Brilliant Classics publie un coffret physique de 26 CD qui est le plus bel hommage jamais rendu à Sergio Fiorentino (1927–1998), vrai génie du piano qui n’a pas bénéficié de son vivant du quart de la réputation que son talent méritait. Il faut vraiment tirer un coup de chapeau à Brilliant Classics, décidément brillant, pour avoir non seulement publié ce coffret, mais aussi pour l’avoir accompagné d’un très bon livret et rendu en même temps disponible simultanément sur les plateformes de musique cette fois en quatre volumes, avec – oui ! – le livret numérique également ! Exactement ce que les trois Majors s’obstinent à ne pas faire avec leurs coffrets, en particulier la collection Eloquence, dont il faut chaque fois aller repêcher à l’aveuglette les contenus sur les plateformes de streaming album par album, sans livret ni documentation, et en contournant les doublons.
Le coffret de 26 CD est disponible sur Presto Music ici avec d’excellents commentaires. Bizarrement, le coffret n’est pas disponible en streaming chez Presto, mais c’est peut-être une affaire de jours. Il est disponible intégralement en quatre albums sur Qobuz déjà derrière ce lien. Sur le site du label vous trouverez tous les détails. Une somme exceptionnelle.
L’autre événement de la semaine est un disque consacré à la musique symphonique d’Elsa Barraine (1910-1999) qui m’avait échappé il y a quelques mois à sa parution. Ou plutôt, que j’avais vu passer mais que je n’avais pas écouté. Dans son numéro de septembre, Diapason lui décerne un Diapason d’Or bien mérité sous la plume de Jacques Bonnaure. Cette musique sera pour beaucoup une révélation. La musique de Barraine combine un discours captivant et une science de l’orchestration exceptionnelle. Barraine était, dit-on, l’élève préférée de Paul Dukas : pas pour rien ! Elle succéda à Olivier Messiaen à la classe d’analyse du Conservatoire de Paris. L’effacement des programmes des œuvres de cette compositrice est absolument significatif, non pas seulement de l’ostracisme à l’égard des femmes musiciennes, mais de l’ostracisme qui a touché les compositeurs et compositrices de cette génération, littéralement interdits par le boulezisme à partir de l’après-guerre. Le fait d’être femme lui vaut d’être redécouverte aujourd’hui, c’est déjà ça. Christian Măcelaru a dirigé il est vrai sa deuxième symphonie en septembre 2024 au National. Pourquoi ne l’a-t-on pas fixée sur disque ? Sans doute parce que la politique discographique de Radio France est un bouzin, et qu’on y trouve du temps et de l’argent pour envoyer une équipe à Bordeaux capter une 9° de Beethoven inutile, au lieu de documenter une artiste qui, par ailleurs, a eu un comportement absolument héroïque pour son pays pendant la guerre. Le disque propose ses Symphonies 1 et 2, Pogromes (Illustration symphonique pour Pogromes d'André Spire), et sa Musique funèbre pour la mise au tombeau du Titien. Le WDR Sinfonieorchester de Cologne, superbement enregistré, est placé sous la baguette d’Elena Schwarz. À quoi servent les orchestres français, une fois de plus ?
Excellent disque de clarinette solo de Marek Švejkar avec des œuvres de Bach, Berio et Boulez. Il sait jouer ! Un grand bol d’air frais. Disponible en CD et numérique ; en numérique avec livret PDF : merci Supraphon.
Comme chaque année je mentionne ici le disque “live” de l’année précédente, 2024 en l’occurence, enregistré au Piano Rarities de Husum, ce festival estival plusieurs fois évoqué ici. Trois concerts du Festival 2025 maintenant terminé étaient écoutables en streaming. Parmi lesquels, le 23 août le récital splendide de Illia Ovcharenko, un pianiste ukrainien aux doigts d’or engagé constamment en faveur de la musique de son pays. Il a remporté le Concours de Honens en 2022, et un disque de ses prestations au concours est disponible. Il avait réalisé son premier enregistrement pour le Festival d’Auvers sur Oise, également disponible en numérique.
A son programme à Husum cette année figuraient des pièces de Schumann, Busoni, Paderewski, Sergej Bortkiewickz (1877-1952) Levko Revutsky (1889-1977) et Boris Ljatoschinsky (1895-1968). Ce récital est disponible en replay pendant 30 jours sur le site et l’application de la Deutschlandfunk Kultur. Ecoutez, c’est magnifique.
Par ailleurs , le récital à Husum de Herbert Schuch dont j’ai vanté le disque Brahms récemment paru chez Naïve est disponible en replay sur Youtube. Husum c’est vraiment l’anti-Roque d’Antheron !
Et donc : le disque du Festival de Husum 2024 est paru, et disponible sur toutes les plateformes. Et je viens de réaliser que le disque du Festival 1993 proposait un bout du récital que Sergio Fiorentino y donna cette année-là (en compagnie de Stephen Hough et Bernard Ringeissen entre autres ). J’aurais bien aimé y être…
Ne manquez pas d’écouter pas un court disque chez BR Kassik, celui du Alinde Quintet, consacré au juvénile Quintette pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson du tchèque Pavel Haas, mort en 1944 à Auschwitz.
Enfin, signalons l’opéra Les Ailes du désir d’Othman Louati (*1988) d’après Wim Wenders, sur un livret de Gwendoline Soublin, qui avait été représenté au cours de la saison 2023/2024 dans les Opéras de l’ouest puis à Dijon, Dunkerque, Tourcoing, Compiègne, Besançon et Quimper ! On doit ce disque au label b.records, auquel COUACS INFO a consacré un podcast que vosu pouvez écouter ici.
Comme les pochettes b.records peuvent entraîner de regrettables torticolis, je me suis permis de remettre celle des Ailes du désir à l’endroit sur la mosaïque ne tête de cet article !
Du “live” et rien d’autre ! Le label b.records célèbre ses dix ans. Une rencontre-podcast avec ses fondateurs
Dans la nouvelle génération de labels classiques indépendants, b.records occupe une place à part. Tous les enregistrements b.records sont réalisés dans les conditions du concert. Tendance banale de nos jours, direz-vous ? Oui, mais le plus souvent pour de bêtes raisons économiques…
Je terminerai cette semaine en vous enjoignant d’écouter le… nouveau disque de Philippe Entremont. Il a été enregistré en 2022 par un artiste dans une forme assez sensationnelle. Ce disque n’a rien de crépusculaire, vous l'entendrez. Ce sera, me dit Entremont, son dernier disque, consacré à des œuvres que le pianiste n’avait jamais enregistrées auparavant, au cours d’une épopée discographique pourtant abondante et prestigieuse. Je terminerai la semaine en vous enjoignant d’écouter le… nouveau disque de Philippe Entremont. Il a été enregistré en 2022 par un artiste assez sensationnellement en forme. Ce disque n’a rien de crépusculaire, vous entendrez. Ce sera, me dit Entremont, son dernier disque… Il est consacré à des œuvres que le pianiste n’avait jamais enregistrées auparavant, au cours de son épopée discographique pourtant abondante et prestigieuse.
On me dit que les Victoires de la Musique Classique ont jugé sans nécessité l’année dernière de décerner une Victoire d’Honneur à Philippe Entremont, le pianiste français qui a réalisé l’une des plus grandes carrières internationales du XX° siècle. Il est encore temps de se rattraper cette année. Histoire de ne pas lui rendre hommage après sa mort avec des larmes de crocodile.