NOUVEAUTÉS DISCOGRAPHIQUES - Semaine 10/21

ERRATUM - Cette publication est partie par une malheureuse erreur, seule, sous forme de newsletter samedi 27 tôt le matin. Et elle n’était pas corrigée, ce qui augmente ma confusion. Je prie les abonnés à COUACS de bien vouloir m’en excuser. Le principe de COUACS reste inchangé : une newsletter, et une seule, chaque semaine, le dimanche matin.


Je l’avais nommé “Disque de la semaine” de la semaine dernière. Mais je me suis fait gronder, car je me suis trompé d’une semaine : je l’avais écouté il y a quelques temps et n’avais pas réalisé qu’il n’était pas encore paru. Cette fois c’est bon, ce Concerto à la mémoire d’un Ange par Gil Shaham et ces Mélodies de Berg avec Michael Tilson Thomas sont à portée de clic.


Spécial Trompette

Voici le deuxième volume d’une série dont je jurerais que vous avez aussi manqué le premier, et vous avez eu tort :

Huw Morgan est un trompettiste brillant, né au Pays de Galles, actuellement trompette solo de l’Orchestre de Bâle. Il travaille beaucoup à Londres en soliste et en ensembles. Les programmations de cette série (on espère bien d’autres volumes) sont absolument passionnantes. Le volume 2 me convient parfaitement, évidemment, parce qu’il touche à des compositeurs français un peu ostracisés.


Je me suis inutilement ruiné dans un passé pas si lointain à produire des récitals de piano ! Et si je n’avais pas sous-estimé l’apoplexie subventionnée de la vie musicale parisienne et son conformisme suiviste et geignard, et s’il n’y avait pas eu par-dessus le marché la pandémie, je voulais inviter la saison suivante Dinara Klinton pour la faire découvrir au public parisien. Dinara a remporté le Concours Busoni en 2006, a engagé déjà une grosse carrière internationale et joué avec les meilleurs orchestres. Ukrainienne, native de Kharkiv, elle a travaillé à Moscou avec Eliso Virsaladze puis avec Boris Petrushansky à l'Académie de piano Imola. Fixée au Royaume-Uni, elle a déjà enregistré plusieurs disques, hélas pas tous disponibles en ligne. Cette intégrale, produite de manière remarquable aux Pays-Bas par Pieter van Winkel qui dirige Piano Classics, devrait être écoutée attentivement par tous les pianophiles…


Spécial Chandos

C’est un label dont je ne parle pas assez dans cette rubrique. Cette semaine, pas moins de trois nouveautés bien agréables. Je me dois, avant toute chose, de vous présenter Miss Leonora Rubenstein :

Leonora est la chatte du jeune et excellent baryton britannique Ashley Riches qui nous explique dans le livret sa relation aux animaux. Il propose chez Chandos un très beau récital, joliment présenté, sur ce thème. Le répertoire va de Schubert à Britten, en passant par Chostakovitch, Barber et Vernon Duke. Très belle voix et excellente diction dans les Histoires Naturelles de Ravel. Au piano, Joseph Middleton l’un des meilleurs accompagnateurs de la nouvelle génération, — vous vous souviendrez peut-être que je l’avais signalé en décembre quand j’avais mentionné le disque récent de James Newby chez Bis, un autre jeune baryton anglais superbe. La relève est là, chez les chanteurs intelligents !

Près de 200 disques au compteur pour le seul label Chandos… “and still counting !” : Neeme Järvi poursuit l’aventure ces derniers temps, même si à un rythme moins soutenu que jadis, avec en particulier son cher Orchestre National d’Estonie (Eesti Riiklik Sümfooniaorkester) pays dont il est natif, lui et son incroyable tribu ! Deuxième disque consacré au répertoire français, avec des œuvres bien amusantes. Le premier était consacré à Massenet déjà, Henri Sauguet et Jacques Ibert. Une chance, vraiment, que ce bon géant se penche sur nos répertoires.

Un récital rare, enregistré par la très bonne violoniste Francesca Dego, sur le violon de Nicolo Paganini, “Il Cannone”. J’emprunte un bout du texte du livret :

Dans son testament, rédigé en 1837, trois ans avant sa disparition, Paganini précisa : “Je lègue mon violon à la ville de Gênes, afin qu’il y soit conservé à perpétuité.” C ‘était une phrase simple et sans équivoque, mais pleine d’embûches. Le 4 juillet 1851, après onze années d’échanges épistolaires, l’Administration de la ville de Gênes réussit à persuader le baron Achille Paganini, le fils du grand musicien, d’honorer le souhait de son père et de remettre le violon à la ville. Achille Paganini avait des inquiétudes au sujet de la conservation du violon et donc de l’endroit où le mettre. Quoiqu’il en soit, l’instrument fut remis à la ville bien avant la fabrication de la cloche de cristal qui devait le protéger, achevée en 1859 seulement. Sous cette coupole, le violon fut conservé comme une relique. En de rares occasions, le cachet de cire fut rompu pour pouvoir faire un léger entretien de l’instrument, par exemple remplacer une corde, ou pour que Camillo Sivori, l’élève préféré de Paganini, puisse en jouer.

Vous lirez la suite de l’histoire dans le livret du disque, riche et intéressant. Cet enregistrement est un événement car il a été décidé que Il Cannone, extraordinairement fragile, devrait être désormais prudemment et rarement joué. Francesca Dego a conçu un programme composé de pièces de Paganini et de compositeurs qui l’ont inspiré, parmi lesquels nos contemporains John Corigliano (*1938) et Carlo Boccadoro (*1963). Le programme se termine avec les arrangements par Szymanowski de trois Caprices avec piano.

Laissons le dernier mot à la violoniste :

C’est le Palazzo Doria-Tursi, superbe hôtel de ville de Gênes ,qui aujourd’hui abrite le “Cannone”, où j’ai eu le privilège de passer quelques journées enchanteresses à enregistrer avec ce trésor inestimable. […] En arrivant au musée qui se trouve au Palazzo, je ne pus à peine maîtriser mon excitation. Le violon, celui de Paganini, me fut remis, et je m’assis, bouleversée, émue aux larmes. Les sons produits par cet instrument ont caressé les oreilles de Schumann, Schubert, Goethe, Rossini, Bellini, Berlioz, Chopin, Heine... […] 


David Hurwitz n’est pas méchant.
Il est seulement énervé. Et il a raison.

Je pense avoir déjà signalé la chaîne Youtube de David Hurwitz, le patron du site ClassicsToday.com, dont l’équipe recense et critique avec passion et précision pratiquement tout ce qui sort. Et, pour nous Français, ces points de vue apportent un peu de fraîcheur transatlantique bien agréable. Dans l’une de ses récentes vidéos, Hurwitz pique un coup de sang argumenté contre le volume “L’Addio” de l’intégrale Haydn de Giovanni Antonini chez Alpha.

Hurwitz n’aime pas la façon dont c’est joué et nous explique pourquoi en détails, ce qui est cruel. Il déteste le packaging particulièrement idiot, que j’avais aussi remarqué, avec sa photo de couverture qui semble prise par Renaud Camus du temps où il traînait sous le pont d’Austerlitz. Et à l’intérieur, c’est pire. Le récent label auto-produit du Berliner Philharmoniker n’est pas mal non plus dans ce genre de délire graphique. Regardez cette vidéo, vous allez passer un bon moment : il venge.


Les pré-écoutes

Comme chaque semaine, voici des extraits d’albums à paraître bientôt, disponibles sur vos services de streaming ou de téléchargement préférés !

Quatre nouveaux extraits du Winterreise par Joyce Di Donato et YNZ chez Erato. Si l’effeuillage continue, on aura eu tout l’album en pièces détachées avant sa sortie.

Il Gusto Barocco sous la direction de Jorg Halubek nous prépare des Brandebourgeois chez Berlin Classics. En voilà un bout. Tiens, la pochette, hmmm hmmm…

Connaissez-vous Fernand de La Tombelle ? Antoine, Louis, Joseph, Gueyrand Fernand, Fouant de La Tombelle (1854-1924) est un compositeur et organiste français, à peu près contemporain de Ravel, dont on commence enfin à rejouer les œuvres, du moins au disque. L’excellent Mandelring Quartet va nous offrir bientôt son Quatuor à cordes Op. 36. En voici un extrait, chez Audite, ce label allemand que j’aime décidément beaucoup.

Chez Challenge Records, le violoniste Bob van der Ent a enregistré les Sonates et Partitas de Bach. Lui aussi. Un extrait, pour finir :