NOUVEAUTES DISCOGRAPHIQUES Semaine #04/21

Vendredi 22 janvier 2021

La Direction de COUACS vous prie de l’excuser pour la parution tardive cette semaine de cette rubrique des nouveautés discographiques.

Il n’y pas chaque semaine de “Disque de la semaine”. Oui mais cette fois vous en aurez deux, lectrices et lecteurs chanceux !

D’abord, cet album merveilleux, la Quatrième Symphonie de Gustav Mahler sous la baguette du jeune chef tchèque Jakub Krusa avec son Orchestre de Bamberg, paru chez Accentus. Magnifique interprétation de bout en bout, et une prise de son à se faire prendre les doigts dans la prise de courant, si vous êtes un audiophile ! Vivement recommandé.

Deuxième album de la semaine celui-là, consacré à Antonio Vandini (1691-1778), c’est lui le type pas très beau sur la couverture de l’album ! Vandini était un compositeur Bolonais, c’est-à-dire un natif de Bologne. Il devint franciscain. De sa musique il ne reste que le contenu de ce disque, composé de sonates et d’un concerto pour violoncelle qui sont de belles révélations, et qu’on découvre avec enthousiasme sous les doigts de la belle et talentueuse Elinor Rey et de ses amis, une bande de cadors à qui on doit bien d’autres découvertes sur le label belge Passacaille. Passacaille est l’un des meilleurs labels du moment et parmi les plus créatifs dans le domaine de la musique ancienne ou sur instruments d’époque. Je vous invite vivement à en découvrir ce catalogue : on a envie de tout manger ! Passacaille réalise aussi des livrets numériques superbes, complètement documentés, en trois langues et avec de belles illustrations. La classe.

Je vous le dis : vous ne trouverez pas ces derniers temps un seul disque qui vous donne autant de notes pour votre argent. Le pianiste croate Goran Filipec, a déjà à son actif une discographie abondante et très intéressante. Il déploie ici une virtuosité réjouissante. Les oeuvres sont connues : De profundis et la Fantaisie hongroise sont les œuvres originales de Franz Liszt (cette dernière dans le premier enregistrement de l’édition réalisée par Filipec), quand la Rhapsodie espagnole et Totentanz sont des adaptations de Ferruccio Busoni. Le Kodály Philharmonic Orchestra est en fait l’orchestre de la ville de Debrecen, deuxième ville la plus importante de Hongrie.

Dans la librairie, ils ont un système au terme duquel dans l’hebdomadaire professionnel Livres Hebdo un éditeur peut “réserver” le titre d’un livre dont il a eu l’idée avec son auteur, afin qu’il ne lui soit pas soufflé au dernier moment par un autre auteur ! On devra peut-être faire de même à l’avenir : créer une bourse aux titres-concept pour les disques classiques aussi, afin de ne pas répéter l’aventure qui vient de survenir à ce disque du pianiste David Greislamer, “Labyrinth”, sorti chez Naïve Classique à-peu-près en même temps qu’un album au même titre, chez Sony, signé de Katia Buniatišvili. Bien sûr, David Greislamer n’a pas les mêmes arguments débordants que Katia Buniatišvili, mais il gagne aux points avec un programme-playlist quand même plus intéressant, et interprété de manière plus décente que Buniatišvili, une artiste que je ne déteste pas, mais qui en est tout de même à son deuxième très mauvais disque à la suite. On l’aime bien malgré tout, mais elle va finir par lasser.

Ce disque intéressant consacré à Busoni, encore lui, a été enregistré il y a 20 ans et est paru il y a quelques semaines seulement. Il est consacré aux œuvres pour deux pianos de Busoni, toutes des transcriptions (Bach, Mozart, Schumann) est une petite carte postale post-mortem d’Aldo Ciccolini, entouré de collègues italiens.

La pochette intrigue, et bêtement on s’attend au pire pour ce récital de lieder de Richard Strauss. Ce n’est pas le cas. Rickard Söderberg est un ténor et activiste LGBT suédois un peu excentrique , qui a même tenté l’Eurovision pour le compte de son pays. Militant très connu et médiatique en Suède, il a chanté en duo avec Anne-Sofie von Otter à l’occasion d’une Gay Pride ! Et il se présente sous des atours assez colorés. Que préférez-vous, vous ? Rickard ou Katia ?


Des disques qui ne servent à rien

L’Orchestre National d’Ile-de-France a changé de chef. Case Scaglione, le nouvel élu, chef américain était déjà directeur musical au Württemberg Chamber Orchestra Heilbronn. Il cumulera avec l’ONDIF. Qui lui offre, à peine posé le pied sur le sol de la banlieue parisienne d’un seul coup deux disques. Au programme : Beethoven, Symphonie Heroïque et un Festival Wagner à la papa avec trois bons chanteurs toutefois.

Mais à quoi bon, Grands Dieux, à quoi bon ? Qui décide, ou cède aux désirs du chef, dans un tel cas ? N’y-a-t-il pas mieux à faire avec l’argent dépensé par l’orchestre dans un tel cas, et les subventions diverses collectées pour son financement général ou en particulier pour ces deux disques, que deux albums consacrés à Beethoven et Wagner ? C’est du grand n’importe quoi, dans un label qui n’a pas dû d’ailleurs y mettre grand chose, se targue d’être une start-up numérique mais reproduit en vérité les clichés les plus surranés. Allez-voir les répertoires qu’enregistrent les orchestres u niveau de l’ONDIF en Angleterre ou en Allemagne et même les disques qu’a enregistré l’Orchestre de Württemberg avec Case Scaglione. En France c’est table ouverte. Tu veux faire du Beethoven ? Fais du Beethoven, on paie ! Bientôt une intégrale Mahler probablement. Ou les Quatre Saisons… À quoi bon?


Les pré-écoutes de la semaine

Certains labels proposent désormais sur les plateformes de streaming des extraits de leurs nouveautés plusieurs semaines avant la date de parution. Occasion de prendre rendez-vous et de repérer des albums qui en vaudront peut-être la peine.

Celui-là je crois qu’il va me plaire. L’extrait qui nous est offert est une bien belle Prière de Guy Ropartz, par Jean-Baptiste Dupont sur le Cavaillé-Coll de Saint-Sernin à Toulouse…

Dans une prise de son superlative, comme souvent chez Channel Classics, les Sonates pour viole de gambe de Bach par deux jeunes dames. On attend d’écouter la suite avec intérêt.