Mon manifeste en faveur d'un usage effréné de l'intelligence artificielle dans la musique en ligne !
Chacun y va de son manifeste en faveur de l'éthique du streaming et de l'IA dans la musique numérique, pour faire le beau sur Linkedin. Et pourquoi pas moi, hein ?
Nous connaissions déjà ce brillant oxymore : « le streaming éthique ». Une vaste fumisterie, dès lors que l’on confronte ce slogan aux règles d’airain du partage de la valeur et à l’interdiction de toute segmentation tarifaire.
Aujourd’hui, alors que l’espace médiatique est saturé par le brouhaha stérile autour de l’IA — entre fantasmes de contenus générés et angoisses sur la protection des données — le débat s’enlise. On oublie l’essentiel. Il existe une voie de passage, un usage de l’intelligence artificielle capable de réparer, immédiatement et de manière spectaculaire, le désastre documentaire des plateformes généralistes. Y compris celles qui se drapent, avec une indécence rare, dans des habits de parangons de vertu.
Cet usage porte un nom : la documentation et la curation. Or, à ce stade, le silence est assourdissant. Tout le monde s’en fout.
Vingt ans de régression systématique
Le constat est sans appel : en deux décennies, la musique numérique a orchestré une faillite intellectuelle sans précédent. Nous assistons à la démission totale des plateformes, des producteurs et des intermédiaires face à l’exigence de documentation.
Souvenez-vous : au temps du vinyle ou du CD, le moindre album de pop était un objet culturel, illustré et documenté. Tout cela a été balayé par le mépris technologique. Aujourd’hui, pour l’immense majorité du répertoire mondial, la « documentation » se résume à une vignette pixellisée et des métadonnées soit inaccessibles, soit indéchiffrables.
Quant aux livrets numériques — ces bouées de sauvetage pour l’auditeur exigeant —, ils sont devenus des fantômes. Les labels les ignorent, les applications les cachent, et les agrégateurs, dans une défaillance logistique coupable, les ont purement et simplement bannis.
Une industrie qui méprise son propre patrimoine
La discographie n’est pas une simple liste : c’est une culture, un savoir vivant. On mesure ici l’hypocrisie de l’industrie phonographique : elle se prétend « culturelle », mais elle sabote sa propre transmission. Le plus modeste éditeur de livres traite son lecteur avec plus de respect que ces géants du flux, qui sont incapables de livrer l’équivalent numérique d’une quatrième de couverture.
La vérité est crue : le catalogue mondial est devenu un monstre ingérable par l’humain. Encore faudrait-il que les experts cultivés soient encore en poste… On les cherche !
L’IA : la fin du déni
L’IA n’est pas une menace, c’est notre dernière chance de sortir du déni. Elle permet désormais de documenter avec une précision chirurgicale — et un taux d’erreur dérisoire — les compositeurs, les artistes, les filiations et les discographies. Elle vient réparer vingt ans de mépris.
Il y a vingt ans, en créant Qobuz, j’ai milité pour une curation strictement humaine.
Mais le monde a basculé, depuis.
Continuer de prêcher la curation humaine face à un océan de données incommensurable, c’est soit avoir vingt ans de retard, soit prendre les auditeurs pour des idiots.
La curation humaine, aujourd’hui, qui ne peut être que débordée, c’est en réalité sélectionner des têtes de gondole au service des fournisseurs le splus puissants et en défaveur des artistes libres.
À ce stade, l’IA est devenue un meilleur expert que tous ceux que l’on tente encore de vous vendre.
Vivement l’usage massif, radical et sans complexe de l’IA pour sauver la mémoire de la musique en ligne !


