L'INA fête bien mal les cent ans de la radio publique, dont elle déteint les archives !

Regardez ce disque : il est publié par l’un des pires labels fourre-tout actuels, Music Manager ; il est rendu disponible sur les plateformes de streaming au terme d’une collaboration qui s’affiche fièrement entre le label et l'INA.

Le nom du chef ne figure pas sur la pochette, ni celui des solistes, ni l’occasion de ce concert. La photo de la salle est celle d’un auditorium qui n’existait pas à l’époque d’ailleurs. Et bien sûr, aucun livret, aucune métadata propre ne sont fournis.

En fait, ce concert du 20 décembre 1963 est celui qui fut donné pour l’inauguration de la Maison de la Radio, sous la direction de Charles Munch, avec comme solistes la contralto Johanna Peters et le baryton Louis Quilico. L’Orchestre n’était pas encore l’Orchestre National de Radio France comme la couverture l’indique, mais l'Orchestre et le Chœur de la RTF (sous la direction de René Alix) placés sous la direction de Charles Munch — il en aurait été ainsi de la part de tout éditeur de métier, soucieux de replacer l’événement dans son vrai contexte.

Dominique Boutel avait consacré à ce concert absolument historique une excellente émission, que vous pouvez écouter sur le site de France Musique. L’introduction de l’émission remet bien les pendules à l’heure.

Pour mémoire, voilà à quoi ressemblait le Studio 104 de la Maison de la Radio avant qu’il ne soit défiguré par l’ablation de son orgue, et avant qu’on lui retire le nom d’Olivier Messiaen qui lui avait été accordé précédemment. D’ailleurs, il s'agit de la photo réelle prise à l'occasion de ce concert inaugural en 1963, avec son décor d’origine :

Sans cesse présenté comme “mythique” sur les antennes de Radio-France, cet auditorium qui vit tant de créations classiques, est maintenant utilisé pour des concerts de variétés ou pour faire accompagner par les Orchestres de Radio France les tocards “de la scène française”, au lieu d’y travailler et d’y jouer le répertoire français de patrimoine.

Tout cela pour souligner, au risque de déplaire, la négligence avec laquelle l’INA traite décidément la musique classique, dont elle met avec quelle lenteur à la disposition du public, rappelons-le, les archives inappréciables qu’elle détient.