NOUVEAUTÉS DISCOGRAPHIQUES - Semaine #07-2021

Une sélection subjective parmi les nouveautés discographiques de la semaine

Nous devons ici au Palazzetto Bru-Zane le premier enregistrement intégral de Ô mon bel inconnu, comédie musicale en trois actes de Reynaldo Hahn (1874-1947) et Sacha Guitry. L’œuvre fut créée au Théâtre des Bouffes-Parisiens le 5 octobre 1933.

Distribution : Véronique Gens, Olivia Doray, Éléonore Pancrazi, Thomas Dolié, Yoann Dubruque, Carl Ghazarossian, Jean-Christophe Lanièce. L’Orchestre d’Avignon et son chef Samuel Jean méritent bien de la musique française pour la troisième fois au disque, après L’Amour Masqué paru en 2014 chez Actes Sud (musique d’André Messager) et La Société Anonyme des Messieurs Prudents paru en 2017 chez Klarthe (musique de Louis Beydts).

Livret digital impeccable : c’est ce qui s’appelle du travail éditorial sérieux.


On suivra chez COUACS semaine après semaine l’actualité discographique de ce coquin de Camille Saint-Saëns : car c’est enfin son année.

Saint-Saëns a peu composé pour les vents, mais les grands thèmes bibliques de Samson et Dalila, les traditions militaires patriotiques qui traversent son œuvre ou la dignité d'un couronnement britannique l’ont inspiré ! Telle cette Marche du Couronnement écrite à l’occasion du couronnement d’Edward VII en 1902. Tout cela appelait un disque d’arrangements pour orchestre à vents. L’Orchestre du Collège de la Royal Air Force lui rend cet hommage, qui vous fera passer un excellent moment, avec à sa tête pour l’occasion le chef allemand Jun Märkl, qui a été il y a quelques années le Directeur musical de l’Orchestre National de Lyon.


Sir Arthur Sullivan (1842-1900) est surtout connu pour sa collaboration avec son compère le librettiste William S. Gilbert, dans des œuvres délicieuses de l’époque victorienne co-signées “Gilbert et Sullivan”, telles que Mikado ou H.M.S. Pinafore. Peu après son retour de Leipzig où il avait étudié, Sullivan composa sa deuxième œuvre, le ballet L'Île Enchantée sur le thème du naufrage d'un marin. En voici le premier enregistrement sans coupures. Thespis, quant à lui résulte d’’une collaboration avec son associé Gilbert. Il s’agit d’un opéra-pantomime dont il ne subsiste plus que des fragments. Mais le ballet a été redécouvert récemment et restauré par Roderick Spencer et Selwyn Tillett. Le RTÉ Concert Orchestra est l’un des deux orchestres de la Radio Irlandaise, basé à Dublin, souvent orienté vers la musique légère et des concerts populaires, mais pas seulement.


Dans la rubrique MUSIQUE EN IMAGES de COUACS, nous mentionnions récemment la vidéo dans laquelle le critique David Hurwitz, rédacteur en chef de ClassicsToday.com, présentait sa surprenante “intégrale idéale” des Symphonies de Beethoven ! Pour la Troisième, ô surprise, il recommandait Manfred Honeck et son Orchestre de Pittsburgh, qui est en effet une interprétation à la fois décoiffante et maîtrisée, un vrai délice. La Neuvième, qui paraît cette semaine, est plus contestable et chichiteuse, et je partage également à son sujet l’opinion de Hurwitz. Mais c’est diablement bien fait, avec de belles réussites aussi (deuxième mouvement). Et quel orchestre ! Et quel enregistrement ! Les audiophiles devraient en ronger leurs câbles de bonheur !


Ce disque intéressant pour flûte et piano (œuvres de Gabriel Pierné, Mario Pilati, Sigfrid Karg-Elert et… Jean-Michel Damase !) est aussi l’occasion d’un coup de chapeau au grand pianiste italien Bruno Canino, longue carrière modeste, musicien à la fois aguerri, inépuisable, et d’un grand raffinement. Canino a été le partenaire des plus grands instrumentistes, un soliste serviteur de toute la musique de son temps, un découvreur de répertoires rares. De plus, un homme délicieux. Consultez sa discographie et plongez dedans : vous vous étonnerez ! Ne manquez pas ses collaborations avec Salvatore Accardo, Cathy Berberian, Viktoria Mullova, Itzhak Perlman… Rien que ça. Et ses interprétations de Debussy !


Vous vous demandiez ce que François-Xavier Roth fait, quand il s’ennuie ? Enregistrer une intégrale des Poèmes symphoniques de Strauss ? Non : car attention, cette intégrale n’est pas une production phonographique à part entière, mais la présentation d’un ensemble d’enregistrements réalisés par François-Xavier Roth à la tête de l’Orchestre de la SWR Baden-Baden et Freiburg entre 2012 et 2015. Bonne édition, avec livret numérique.


Premier volume d’une série consacrée par le label “Château de Versailles Spectacles” aux Grands Motets de Lully par l’Ensemble Les Epopées, dirigé par Stéphane Fuget. Il faut noter la superbe qualité éditoriale, y compris pour le digital, avec un livret absolument exemplaire.


Mettez-moi une Sonate d’Enesco sur la table, et j’arrive, ventre-à-terre. Il faudra d’ailleurs que COUACS se trouve des gens plus compétents que moi en musique ancienne et pour l’opéra. Notez bien, je ne déteste pas la musique ancienne mais cela me prend plus de temps pour me décider à en écouter que d’autres genres :). Quand j’étais distributeur de CD, et même plus tard chez Qobuz, j’adorais vendre beaucoup d’une référence de musique ancienne à des gens à qui cela plairait davantage qu’à moi ; parfois sans vraiment écouter à fond l’objet du succès : le client est Roi, non ? C’est mieux que de vouloir faire triompher à tout prix ses goûts, ou ses copains !

Et donc j’ai mis du temps à écouter le nouvel enregistrement Josquin de Dominique Visse et l’Ensemble Clément Janequin, qui est paru début janvier chez Ricercar, label de Jérôme Lejeune, dernier rescapé des producteurs artisanaux à l’ancienne, racheté lui aussi par Outhere mais à qui on laisse heureusement conduire son train comme il le veut.

Ce nouvel enregistrement contient une sélection de chansons de Josquin extraites du Septième livre, de 1545. Il est publié pour saluer le 500e anniversaire de la mort du compositeur en 1521. Et comme toujours quand Dominique Visse est dans le coup, on se tait et on écoute.


LES PRÉ-ÉCOUTES DE LA SEMAINE

Comme chaque semaine, en avant-première, voici des extraits d’albums à paraître prochainement, dont certaines plages sont déjà disponibles sur les plateformes de streaming.

John Mayer (1930-2004) est un compositeur et violoniste anglais assez singulier, né à Calcutta aux Indes qui toute sa vie a navigué entre le classique, la world-music et le jazz-fusion. Sasha, fils de Gennadi Rojdestvenski, est un très bon violoniste, et en proposera bientôt l’enregistrement intégral du Concerto pour violon, dont voici un extrait. Une vraie découverte, fort bien réalisée.


Deutsche Grammophon vient de signer un contrat d’exclusivité avec le baryton italien Andrè Schuen. Schuen a grandi dans le Tyrol italien et parle l’italien, l’allemand… et sa langue natale, le Ladin, une parlure pratiquée par quelques 30 000 personnes, dans le nord-est de l’Italie. Espérons que ce contrat soit long et fructueux pour l’artiste. Car Andrè Schuen est un récitaliste magnifique.

Schuen forme de longue date avec le remarquable pianiste Daniel Heide un duo parfait, qui a déjà produit plusieurs disques importants pour le label CAVI-Music, un label allemand qui “a de la feuille”. Je vous invite à les écouter, en particulier les mélodies de Liszt. Leur album DG de l’intégrale de La Belle Meunière paraîtra le 5 mars. Cet extrait, pour patienter !


La label des Berliner Philharmoniker va publier un coffret de l’intégrale Mahler bientôt, dont voici en pré-écoute l’Adagio de la Dixième Symphonie dirigé par Claudio Abbado. Les enregistrements ont été réalisés au cours des dix dernières années. La présentation est complètement, absolument barrée… dans le genre design abscons. Un trailer vous est fourni :


Chez Channel Classics paraîtra le 19 février Le Voyage d’Hiver de Schubert dans une version pour baryton et quatuor à cordes réalisée par Wim ten Have, interprétée par le Ragazze Quartet et le baryton Martijn Cornet. En voici un extrait !