MUSIQUE EN IMAGES (IV)

Samedi 5 décembre 2020

Commençons notre rubrique cette semaine avec un petit dessin animé délicieux que nous devons à Vincent Flueckiger, ce jeune luthiste suisse de talent, et pas seulement luthiste, dessinateur aussi ! Vincent a récemment publié un premier livre de ses dessins, “L’ambiance va être chouette” que vous pourriez offrir en cadeau très original cette année à vos amis. Les commandes se passent sur sa page Facebook. Et il y a aussi des litho pas très chères. C’est adorable.


SAMSON FRANÇOIS ET PIERRE FOURNIER À MENTON, 1961

Ce petit film n’est plus une rareté, mais pour ceux qui ne le connaitraient pas, il propose une compilation très poétique de rushes non utilisés par le cinéaste Henri Calef dans son documentaire De ciel et d’Azur consacré au Festival de musique de Menton en 1961. La musique n’est clairement pas synchro, mais les images sont précieuses, d’artistes au travail tels que Samson François, Pierre Fournier ou Karl Munchinger qui participaient cette année là au festival. Le documentaire intégral peut être acheté en DVD : il figure en complément de programme du film “Les Violents” avec Françoise Fabian et Paul Meurisse.

Dans les années 60 le Festival de musique de Menton était une manifestation vraiment particulière. Y régnait une atmosphère magique. Il avait été fondé par André Böröcsz, un exilé hongrois tombé amoureux de Menton et du parvis de l’église Saint-Michel, cet endroit magique de la vieille ville, où se déroule le festival depuis lors. Les invités réguliers de ce festival étaient Samson François, Christian Ferras, Pierre Fournier, Rostropovitch, Georges Solchany… J’ai eu la chance d’y assister plusieurs fois enfant, au tournant des années 70. Les temps ont changé depuis la disparition de Böröcz il est vrai, et on ne pourrait que tenter d’inventer une autre magie, dans un tel lieu. Mais le festival est hélas devenu aujourd’hui, sous la direction artistique d’un bouffon amoureux de son image sur les réseaux sociaux, la énième succursale estivale de ce qu’on entend partout, toute l’année. La magie de ce festival renaîtra peut-être un jour, qui sait ?


DEVENIR CHEF D’ORCHESTRE, AVEC NEEME JÄRVI !

Neeme Järvi est un ogre de la direction d’orchestre. Le doyen des chef estoniens, à la carrière gigantesque, est l’un des artistes dont la discographie est la plus considérable : probablement 500 disques enregistrés, dont voici une grosse sélection. La diversité des répertoires défendus par Neeme Järvi est incroyable. Il a rendu justice à la musique des compositeurs de son pays natal, qu’il nous a permis de découvrir, et à celle de quantité de compositeurs nordiques ; aux grandes œuvres du répertoire bien sûr, à la musique américaine et même à la musique française ! Sa capacité à faire “sonner” presque n’importe quel un orchestre en deux temps trois mouvements est vraiment unique. Ses facilités insensées ont probablement conduit à ce qu’il a été à tort sous-estimé : pas assez prétentieux, et trop doué ! Et comme si cela ne suffisait pas, chose également extraordinaire, ses deux fils, Kristjan et Paavo marchent sur ses traces : Paavo est comme son père une force de la nature, prolifique et toujours curieux, on le connait bien à Paris. Kristian quant à lui la joue plus “branché”, avec également bien du talent.

Bonne nouvelle : du 14 au 30 décembre 2020 deux “masterclasses” à distance et en ligne sont organisées avec Neeme Järvi, qui seront accessibles par Zoom.
On peut y participer que ce soit en tant qu’artiste ou en tant que simple spectateur mélomane. Il y aura deux cours. Au cours du premier, Neeme Järvi et ses élèves travailleront les symphonies de Brahms. Le second cours est intitulé "Maîtrise de la direction d'orchestre" et s'adressera aux chefs déjà formés, mais aussi aux musiciens débutants en matière de direction d'orchestre, qui souhaitent travailler sur des œuvres avec lesquelles ils sont déjà familiarisés. Les deux cours sont également ouverts à de simples auditeurs, pour lesquels une séance de questions-réponses sera en outre organisée après les cours. Participation : € 50.

Il faut s’inscrire ici avant le 11 décembre 2020. Contact : natalja@meta-artists.com


VLADIMIR FELSTMAN EST-IL DEVENU UN HIPPIE ?

“ Si monsieur Kennedy
Aujourd'hui revenait
Ou si monsieur Gandhi
Soudain ressuscitait
Ils seraient étonnés
Quand on leur apprendrait
Que pour changer le monde
Il suffit de chanter, "da-da-da-da-dam!"
Da-da-da-da-dam
Et surtout, avant tout
D'avoir les cheveux longs”

Vous connaissez sans doute par cœur cette chanson du jeune Johnny Halliday.

Le grand Vladimir Feltsman, confiné lui aussi, en a profité pour enregistrer un nouveau disque, bonne nouvelle, consacré aux Bagatelles de Beethoven, qui paraîtra en janvier chez Nimbus Alliance.

Isolé du monde et certainement privé de son Figaro préféré, il n’a eu d’autres solutions semble-t-il que de se laisser pousser les cheveux comme nous tous. Auriez-vous immédiatement reconnu, dans la vidéo ci-dessous, le pianiste au look sévère qu’il arborait encore la saison dernière ? La perception que nous avons du jeu d’un artiste est parfois aussi influencée par ce genre de choses. À vous de dire si, avec les cheveux longs et une barbe taillée moins courte son jeu a changé. Je vous en donne l’occasion avec ce récital complet donné sans public et en direct, filmé il y a deux semaines, le 28 novembre à New-York à la Washington Irving High School, dans la série People’s Symphony Concerts. Au programme, les Bagatelles Op. 33 de LvB, et les quatre Impromptus de Schubert Op. 142.


TRUDELIES

Malgré l’horrible “Désolé” qui doit certainement ci-dessus s’afficher sur votre écran, n'hésitez pas à cliquer, vous pourrez accéder sans problème à cette vidéo sur la plateforme Viméo.
Trudelies Leonhardt, si vous ne la connaissiez pas, est la sœur de son frère, Gustav. Elle a fait une belle carrière, et s'intéresse depuis depuis longtemps aux fortepianos de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.
Filmé à Paris en 2017 par Bernhardt Trebuch.

Discographie de Trudelies Leonhardt, pour aller plus loin.


ON AIMERAIT DIRE DES “JE T’AIME” À MADELEN…

… la plateforme de vidéo à la demande de l’Institut National de l’Audiovisuel, tout comme dans la chanson bien connue de Jacques Brel. Hélas les mois passent et elle demeure aussi frustrante et peu profonde.

L’INA a tout faux avec Madelen : c’est moche, triste, mal codé, et sans les applications qu’on attend en 2020 pour regarder sur son écran de télé, sans ordinateur.

Et surtout Madelen est construit sur une erreur conceptuelle majeure : ils n’ont pas compris qui ils sont ! Ils sont les dépositaires par la loi de toutes les archives du service public. On n’attend pas d’eux des avis ou de l’éditorialisation ! On attend d’eux de mettre à notre disposition des archives, toutes les archives, en quantité sans commune mesure avec ce qu’ils nous exposent, sélectionnées par des gens dont franchement, les goûts et les couleurs ne nous intéressent guère. Même la collection complète des Radioscopies n’y est pas, et les liens bugués depuis la création !

Je l’ai dit la dernière fois ils font une offre en ce moment de 3 mois pour €1, donc ne vous en privez pas quand même pour visionner quelques jolies choses que voilà : (cliquez sur les images pour accéder à Madelen puis à la vidéo, puisqu’il n’est pas possible de partager sur cette [😩☠️🙈bachibouzouk] de plateforme…

J’aurais bien voulu aussi vous recommander l‘émission rare du même Gavoty consacrée à la trop oubliée Michèle Auclair, mais leur truc bug sans cesse, c’est pénible. Essayez quand même ce lien.


UN RÉCITAL DE JORDI SAVALL EN SOLO À GRENADE

Ah ! Qu’il est généreux le service public de France Télévision, de nous proposer sur le web des échos du Festival de Grenade 2020. Voici un concert de Jordi Savall en solo, (rabab, lyre et viole de gambe) capté le 6 juillet dernier, sans public, sous le titre El refugio de la memoria. Cliquez sur la photo ci-dessus pour accéder à la vidéo.

De la chanson berbère à la musique arménienne, en passant par les chants séfarades, Jordi joue de ses instruments les plus anciens : un rabab de la fin du 14e siècle, une lyre italienne et une viole de gambe de la seconde moitié du 15e siècle. L’entendre seul avec ses instruments est toujours fascinant.

PS - Il faudra supporter 56 secondes de publicité pour commencer, pour le nouveau Cif antibactérien, les laboratoires Mylan, qui peuvent aider votre Mamie à ne pas se casser le col du fémur en renforçant son dosage en vitamine D, et puis Purina, qui garantit une alimentation de haute qualité à votre Médor. On pensait que la publicité avait été réduite sur France Télévision ! ]


1963 : NAISSANCE DE “PRESTIGE DE LA MUSIQUE”

En 1963, Jean Fontaine créait Prestige de la Musique. Il s’agissait d’une courte saison de concerts généralement présentée Salle Pleyel, dont il établissait la programmation et pour lesquels il disposait de moyens importants (services de répétions d’orchestre) qui lui étaient affectés par la direction de la RTF. La première émission de Prestige de la Musique eut lieu en 1963, et la voilà ! Elle présenta la Neuvième symphonie de Beethoven dirigée par Jascha Horenstein à la tête du National, avec Pilar Lorengar, Marga Hoffgen, Josef Traxel et Otto Wiener en solistes, et avec les chœurs de la RTF dirigés par Jean Gitton.
Il avait bon goût, Jean Fontaine. Ce concert est précieux pour retrouver la manière de Horenstein. Il fut diffusé à la télévision, précédéé de la lecture d’une lettre que Jean Cocteau, parrain de l’émission, avait accepté d’écrire tout spécialement, et qui est très belle et reste assez actuelle...


RUTH SLENCZYNSKA PARLE…

J’ai récemment évoqué dans une chronique de nouveautés discographiques la réédition récente des enregistrements américains de Ruth Slenczynska, une pianiste ici peu connue dont je vous recommande absolument l’audition ! Je vous propose ici deux documents animés :

En 1963, Ruth parle de sa rencontre à Paris avec Rachmaninov, et joue deux Préludes.

Aujourd’hui âgée de 95 ans et toujours bon pied bon œil, et ressemblant tant à la petite fille qu’elle était, la voilà, interviewée il y a deux mois en septembre, sur ses rencontres avec les présidents américains :


Bon week-end !

Si vous faites des découvertes intéressantes de documents vidéo, n’hésitez pas à nous les adresser : contact@couacs.info

Nous les partagerons avec l’immense communauté COUACS.INFO !


PARTAGEZ CETTE PUBLICATION !