Quelques récentes parutions et rééditions remarquables

Mes recensions de nouveautés classiques se sont raréfiées car je commençais à y perdre le plaisir. Semaine après semaine j’avais mauvaise conscience de ne pas mentionner telle ou telle nouveauté au risque d’être injuste.

Je remarquais aussi qu’en fonction de l’avalanche des parutions, tel disque que j’aurais été heureux de traiter une autre semaine se trouvait négligé par la faute d’une actualité plus brûlante ou voyante.

De plus, j’ai des zones d’incompétence musicale, et il m’ennuie de passer sous silence des parutions que je sais être importantes, au prétexte de ne pas être certain de savoir en parler, ce qui n’embarrasse pas certains chroniqueurs.

Je vais donc revenir à des recensions plus imprévisibles et non hebdomadaires, d’autant plus que beaucoup de belles choses paraissent ou sont rééditées ; recommencer mes petits conseils, plus brefs, en trouvant peut-être des moyens d’inciter à découvrir ce dont je ne parle pas. Ma conscience sera ainsi plus légère.

Le label Artalinna vient de publier un “live” du pianiste allemand Severin von Eckardstein d’une vigueur, d’une force de conviction exceptionnelles. Écoutez : sa musique crève l’écran !1

L’Année Beethoven a été passablement délirante chez les éditeurs discographiques : avalanche d’enregistrements prétentieux et/ou inutiles et, en raison de la COVID, ombre portée sur l’année 2021, empiétant de la sorte sur l’année de ce pauvre Saint-Saëns ni convaincue, ni convaincante. Mon disque Beethoven de l’année 2020 sera donc ce deuxième volume des sonates par la magnifique Viktoria Mullova, admirablement, superbement accompagnée au pianoforte par Alasdair Beatson. Voilà un disque vraiment exceptionnel, si les mots ont un sens.

Dans le premier volume de son intégrale des Sonates parue il y a quelques temps, Mullova était accompagnée de Kristian Bezuidenhout dont je suis moins enthousiaste.

Le label ARCANA, créé par Michel Bernstein, a été avalé, après la disparition de son créateur, par le groupe Outhere qui vient de rééditer l’une de ses plus belles réalisations, son intégrale des Sonates de Schubert par Paul Badura-Skoda au pianoforte. Il se trouve que j’étais en charge de la distribution de cette intégrale à sa parution. J’ai vécu les affres de l’insuccès qu’elle a connu initialement, volume après volume, au mitan des années 90.

Une quinzaine d’années plus tôt, entre 1978 et 1989, Michel Bernstein avait mené pour son précédent label Astrée une intégrale des Sonates de Beethoven par le même Paul Badura-Skoda, pareillement sur instruments d’époque :

Ce n’est pas malin de la part d’Outhere d’avoir changé les pochettes, de les avoir passés à la moulinette d’une charte graphique pas éblouissante, que ce soit pour Beethoven et surtout pour Schubert, en utilisant la même photo d’archives en noir et blanc de 1977 pour les deux intégrales. C’est anachronique et brouille la connaissance de l’évolution du travail de l’artiste. Particulièrement dans le cas de Badura-Skoda dont la discographie très abondante comporte parfois plusieurs versions des mêmes œuvres et donc de nombreux pièges pour l’amateur peu informé. Il faut lire les livrets (bien faits) pour avoir les informations.

Reste que cette intégrale des Sonates de Schubert est merveilleuse. Je l’ai réécoutée récemment de part en part. Elle comporte des sommets, des surprises ; la beauté des instruments est un ravissement constant, et la sublime liberté désinvolte du grand pianiste viennois, un vrai délice. La complicité qui unissait le producteur à l’artiste; le soin apporté aux prises de son comme aux montages, tout cela fait un modèle de ce qu’est l’édition discographique quand elle est vraiment de l’édition.

J’ai publié il y a quelques semaines plusieurs articles consacrés à la musique française du XXe siècle oubliée et constamment méprisée par les institutions du service public, dont Radio France. Le présent disque, consacré à la musique de chambre d’Alberic Magnard, ouvre d’autres horizons. Il n’a aucune actualité particulière, mais j’ai pensé qu’il pourrait vous faire du bien !

Le 5 novembre prochain on prend date pour le centenaire de la naissance de Georges Cziffra (1921-1994), pianiste français d’origine hongroise : il y tenait beaucoup. Voici une belle sélection de ses enregistrements de jeunesse réalisés pour Hungaroton.

Bonne nouvelle, le label Biddulph, qui fut tellement précurseur sur la redécouverte de tant d’artistes du passé, instrumentistes à cordes en particulier, est en passe d’être entièrement réédité en numérique, et propose même de nouvelles parutions !

J’ai évoqué il y a peu la mémoire de René Gambini, fondateur avec sa femme Suzanne des disques Lyrinx. Il avait publié il y a quelques années ces enregistrements inédits et posthumes de Pierre Barbizet3. À réécouter !

Peter Breiner est un compositeur, chef d’orchestre et arrangeur slovaque d’un talent énorme. C’est lui qui avait commis il y a quelques années Beatles Go Baroque, un groupe de quatre concertos composés “à la manière des Quatre Saisons” de Vivaldi, dont chaque mouvement était basé sur une chanson des Beatles. La nostalgie des airs et danses de la Slovaquie, beau pays natal de Peter Breiner, l’ont conduit récemment à composer les pièces et arrangements enregistrés ici. Personnellement, j’adore le crossover quand il est de cette qualité !

J’ai eu la mauvaise idée de penser qu’il était possible en 2019, avant la COVID, de présenter des concerts à Paris, d’artistes rares ou négligés des programmateurs subventionnés. Mal m’en a pris, j’y ai laissé des plumes, et la pandémie a conclu l’aventure. L’un de ces concerts a été enregistré et paraît aujourd’hui en disque sous label Challenge Reciords, le récital de Martial Solal en janvier 2019. Fort bel enregistrement des équipes de Radio-France. La musique au moins en restera gravée, et ce récital restera comme le dernier de l’artiste.


Post Scriptum !

En clôturant une nouvelle saison de ses exploits, le journaliste et chroniqueur Philippe Meyer vient aussi de réaliser la 200e émission de son « Nouvel Esprit Public », podcast indépendant exemplaire qu’il avait créé après avoir été éjecté de France Culture. Bravo à lui et à toute son équipe d’extrémistes !
Retrouvez Le Nouvel Esprit Public, le seul, l’unique, le vrai, chaque dimanche vers 13 heures en podcast sur votre plateforme de podcasts préférée, ou sur le site https://www.lenouvelespritpublic.fr/podcasts ainsi que toutes les émissions passées.

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Severin von Eckardstein donnera un récital en Corse cet été à l’excellent Festival des Nuits du Piano d’Erbalunga