NOUVEAUTÉS DISCOGRAPHIQUES - Semaine 09/2021

La sélection hebdomadaire COUACS des nouveautés discographiques. Semaine tranquille avec quelques gros poissons.


Dans une prise de son magnifique, un Concerto de Berg au sommet, avec le grand Gil Shaham et Michael Tilson-Thomas à San Francisco. On épouse ou pas certains aspects de cette interprétation, ou son climat général, mais c’est instrumentalement somptueux. Mon disque de la semaine.


On aurait envie de le serrer contre soi et de le consoler ! J’adore la bouille boudeuse de Benjamin Grosvenor sur son nouveau disque consacré à la Sonate en si mineur de Liszt et quelques autres piécettes pas très difficiles extraites des Années de Pèlerinage ou Réminiscences de la Norma

Mais il ne boude pas quand il joue du piano, Benjie !
Et voilà probablement un disque qui marque un tournant dans sa carrière discographique. J’avoue que j’aime aussi énormément la manière dont il suit son chemin, avec classe et réserve. Mon disque de la semaine. Comment ça ? Deux disques de la semaine ? Oui. Je fais ce que je veux.


Si vous voulez découvrir de nouvelles voix, je vous donne une piste : suivez les pianistes “accompagnateurs” ! Rappelez-vous : tous les chanteurs que des artistes tels que Graham Johnson, Helmut Deutsch, Gerald Moore ou Christoph Eschenbach ont pu vous faire découvrir.

Le rôle des “accompagnateurs” est autrement plus important que pourrait le faire penser la caricature d’Hergé dans Les bijoux de la Castafiore, avec ce pauvre Monsieur Wagner. Les “accompagnateurs” sont souvent les mieux placés par leurs réseaux et leur feeling pour détecter les nouveaux talents.

Parmi la nouvelle génération des grands accompagnateurs actuels, j’attire votre attention sur le remarquable Daniel Heide. Il est le partenaire depuis longtemps d’Andrè Schuen (voir cette même chronique la semaine dernière). Et dans ce premier disque de la belle soprano Katharina Konradi, qui nous vient de la République du Kirghizistan, il est une fois encore là.


Le label ECM est très connu pour ses productions de jazz ; mais il a toujours souffert en France sur son versant classique (la collection ECM New Series) d’être placé entre les mains commerciales de gens chez Universal qui se foutaient pas mal du classique et se concentraient sur ce qui se vendait vite et bien c’est-à-dire Keith Jarrett, qu’on adore. Mais ECM New Series est aussi un label très créatif et très personnel, un peu complexe à appréhender, qui ne rentre pas toujours dans des cases pré-formatées. C’est tout à l’honneur de Manfred Eicher, son directeur, d’avoir poursuivi son chemin dans ce domaine. Ce nouveau disque est un beau prototype du label. On y écoute une rencontre entre le guitariste hongrois Ferenc Snétberger et l’admirable Quatuor Keller, captée dans la salle extraordinaire de l’Académie Franz Liszt à Budapest. Au programme, un Concerto pour guitare de Snétberger “à la mémoire de mon peuple” (entendez : du peuple Rom), le Huitième Quatuor de Chostakovitch, et des “petites” choses telles que des pièces de Dowland transcrites pour quatuor à cordes, et le célébrissime Adagio de Barber. Tout cela fait un très beau moment. Vivement recommandé.


PRÉ-ÉCOUTE

À paraître, cette nouvelle version du Rinaldo de Händel, chez Challenge Classics. Un petit extrait, pour vous faire une idée.


POST-SCRIPTUM & CONTRITION

Je me suis fait sonner les cloches la semaine dernière par un honorable abonné à Couacs, Patrick M. qui me reproche de n’avoir pas même mentionné dans cette rubrique le disque Verdi de Ludovic Tézier. Il m’écrit : “Franchement, c’est abuser. Votre volonté de vous singulariser à tout prix vous amène à boycotter un disque de cette importance ! ”

OK Patrick : voilà donc cette nouveauté en effet très excitante mentionnée ici. Votre rappel à l’ordre me donne l’occasion d’écrire que cette sélection est forcément subjective et n’implique pas que je méprise ou mésestime les disques que je ne recense pas.

Mais “comme il faut toujours que je me singularise”, je rappelle aux plus récents admirateurs de Ludovic Tézier son apparition dans Il Pirata de Bellini il y a quelques années, chez Opera Rara :