Editorial : RESPECT, IRRESPECT

Éditorial. 2 Janvier 2020

“Ces gens-là”, comme disait Brel, ont tout le pouvoir mais considèrent comme un outrage qu’on dise qui ils sont : des démagogues, des ambitieux, des opportunistes. Ils s’offusquent. Pourquoi voudriez-vous pourtant que la musique classique adoucisse les mœurs, quand nous barbotons depuis le début des confinements dans la gluante bienveillance obligatoire des petits blancs nantis du classique, qui donnent des leçons de bonté à la terre entière et accaparent les médias, si complaisants à leur égard par ignorance et facilité ?


Pour ne rien manquer de nos publications, abonnez-vous à COUACS !

JE M'ABONNE À COUACS


Pourquoi voudriez-vous que l’hypocrisie, la fatuité et la rouerie élevées par eux au niveau du chef-d’œuvre suscite chez nous (moi, d’autres) mieux que de l’irrespect ? Contre cet irrespect, ces nouilles se rebellent de temps en temps, et si maladroitement que cela fait plaisir à voir. Par exemple :

Je conseille le visionnage de ce fastidieux débat mis en ligne par le site ForumOpera.com. Il n’a pour l’instant recueilli que 557 vues sur Youtube mais mérite tellement davantage tant il est souhaitable de faire la publicité de ces ridicules.

Ambition de cette vidéo ? Embrasser de manière “polysémique” l'idée de respect dans la musique. On comprend vite qu’il y a des gens qui sont visés (moi, d’autres), mais sans être nommés : ce sont les méchants, qui dénigrent les gentils. Les méchants sont ces ratés, ces jaloux, ces aigris, ces mauvais joueurs qui dénigrent de manière si cruelle la famille Capuçon, ses pompes, ses œuvres et son réseau d’affiliés. Sont inclus dans le concept du respect, pour faire bon poids bonne mesure, les harceleurs sexuels, les violences entre artistes et agents, les sifflets du public (dont on déplore pourtant la rareté désormais !). Et, bien sûr, le fameux “anonymat des réseaux sociaux”, cet argument que même des ministres pré-numériques et rassis n’osent plus employer, qui encouragerait (dans le domaine de la musique classique, ah ?) la virulence, la méchanceté, la critique délétère.

Ce débat a réuni par Zoom :

  • Julien Moulinot, mandoliniste toulousain, célèbre surtout dans les couloirs de France-Musique où il a planté sa tente, et dont il figure parmi les meilleurs habitués. Il a eu, nous dit-on, l’idée du débat.

  • Lauriane Corneille, pianiste encore inconnue mais déjà pontifiante, et, on l’apprend, penseuse balbutiante chez ForumOpera. Elle n’y fera pas d’ombre à grande monde, c’est important. Dans le livret de son dernier disque, elle cite imprudemment Roland Barthes, on n’a toujours pas compris pourquoi, mais elle non plus.

  • Vincent Agrech, cumulard célèbre, journaliste aussi à Diapason, à l’égard duquel j’avais eu l’irrespect de reprocher une interview ultra-complaisante de Renaud Capuçon. Il est une victime blessée de l’irrespect, sachez-le — mais, grandiose, disserte avec hauteur. Néanmoins l’offense faite à sa Sainteté m’a valu d’être renvoyé de chez Classica, pourtant la maison d’en face de Diapason. Il doit y avoir des souterrains secrets puisque Sylvain Fort, qui est — était, me dit-on, il se fait virer de partout çui-là ! — éditeur aux éditions Premières Loges, qui éditent Classica, publie maintenant dans Diapason. Petit monde.

  • Emmanuel Hondré, flûtiste et musicologue de formation : il n’ a pas de sot métier et voyez comme cela mène à tout, y-compris à faire la loi sur une saison de 500 concerts et le budget gigantesque qui va avec. Désormais un modèle… que dis-je un modèle ? Paragon. Sociologue. Penseur. Petit génie de la programmation à la Philharmonie de Paris ; le Grand génie vous savez qui c’est. Hondré, lui, c’est le trésorier-payeur de la jet-set classique. Gibier préféré des impresarios internationaux. Sous des airs inoffensifs, de profil discret, l’inclusion, pour lui, est une mission sacrée, et radicale : tout bouffer de ses confrères. Rendre inutile toute autre initiative en classique à Paris ou en Région parisienne et au-delà. Dumper. Ficeler des contrats d’exclusivité aberrants. Monopoliser les deniers du service public, et faire la manche qui plus est. Exercer un magistère esthétique, et désormais, vous le constaterez : moral. Justifier auprès des pouvoirs publics, avec son patron, leurs échecs et leurs fausses routes en s’inventant de nouvelles missions et en faisant la quête auprès du public, c’est un comble. Pour évaluer l’envergure intellectuelle du personnage, après avoir été séduit par ses lunettes de savant dont le prix doit largement dépasser le reste-à-charge, et par ses interventions dans le débat, je vous recommande la lecture de son livre-gag “Conseils à un jeune musicien” paru aux éditions de la Lettre du Musicien. Rilke, à-côté c’est de la gnognotte : il n’aurait pas mérité d’être édité, lui, à la Lettre du Musicien ni même aux Éditions de la Philharmonie de Paris.

Camille de Rijck anime, avec cette empathie débordante que lui connaissent les gens qui le connaissent bien. J’en atteste : avec lui, un bienfait n’est jamais pardonné. À l’époque où il fréquentait mes installations, il était agent d’artiste, et éditeur de disques, valeureux et précaire. Moins de travail et plus facile, il a pris ensuite la voie de revenus plus réguliers, en commentant l’actualité des attachées de presse chaque matin à la RTBF. 

Un Capuçon peut souvent cacher un Maalouf dans les médias, avez-vous remarqué ? Lui, Ibrahim Maalouf, n’est pas tout-à-fait “petit blanc”. Le voilà qui donne son avis sur le recrutement insuffisamment racialisé du Wiener Philharmoniker. Il a probablement raison, d’ailleurs. Mais cette propension à donner son avis sur tout est particulièrement caractéristique de l’appropriation de la parole dans les médias de ces entrepreneurs de la musique qui monnaient ensuite cette visibilité en cachets sonnants et trébuchants. Car Monsieur le Maire est si content d’accueillir une star à son festival, qu’il a vu à la télé ! Son éminence Maalouf se prend maintenant pour Mickael Jackson ou Bigard : il entend remplir Bercy l’année prochaine. D’ici là, vous allez en bouffer, du Maalouf.

J’ai osé écrire que dans ce clip de Noël, chef-d’œuvre de l’inévitable trompettiste, le popotin de sa partenaire Madame Benelli Mosell, très ajusté jugez-en vous-même dans une robe fuschia admirablement mise en valeur par le réalisateur, était dérangeant car susceptible d’attiser le désir graveleux, dans une démarche marketing de nature sexiste, aujourd’hui unanimement désapprouvée. Que voulez-vous ? En tant que gay ce derrière m’a profondément bouleversé. Plusieurs séances chez le psy n’y suffiront pas.

J’ai en retour subi sur Twitter les foudres du trompettiste, qui m’a accusé de sexisme ! Et m’a menacé de sortir les “dossiers” qu’il détient sur moi.

Je rassure immédiatement les gens qui me connaissent peu, et pourraient craindre d’être déçus par ma moralité. Je suis bien certain c’est que ces “dossiers” ne seront pas de nature sexuelle.

Les autres me croiront sur parole, j’espère, si je les assure n’avoir jamais harcelé aucune femme, ni même suscité la moindre publicité outrageuse en utilisant une photo de cul, fut-il admirable, et couleur fuschia. Il m'est revenu à-propos du jeu de Madame Benelli Mosell ce que Erik Satie lança un jour à un critique qui l'avait éreinté : “Vous êtes un cul, mais un cul sans musique”.

En revanche, il semble que Ibrahim Maalouf considère comme “dossier compromettant” le fait qu’il y a une douzaine d’années j’ai protesté vigoureusement et de manière irrespectueuse auprès de son collaborateur contre le fait qu’il ait livré son disque, qui se vendait bien, à tout le monde du numérique, au détriment discriminant de la plateforme française que je venais de créer. C’est qu’il avait choisi, par avarice, la méthode de distribution numérique la moins chère, utilisée alors par des micro-artistes indépendants. Déjà, de l’irrespect à l’égard de cette future vedette. Je ne m’arrange pas.


Si cette publication vous a plus, pourquoi ne pas la partager avec vos amis ?

Partager cet article