NOUVEAUTES DISCOGRAPHIQUES - #02-21

Une sélection hebdomadaire arbitraire... parfaitement critiquable... de nouveautés bien fraiches.

La mer remonte : la semaine prochaine, le 15, sera une déferlante où il y aura trop de nouveautés pour le discophile le plus gourmand. Rappelons que ce choix hebdomadaire est très personnel et subjectif. Je ne suis pas non plus un critique musical universel, ce qui m’ennuie d’ailleurs tant j’ai bien conscience que certains répertoires sont écartés dans ces chroniques.

Faites connaître COUACS à vos amis !


Pendant le confinement, la musique continue à Versailles. Et, depuis que la Famille Lefevre (saluée ici par Monsieur Joyaux, qui porte si bien son nom !…) a gagné La France a un incroyable talent devant mes infortunés collègues marseillais de Wonsembe, Versailles est trendy. Ce disque, Le coucher du Roi, nous rappelle opportunément que Louis XIV disposait à son coucher, avec sa petite tisane, de musiciens prompts à encourager son ensommeillement en lui jouant ses airs préférés de Lully, Lambert, de Lalande, Marais… Le versaillais Thibaud Roussel lui aussi agit comme Jul, en “bande organisée” ! Il a réuni autour de son théorbe une troupe constituée des meilleurs cadors de la musique ancienne et baroque actuellement. Excellent travail éditorial du lable, à lire et à admirer, y compris dans sa version numérique. Suffisamment rare pour devoir être signalé.


Le caractère si particulier du pianiste d’origine russe, sa pudeur sensible, son autorité impressionnante trouvent dans ces petites pièces des terrains d’exploration rêvés. Vladimir Feltsman poursuit son cycle discographique consacré à Beethoven, une entreprise débutée il y a longtemps, et qui nous a valu déjà tant de beaux disques chez Nimbus.

Alpha annonce avoir conclu un accord avec le remarquable Behzod Abduraimov pour plusieurs enregistrements. Ce premier album ressemble à un récital public par son programme, un récital qui serait à la fois tubesque et copieux : Children’s Corner de Debussy, 24 Préludes de Chopin et Les Tableaux d’une Exposition de Moussorgski ! On n’a pas de doute : en public dans un tel programme; Abduraimov tiendrait aussi bien le choc. Moyens considérables, timbre superbe, une attention constante portée au chant. Et somme toute, une sincérité, une absence de prétention, à ce niveau, qui sont bien agréables. Pour tout dire, un artiste extrêmement attachant. Très belle prise de son, sur un très, très beau piano.

Ce sera la semaine Alpha, avec un nouveau disque à ne pas rater de la formidable Patricia Kopatchinskaja (si elle enregistrait les pages jaunes, on la suivrait…) en très bonne compagnie : Sol Gabetta et la Camerata Bern, un ensemble avec lequel elle a déjà une longue relation.

Programme original, avec en pièce maîtresse Plaisirs illuminés, ce double concerto pour violon et violoncelle du compositeur espagnol Francisco Coll, né en 1985, disciple de Thomas Adès, qui donne son nom à l’album, d’après une œuvre de Dali. Coll a bien de la chance d’avoir des fées telles que Kopatchinskaja et Sol Gabetta à ses pieds !

Abonnement COUACS : encore gratuit : )

Reste que la place impartie sur la couverture de l’album peine à décrire l’originalité et l’adorable voyage auquel nous invite la violoniste ; un disque dont l’orchestre et ses membres disputent la vedette aux deux solistes. Outre Plaisirs illuminés, y figurent une pièce pour cordes de Sandor Veress — cet élève et trait d’union entre Bartók et Kódály — dédiée à la Camerata Bern, une courte pièce de Kurtag, un Concerto pour cordes de l’argentin Alberto Ginastera, des Duos de Bartók, Ligeti et Coll. Enfin, une improvisation collective de chants d’oiseaux ! Essayez, vous ferez “Cui-Cui” vous aussi.

Deux cycles ambitieux nouveaux et courageux : il est parfois important pour la réussite d’une série de la saluer dès son début.

  • D’abord, les Quatuors de Weinberg par le Arcadia Quartet chez Chandos. Weinberg, polonais installé en URSS après l’invasion de la Pologne, devrait former au plan de la notoriété le troisième d’un trio constitué de Chostakovitch et Prokofiev. La récente abondance de sa documentation phonographique lui donnera bientôt la place que sa musique mérite. Le Arcadia Quartet est un ensemble d’instrumentistes roumains magnifique, originaire de Cluj–Napoca, qui s’est forgé déjà une belle réputation sur la scène londonienne après de nombreux prix internationaux et qui enregistre en exclusivité pour Chandos. Ils avaient déjà fait paraître l’intégrale des quatuors de Bartók pour le label anglais. Les voilà embarqués dans une nouvelle aventure qui s’étalera sur cinq ans.

  • Autre réputation qui progresse, du moins au disque, celle de Franz Schreker (1870-1934) post-romantique majeur, créateur d’une musique flamboyante, né par hasard à Monte Carlo, de famille originaire de Bohème et qui dirigea le Conservatoire de Berlin entre 1920 et 1932 avant d’être stigmatisé par les nazis. Il est mort prématurément à l’âge de 56 ans en laissant derrière lui un catalogue assez important dans tous les domaines. CPO engage cette semaine la publication, par le toujours audacieux Bochum Symphoniker sous la direction de Steven Sloane (Bochum, non loin de Cologne) de l’enregistrement de l’intégrale symphonique de Schreker. Attendez-vous à bien des beautés.

Dans une précédente chronique en avant-première, j’avais attiré l’attention sur des extraits du nouveau disque de Marc Coppey, consacré aux Concertos pour violoncelle de Chostakovitch. Et bien voilà, l’album est maintenant disponible !

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PS - Maisons de disques, COUACS ne veut surtout pas recevoir de CD ! En revanche, feuilles de nouveautés et plannings prévisionnels sont bienvenus, et le cas échéant des fichiers “LossLess” avec le livret numérique, mais seulement si le disque n’est pas encore sorti sur les plateformes. Pas de MP3, c’est Haram !