Quelles sont donc les compétences requises pour être membre du Conseil d’Administration d’une institution consacrée à la musique classique ?

Publié le 4 juillet 2021

On apprend par la lecture de la presse professionnelle que…

“ Vingt personnalités sont nommées au conseil d’administration de la Cité de la Musique - Philharmonie de Paris, par décret du 30/06/2021 publié au Journal officiel le 02/07/2021.
Parmi ces personnalités
- Douze sont nommées au titre des représentants de l'État (six membres titulaires et six membres suppléants)
- Trois au titre des représentants de la maire de Paris
- Cinq en raison de leurs compétences dans le domaine de compétence de la Philharmonie de Paris.”

Ce qui donne la liste suivante des membres du CA nommés par décret du 30/06/2021 :

Représentants de l'État

- Membres titulaires
Christopher Miles, directeur général de la création artistique du ministère de la Culture
Dominique Muller, délégué à la musique au sein de la direction générale de la création artistique du MC
Aude Accary-Bonnery, secrétaire générale adjointe du MC
Jérôme Farigoule, adjoint au sous-directeur de la politique des musées de la direction générale des patrimoines et de l’architecture au ministère de la Culture
Didier Fusillier, président de l'Établissement public du parc et de la grande halle de La Villette
Amélie Verdier, directrice du budget au ministère de l'Économie, des Finances et de la Relance

- Membres suppléants
Hélène Orain, adjointe au directeur général de la création artistique du MC
Stéphane Werchowski, adjoint au délégué à la musique au sein de la DGCA
François Moyse, chef du service des affaires financières et générales au secrétariat général du MC
Virginie Desrante, conservatrice du patrimoine chargée des arts décoratifs au sein de la sous-direction de la politique des musées du service des musées de France à la DGPA
Laura Chaubard, directrice générale de l'EPPGHV
Pierre-Yves Platz, adjoint au chef de bureau de la culture, de la jeunesse et des sports au sein de la direction du budget du ministère de l’Action et des Comptes publics

Au titre des représentants de la maire de Paris

Patrick Bloche, adjoint à la maire de Paris chargé de l'éducation, de la petite enfance, des familles et des nouveaux apprentissages et du conseil de Paris
François Dagnaud, maire du dix-neuvième arrondissement de Paris
Carine Rolland, adjointe à la maire de Paris en charge de la culture

Au titre des personnalités choisies en raison de leurs compétences dans le domaine de compétence de l'établissement

Patricia Barbizet, présidente de Témaris et associés
v, directrice générale du festival Séries Mania
Laurence des Cars, présidente de l'Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie
Constance Rivière, secrétaire générale de la Défenseure des droits
Jean-Louis Missika, conseiller de Paris. “

Je ne sais quelle réflexion la lecture de cette liste de noms avec leurs fonctions vous inspire. Personnellement, je me dis que le Conseil d’Administration d’une institution musicale de cette importance gagnerait à comporter des représentants de la profession musicale elle-même, des étrangers au besoin, pour éviter tout conflit d’intérêt et donner du recul et une vision fraîche. Il ne serait pas idiot non plus d’y faire siéger des compositeurs, des représentants d’institutions musicales de province, voire même d’autres représentants de la profession musicale, ou du numérique, ou des syndicats, qui sait ?

Le rôle de ce Conseil d’Administration est de surveiller et d’approuver les comptes, de faire des observations sur les choix de la direction, de la questionner sur certains arbitrages. Ici il comporte pléthore de représentants des tutelles, ce qui est normal, mais ayant compétence en tout sauf en musique ; il comporte aussi des politiques dont on espère qu’ils aiment et connaissent la musique au point d’avoir un avis sur le menu que leur présente comme projets la direction de la Philharmonie. On y trouve toujours l’inévitable femme d’affaires Patricia Barbizet1, grande mélomane devant l’éternel, par ailleurs mécène et soutien fervent du chœur Accentus de Laurence Equilbey, en résidence de l’autre côté de Paris à la Seine Musicale, institution concurrente… mais qu’on entend également si souvent à la Philharmonie de Paris… C’est bien le seul conflit d’intérêt musical qu’on pourrait reprocher à ce Conseil d’Administration puisque, mise à part la mélomanie de Madame Barbizet (qui n’est pas une expertise professionnelle), personne ne semble en mesure d’y confronter un avis compétent en musique avec la Direction, actuelle ou future. Dommage.

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Est-ce mieux à Radio-France ?

Au Conseil d’administration de Radio-France on trouve un musicien, un seul, membre de l’Orchestre National de France, mais au titre de représentant syndical. Au Comité de Direction de Radio-France, qui n’est pas seulement un groupe de radios mais aussi le dépositaire des plus gros moyens musicaux de l’hexagone, il n’y a pas un seul musicien ou compositeur ou représentant de la musique classique. Et pas davantage au Comité “Radio et Musique”.

Rappelons, par exemple, qu’après la libération de Paris en 1944, le compositeur Henri Barraud fut nommé Directeur musical de la Radiodiffusion française, qu’il fonda la Maîtrise de Radio France, qu’il fut directeur de la chaîne nationale RTF puis de l'ORTF ! C’était une époque où être compositeur de musique classique ou en général un acteur professionnel de la musique classique pouvait laisser prétendre à des postes de décision, et pas seulement à donner des concerts de crossover sur Rance Télévision. Maintenant c’est fini : quadn on fait du classique, on doit s’en excuser auprès de Aya Akamura.