NOUVEAUTÉS DISCOGRAPHIQUES - Semaine #06-2021

Semaine de nouveautés classiques d’une richesse qu’on pourrait dire excessive, invraisemblable. Un mélomane retraité n’aura pas même assez de temps pour tout écouter. On a voulu cette fois montrer la variété des propositions en mentionnant dans cette rubrique davantage de disques que d’habitude. Tous sont disponibles sur les plateformes de streaming. Nous mettons des liens vers Qobuz car c’est le seul service de streaming qui offre les livrets numériques dans le cadre de ses abonnements, et pour tout dire parce que c’est plus pratique pour nous puisque nous nous en servons pour écouter de la musique et sélectionner les albums, en bonne qualité audio. Mais tout est disponible généralement chez Deezer, Spotify et les autres.


Probablement “le” disque de la semaine, parce que réalisation splendide à tous égards : direction, beauté instrumentale, prise de son, édition. Sauf peut-être le visuel de la pochette : il semble que chez hm le graphiste aime à montrer à ses patrons qu’ils maîtrise les calques sous Photoshop… Il faut probablement comprendre aussi que Jacobs a la tête de LvB : le truc totalement éculé.


Le label CPO est déchaîné. ¨Parmi ses plus récentes nouveautés on notera la contribution du prolifique chef allemand Marcus Bosch et de son orchestre Cappella Aquileia à la première année qui suit l’Année Beethoven. Œuvre peu connue du grand public, Ungarns erste Wohltäter ("Le roi Stephen, le premier Bienfaiteur") a été composée à l’été 1811, pour marquer l'ouverture d'un nouveau théâtre à Pest. Il existe une autre version récente de l’œuvre sous la baguette de l’ogre Leif Segerstam, à comparer.

Voilà à quoi servent aussi les labels allemands : à enregistrer de la musique française ! Et éclectiques, avec ça : la même semaine, deux nouveaux disques et une réédition CPO consacrés à de Lalande, à ce bon vieux Théodore Dubois et au Requiem de Gossec (la réédition). Le tout en coproduction avec des radios allemandes qui permettent de la sorte à des enregistrements assez ambitieux de paraître chez des labels indépendants, et à des artistes allemands d’exister sur la scène internationale. Allo, Radio-France ? Je suis mauvaise langue : il parait que le National va maintenant enregistrer l’intégrale des symphonies de Saint-Saëns. En 2021, année Saint-Saëns. Comme c’est bêta de ne pas y avoir pensé plus tôt, on avait pourtant le temps de se préparer !


Un peu de piano moderne avec ce très bon disque consacré aux œuvres de Marc Monnet (*1947) par François-Frédéric Guy, qui est le dédicataire du premier livre d'En pièces (2007) créé l'ensemble de la collection au Festival Musica de Strasbourg en 2012 : l’interprète et le compositeur sont d’anciens complices. Musique très convaincante, et interprète convaincu. Je vous recommande vivement d’écouter.


Les Sonates et partitas pour violon seul ! La magnifique Leila Schayegh s’y colle, elle aussi. Il faut dire qu’elle a des arguments, en particulier sa réussite remarquable il y a quelques années dans les Sonates BWV 1014-1019 avec Jörg Halubek. C’est la fête.


Un artiste de 20 ans, Ilan Zajtmann, qui étudie actuellement à Yale avec Boris Berman, propose ici son premier disque. J’ai eu envie d’en parler parce que, même si on a affaire ici à un jeune en pleine recherche il y a là une personnalité, une recherche extrêmement touchante. On ne s’ennuie pas une seconde, mais surtout on ressent la fièvre, l’inquiétude et le soin dans l’expression que peut projeter un artiste en plein développement. Rien d’imitatif ici, pas de fausse certitude puisée ailleurs, pas de pose, pas de volonté de crâner. On souhaite plein de bonnes choses à Ilan Zajtmann pour la suite et on le suivra. J’aime assez le piano et la prise de son, qui contribue au plaisir de l’écoute


LE LABEL DE LA SEMAINE : FRA BERNARDO

the sound and the fury est un ensemble vocal créé en 2015 qui se consacre à l'interprétation de la polyphonie de la Renaissance de l'école franco-flamande. Il nous propose ici le deuxième volume de son intégrale des Messes de Pierre de la Rue.

Le label autrichien Fra bernardo est certainement le label de musique ancienne le plus trendy du moment par ses pochettes, mais le contenu des disques est également remarquable. Fra bernardo couvre des répertoires souvent inouïs de la musique ancienne avec des premières mondiales de compositeurs tels que Pierre de La Rue, Giovanni Lorenzo Lulier, Giovanni Battista Costanzi, Philipp Heinrich Erlebach ou Francesco Maria Veracini.

L’enregistrement (live) de la Missa Papae Marcelli par l’ensemble Beauty Farm est publié en hommage à Bruno Turner qui a tant fait pour la redécouverte de la musique vocale polyphonique, entre autres à la tête de Pro Cantione Antiqua. Partez à la découverte du label, et de ses pochettes souvent décoiffantes !


Le label italien Stradivarius poursuit depuis des années son travail en faveur de la musique d’aujourd’hui et nous offre ici l’intégrale de la musique pour guitare du compositeur japonais Toru Takemitsu. Petit extrait pour vous donner envie d’écouter le disque de ce très bon jeune guitariste :


Vous avez bonjour d’Alfred, pour terminer !

Avant de vous quitter, on termine cette sélection avec quelques douceurs, et un concert du Nouvel An enregistré en juillet 2020 mais publié cette semaine, celui du Tonkunstler Orchester de Vienne, dont le chef permanent est Yutaka Sado. Ici, l’orchestre a invité en soliste la belle Olga Peretyatko et à la baguette Alfred Eschwé. Connaissez-vous Alfred ? Et bien, si vous acceptez de sortir de l’idée que la musique de la famille Strauss ne saurait être dirigée que par des stars qu’y s’y invitent une fois l’an sur votre téléviseur, Eschwé est votre homme.

Autrichien, il a passé plusieurs années à diriger dans différents opéras allemands avant de devenir chez permanent en 1989 au Volksoper de Vienne. Eschwé. Il dirige un peu partout à l’international le lyrique avec les plus grands chanteurs du moment, mais il est aussi l’un des meilleurs spécialistes de la musique légère viennoise, ce qui nous ramène à cet “autre” concert du Nouvel An à Vienne. Depuis des décennies, Alfred Eschwé dirige l’Orchestre Johann Strauss de Vienne avec lequel il présente ce répertoire dans le monde entier : au Japon seulement plus de 270 concerts, mais aussi des tournées aux États-Unis, en Corée du Sud, en Italie et en Espagne ! Il a entre autres participé à plusieurs volumes de la monumentale série consacrée à la musique de la famille Strauss chez Marco Polo.