NOUVEAUTES DISCOGRAPHIQUES Semaine #05/21

Vendredi 28 janvier 2021

J’avoue mon embarras à faire si souvent l’impasse sur des disques que je n’ai pas le temps d’écouter, ou qui ne retiennent pas mon attention par ignorance sur des répertoires ou je suis peu légitime, et devant l’abondance des parutions. Serais-je à mon tour victime du mal des critiques musicaux qui vont à ce qui est le plus visible ? Mon excuse est que je ne suis pas critique, rien qu’un mélomane avec quelques domaines de compétence et pour le reste des curiosités. Cela dit pour rappeler encore une fois que cette sélection est très, très arbitraire, et ne saurait refléter la production toute entière, d’une richesse proprement délirante ces temps-ci.


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Il m’arrive aussi de mentionner dans cette rubrique, et d’y parler (pas assez bien, je le sais) de productions dont je ne sais pas mieux dire, mais qui sont belles à mes oreilles.

La semaine prochaine, 5 février sera un véritable tsunami de nouveautés, je m’en suis rendu compte en préparant la semaine qui nous occupe. Une abondance surréaliste quand on sait le manque de visibilité de tout ce travail qui vient se nicher discrètement dans les serveurs des plateformes…


Leonardo Perdomenico

25 décembre 2020 : drôle de date pour la sortie d’un disque. C’est pourtant à cette date que le label Piano Classics, dirigé par Pieter van Winkel a fait paraître un nouvel album de transcriptions de Beethoven par Leonardo Perdomenico qui ne mérite pas de passer inaperçu. Au programme. Cinquième symphonie de Beethoven transcrite par Liszt à deux mains, ainsi que “À la bien-aimée lointaine”, et le premier mouvement du troisième concerto pour piano transcrit lui par Charles-Valentin Alkan. J’aime énormément le talent et la manière de faire de ce pianiste qui réalise dans les deux cas exactement le travail souhaité par les transcripteurs, qu’il suit dans leurs géniales fantaisies et leurs réflexion sur les œuvres. La transcription d’Alkan, avec sa cadence délirante est un pur bonheur, sous des doigts qui combinent intelligence et musicalité.

Et je rappelle son premier disque chez Piano Classics, qui vaut la peine aussi.


Reinhard Goebel n’arrête pas, n’arrête jamais ! Sa discographie est en passe de dépasser celle de Neeme Järvi ! Il s’est lancé dans une série “Beethoven’s World” déjà bien engagée, que la présente parution est l’occasion de rappeler, Ici on a divers concertos des contemporains de LvB, et même l’esquisse d’un concerto pour violon WoO 005 qui n’a pas été poursuivi… A noter que cette initiative discographique, qui révèle du répertoire original et utile, est rendu possible par l’action des radios allemandes, je radote, qui aident les artistes à réaliser leurs projets discographiques, quand Radio-France ne fait rien de tout cela…


Il y a quelques années Christoph Eschenbach avait enregistré l’équivalent de 16 disques consacrés à une large sélection de répertoire abordable pour les apprentis pianistes, ou les amateurs. Les voilà réédités sans davantage de précisions. C’est l’occasion de retrouver au piano Christoph Eschenbach, grand pianiste qui a qui a trop délaissé son instrument pour la baguette depuis quelques années ; et c’est toujours très touchant de voir un grand artiste se pencher sur de telles miniatures. Je me régale, mais je n’ai pas encore tout écouté, je l’avoue.

Le projet a été en partie ou complètement mené, je ne sais pas, pour servir de support à l’application suisse TomPlay qui permet de suivre la musique sur une partition tout en écoutant.


Le magazine Diapason a toujours bon goût dans ses choix quand il réalise ses suppléments discographiques mensuels “La Discothèque idéale” ou “Les Indispensables de Diapason”. Les deux collections atteignent maintenant près de 150 albums et je vous recommande d’aller y faire un tour grâce aux liens ci-dessus, vous allez en prendre encore pour quelques heures de bonheur. Diapson nous propose en février une belle anthologie de grandes interprétations des concertos pour vents de Mozart. Pour moi, il manque quand même Reginald Kell, mon chouchou, mais pas grave, vous irez l’écouter ailleurs. Créer une telle collection demande bien du travail, mais c’est quand même plus facile que de faire des disques nouveaux avec des artistes vivants, notez. La différence entre un critique musical qui agit avec talent pour l’édification de ses contemporains, ce qui est déjà bien, et un éditeur ou un producteur, c’est que le dernier risque sa peau…


Notre vieil ami Daniel-François-Esprit Auber a composé pas moins de 60 opéras et opéras-comiques. De quoi alimenter plusieurs volumes discographiques d’ouvertures et pièces diverses, l’entreprise dans laquelle s’est lancé le label Naxos. La série avait commencé avec l’Orcehstre de Cannes sous la baguette de son chef de l’époque Wolfgang Doerner, elle se poursuit loin de la Côte d’Azur, en Tchéquie, chez des gens qui jouent aussi mais son plus mal payés, répugnent pas, eux à jouer de la musique française, quand les orchestres français ou souvent leurs éminences se sentiraient humiliés d’en faire jouer.


Dernier volet d’une série d’enregistrements de quatre mains du Duo Jordans & Doeselaar sur instruments d’époque, ici un magnifique Blüthner de Berlin construit vers 1867 ! La pochette a mis en couleurs la figure de notre ami Brahms et c’est émouvant non ? On dirait qu’il va se mettre à nous parler. Nous parler c’est en tous cas ce que font les duettistes dans ce disque au sonorités ravissantes Wyneke Jordans et Leo van Doeselaar, qui jouent ensemble depuis au moins 20 ans. Figurent dans ce disque les Variations sur un thème de Robert Schumann Op.23, composées sur un thème de Schumann composé juste avant d'être admis dans un hôpital psychiatrique, pièce qui s’achève sur une marche funèbre glaçante.


Naxos entreprend donc une série consacrée à la musique brésilienne, ce qui est sacrément bien. Voici un disque d’ultra-raretés de Villa-Lobos : ce sont des transcriptions pour chœurs d’œuvres de Bach, Mendelssohn, Schumann, Beethoven et même Chopin ! Ces transcriptions étaient destinées à un chœur de professeurs et à l'usage des écoles. C’est du Villa-Lobos, donc c’est génialement manigancé, et diaboliquement réussi. À ne pas rater. Tiens, j’y pense, cela ferait du bon répertoire pour Madame Equilbey, plutôt que de s’essayer au Freischütz de Weber…


J’ai déjà évoqué les réalisations du label L’Encelade, l’un des meilleurs labels français du moment. Et je vous signale donc la sortie aujourd’hui de ces Concerts Royaux de Couperin, par Claire Gautrot et Marouan Mankar-Bennis. Ce sera sur ma platine cette semaine. Sur la pochette il y a un pli dans la robe en dentelles de Claire que je ne parviens pas bien à comprendre. Ce doit être une énigme en bonus ! : ) Suis-je bien sérieux, de m’attacher à de tels détails devant la perspective d’écouter une musique aussi sublime ?


On termine en signalant la parution de l’opéra Semele, le chef-d’œuvre de John Eccles (1668-1735), sous la direction de Julian Perkins, à la tête de la Cambridge Handel Opera Company, du Cambridge Early Music et de l'Academy of Ancient Music. Cet enregistrement public parait sous le propre label de l'Academy of Ancient Music . Les audiophiles seront à la fête, car l’album est disponible en numérique en haute-résolution 24/192. Une résurrection au top, donc.


Le label de la semaine : Le Palais des dégustateurs

Il nait tous les jours des micro-labels, et il est passionnant de repérer ceux qui en particulier en France sont des labels de conviction, ne dupliquent pas les modèles anciens , savent apporter du nouveau quand on pense avoir tout entendu, ou s’attachent à faire redécouvrir des interprètes négligés. Le Palais des dégustateurs est de ceux-là. Son aventure est un peu improbable. C’est celle d’un homme, Eric Rouyer “ignorant éclairé” comme il se décrit lui-même, qui fut infirmier libéral, puis caviste, et qui a réuni ses deux passions, le vin et la musique pour en faire un label, en étant soutenu par de grandes maisons de vin ou domaines, qu’il a conduit à la musique classique !

Je profite de l’occasion d’un récent changement de la distribution numérique du label pour signaler ses deux dernières nouveautés, qui avaient un poil tardé à être mises en ligne. Je n’ai pas de mérite à le faire, ces albums ayant déjà été abondamment salués par la presse spécialisée… mais COUACS n’était alors pas encore né.

Les pianistes Jacques Rouvier et Dominique Merlet au Palais des dégustateurs. Ils ont l’air enjoués, la photo ne précise pas ce qu’ils ont bu pour en arriver là !

Une rencontre extraordinaire que celle de ces trois musiciens pour une version renversante de ces fameux trios avec Noah Bendix-Balgley (qui est premier violon de la Philharmonie de Berlin !) Peter Wiley, jadis violoncelliste au Beaux-Arts Trio et Robert Levin, pianiste et musicologie en action Enregistré dans la chapelle du couvent des Jacobins à Beaune. Il nous manque le livret hélas sur les plateformes de musique en ligne.

Le dernier né du label propose un programme audacieux. Le Palais des dégustateurs avait déjà publié la Sonate pour violon et piano d’Alberic Magnard par Gérard Poulet et Jean-Claude Vanden Eyden, c’était son deuxième disque. Mais le Quatuor Béla ici, en plus de proposer une version magnifique du Quatuor de Debussy, offre une véritable révélation avec cette version totalement convaincante du long et tragique Quatuor de Magnard. Et dire que cette musique est tellement ignorée des programmateurs…


Ecoutez l’interview de Eric Rouyer, le fondateur de par Edith Walter sur Radio Notre-Dame. Oui, Edith Walter ! Qu’on a bien connue jadis, au temps des pyramides d’Egypte, quand elle dirigeait le magazine Harmonie…