Le mépris du contenu : l’édition phonographique numérique, comparée au livre
Mardi 10 février 2026

Comparez l’édition phonographique et l’édition de livres, tous styles confondus : vous conviendrez que cette dernière dispose de standards de présentation étendus à tout son catalogue, de Julien Gracq à la fantasy, et d’un statut éditorial qualitatif sur tout le spectre. Proposées en e-books, les œuvres littéraires sont toutes correctement présentées, avec leur préface, leur appareil de notes et un confort de lecture identiques à l’édition papier. C’est que l’édition de livres ne dégrade pas ses produits et ne déroge pas à ses standards au moment de les diffuser en version numérique.
D’où vient alors que, dans l’industrie du disque — alors que la musique est proposée en téléchargement ou en streaming depuis vingt ans —, il n’y ait toujours pas moyen de disposer, sur l’ensemble du catalogue, d’un standard de qualité identique à celui des CD ? Et ce, même quand — c’est encore le cas le plus fréquent — le CD existe, vient d’être produit, et que sa pochette et son livret viennent tout juste d’être créés. Il ne viendrait pourtant pas à l’idée d’un éditeur phonographique de livrer à la Fnac des CD dépourvus de pochettes et de livrets.
Regardons maintenant le genre classique. Il est, avec le jazz, le plus « nichard », en ce que la majorité de ses productions intéresse une minorité d’amateurs, mais des amateurs bien plus internationaux que ceux de Vianney ou d’Arthur Teboul. Le genre classique est aussi le plus complexe : il faut se réjouir que, si l’on excepte bon nombre de livrets ridiculement narcissiques et ampoulés, la plupart d’entre eux proposent des textes musicologiques de bon niveau, parfois remarquables et très souvent indispensables pour comprendre ce que l’on va écouter.


