enfermé dans son bureau, celui-là même qui avait été promis à Petersen, contrarié. Quand les déménageurs sont arrivés pour transporter ses affaires chez lui, Lanceron a refusé de quitter la pièce, rompant tout dialogue avec son ancienne équipe et ses amis artistes présents. « Allons, Alain, soyez raisonnable », suppliaient de concert Alexandre Tharaud, E.C. et Natalie Dessay.
- “Mais qu‘est-ce qu’elle fait encore ici celle-là, traitresse partie chanter des conneries chez Sony" ? “, a hurlé tel un animal blessé le sénior…
- « Et, je ne vois pas pourquoi je devrais partir : j’ai encore plein de projets de crossover et je veux les mener à bien. Car moi aussi je sais casser les codes du classique ! Par exemple, Le Violoncelle de l’Olympe : des tubes de l’Eurovision joués par Gautier Capuçon, accompagnés par les accords flasques de Jean-Baptiste Dunckel, le tout avec un effet numérique de “souffle de disque rayé”. Et nous sommes convenus avec Riopy de sortir Riopy plays Mady, un projet baroque mêlant archives des années 50 et artistes actuels, avec réutilisation des échecs commerciaux de Renaud Capuçon chez Warner, pour les rentabiliser quand même, puisqu’il s’est barré chez DG alors qu’il me doit tout, cette enflure ! »
On a voulu tenter des médiations.
Appelé à la rescousse, Gautier Capuçon, lassé de poser avec une écharpe en soie en regardant le lointain « à la Karajan » pour des pochettes démodées, a refusé d’intervenir.
Philippe Jaroussky et Joyce DiDonato l’ont supplié de s’en aller dans la dignité, le menaçant d’enregistrer des tubes de l’Eurovision pour TikTok, un projet que Marjus Petersen s’est immédiatement déclaré intéressé de réaliser. Mais cela ne résolvait en rien le problème immédiat. On a aussi essayé de l’appâter avec de faux NFT (pensant que le mot « gravé » le rassurerait). On a enfin, en desespoir de cause, fait chanter Élisabeth Vidal dans le style Mady Mesplé sous sa fenêtre pour lui faire croire que Mady était revenue. Échec total.
Intervention du GIGN et de l’actionnaire de référence
Appelé à la rescousse, Sir Len Blavatnik, propriétaire de Warner à travers Access Industries, pourtant grand amateur d’opéra, a perdu patience face à ce « gouffre financier ». « C’est pire que chez Deezer ! Décidément, il y a toujours des problèmes avec ces Français ! » a-t-il déclaré. Il s’est résolu à faire intervenir le GIGN, qui a donné l’assaut au petit matin à 6 h 02. Afin de ne pas risquer de briser les acétates de collection, l’unité d’élite a utilisé une grenade assourdissante réglée sur la fréquence exacte du contre-ut de Mady Mesplé pour faire sauter la porte. Dans un nuage de poussière, c’est une capsule temporelle qu’on a alors découvert.
Cette pièce était le musée nostalgique de l’histoire du disque, avec sa collection de phonographes, ses murs entiers couverts de dizaines de milliers de vinyles et de rouleaux, une chaîne B&O de 1970 encore en état de marche à côté d’un fouillis de câbles et d’amplis, de platines Barthe et Scientelec démontées, dix-huit gros volumes reliés cuir d’une précieuse collection d’autographes dont le premier, celui de Mady Mesplé, des peintures et photos encadrées de Georges Thill, Germaine Lubin, Maria Callas, Danielle Laval et tant d’autres stars de la grande époque. Le bureau d’Alain, malgré les déménagements successifs, était bel et bien resté dans son jus depuis 1972 !
Désorienté, l’homme est apparu sur le palier, couvert de poussière, veston en tweed froissé, pochette en soie et casque audio en bakélite de 1974 autour du cou. Resigné, il a accepté de se rendre mais exigé du capitaine du GIGN une voiture avec lecteur cassette pour son départ, serrant contre son cœur une copie du master du Chevalier à la rose par Elisabeth Schwarzkopf que lui avait confié il y a longtemps Keith Hardwick.
Blavatnik fut très choqué en voyant la machine à écrire Underwood qu’utilisait encore ces jours derniers Lanceron , et un modem 56k neuf, encore dans sa boîte qui lui servait de presse-papier. Le magnat ordonna la transformation immédiate de la pièce en salle de serveurs ; Petersen fut bien dépité de voir s’éloigner la perspective d’un si beau bureau.
Épilogue
Avant de se retirer définitivement à Nice, Lanceron a tenté un dernier coup d’éclat : une mission d’infiltration chez Spotify à Stockholm. On l’y a arrêté quelques jours plus tard, était armé d’aiguilles à tricoter destinées à saboter les serveurs ; et de cire liquide pour meubles afin de donner de la « chaleur » aux fichiers numériques. Il avait tôt fait d’être découvert par les services de sécurité alors qu’il tentait de brancher un téléphone à cadran sur un routeur Wi-Fi en hurlant : « Mais où est la pochette ?! ». On a d’abord envisagé qu’il pût être de mèche avec Anna’s Archive, qui a hacké les serveurs de Spotify, mais il est apparu rapidement que les méthodes opérationnelles étaient très dissemblables : son implication fut démentie.
Finalement replié dans sa ville de Nice, malheureux de l’élection d’Éric Ciotti, on observer Alain Lanceron déambuler sur la promenade des Anglais coiffé d’un panama blanc et un Walkman à cassettes en bandoulière, un gros tote bag marqué Virgin Classics rempli de cassettes à l’épaule. Il écoute de l’opéra, la passion de sa vie.
Ancienne pythie du métier, c’est ainsi qu’il entretient sa légende, parlant aux passants après avoir si longtemps servi de référence visionnaire aux éditoriaux de Diapason et aux collaborateurs de ForumOpera. Il attend que le monde regrette enfin le grain du diamant sur le sillon auquel, dit-il, l’histoire rendra justice.


