La revue des podcasts classiques - 24 nov. 2020

Chaque semaine, COUACS joue au chercheur d'or, et déniche pour ses abonnés de précieux podcasts sur la musique, et autant de trésors.

Chaque semaine le mardi matin nous vous proposons une sélection de podcasts en français consacrés à la musique classique ( et même au-delà du classique, et même dans d’autres langues si l’intérêt le commande), pêchés un peu partout. Il règne parfois un certain désordre dans la manière dont ces archives sont accessibles, et sur la politique de restrictions que les éditeurs semblent imposer à certains agrégateurs de podcasts.

Pour vous éviter des recherches fastidieuses sur votre logiciel habituel de podcasts, nous donnons les liens vers le site de leurs éditeurs (sauf quand il nous a fallu trouver un moyen détourné pour y accéder pour les retrouver), à charge pour vous de les retrouver sur la plateforme de votre choix.


ROSTRO, SAMSON FRANÇOIS et CLAUDE SAMUEL

Émission diffusée le 06 janvier 1963 sur France III Nationale - 40 minutes

Voici un document vraiment magnifique, qui nous permet de retrouver en janvier 1963
Claude Samuel, récemment disparu, dans une émission où il accueillait, excusez du peu, Samson François puis Rostropovich !
Les entretiens sont serrés, ultra-compétents du côté du journaliste. Ce qui confirme une évidence : l’invité vaut quand même, aussi, même avec de telles géants, ce que vaut la personne qui pose les questions. Samson parle de musique contemporaine, tenaillé par Claude Samuel qui, on le sait, en a été toute sa vie le militant. Il parle aussi du jazz. Extraits choisis :
Claude Samuel : Quand vous interprétez le Troisième concerto de Prokofiev, avez-vous l'impression de jouer de la musique contemporaine ?
Samson François : “Non. Je joue de la musique classique !”
[…] "J'aime bien Hindemith. Il est de bonne humeur !"

Et puis : “ S’il faut chercher la dernière couleur qui ait été donnée au piano, il nous faut penser plutôt au jazz". […] Je me considère moi-même [e, tant que pianiste] comme le dernier des Mohicans. Je crois en effet que l'âge des virtuoses a fait partie d'une époque achevée, et que nous allons maintenant vers une époque où nous aurons sûrement de très grands musiciens, de très grands pianistes, mais que nous n’aurons plus ces sortes de monstres sacrés que nous avons eu il y a eu une cinquantaine d'années. (...)”

L’interview de Rostropovich est tout autant savoureuse. On est en 1963, il faut s’en souvenir. Il est flanqué de son interprète, qui avait peut-être à cette époque sa carte au KGB ! Elle répond par des “Monsieur Rostropovich pense que… Monsieur Rostropovich voudrait parler de…”.

La relation de Rostropovich avec les compositeurs de son temps laisse rêveur.
Rostropovich : “Il y a un compositeur auquel je promets le plus grand avenir. Il est encore inconnu. Il n'a pas été publié, personne ne le connait, même à Moscou. Il s'appelle Boris Tchitchenko ".

Et dans cet exercice qui consiste à interroger un artiste par dessus l’interprète russe tout en ménageant la vivacité du dialogue, Samuel est assez épatant. Je pense qu’à l’époque il n’avait pourtant pas encore développé la relation très proche qu’il eut par la suite avec le génial violoncelliste.


LE CINÉASTE JEAN GRÉMILLON, ÉVOQUÉ PAR SON AMIE IRÈNE JOACHIM

Jean Grémillon, l’un des plus grands noms du cinéma français au XXème siècle n’avait pas qu’une corde à son arc. Voici une émission très riche de Georges Léon pour France Culture en 1981. Grémillon avait fait des études musicales complètes auprès de Vincent d’Indy à la Schola Cantorum. Il est ici évoqué par son amie Irène Joachim dont la voix parlée, claire et moderne, est aussi très émouvante. Georges Léon était chroniqueur à l’Huma, l’ami de Joachim mais aussi Roger Désormière, Jean Wiener, et un producteur de radio épatant.

Sur le cinéaste Jean Grémillon, consulter cette page de blog, très complète et superbement illustrée, à laquelle nous avons emprunté l’image ci-dessus.

Profitons-en pour conseiller également l’écoute de cet autre podcast consacré à Irène Joachim, qui propose une archive de 1994 dans laquelle Brigitte Massin s’entretenait avec la légendaire Mélisande…


ITINÉRAIRE D’UN CRITIQUE MUSICAL

Voici l’interview de l’un des plus vénérables critiques musicaux classiques actuels, Christophe Huss, qu’on a connu lorsqu’il était, en France, rédacteur en chef du magazine Répertoire, dans les années 90. Christophe est une personnalité intéressante, une sorte d’hybride strasbourgeois-québécois ; Strasbourg, où il est né, et Québec, où il a émigré par amour, et où il écrit dans le quotidien Le Devoir, entre autres. Derrière son côté roide, il y a bien de l’humour, un enthousiasme sans faille, une rare compétence sur les interprétations… sans parler, bien sûr, de la passion éperdue qu’il éprouve à l’endroit de son cher Bruckner…


ANDRE POPP

Une émission de 2009, 59 minutes

Passez une heure très variée avec le compositeur André Popp, et les questions que lui pose Antoine Perraud, dans cette archive France Culture de 2009.

André Popp est un inconnu célèbre. Son nom est moins connu que la foultitude de musiques qu’il a créées. L’indicatif des Maîtres du mystère, par exemple, avec son incroyable sostenuto aux ondes Martenot, c’est lui. Tout comme l’indicatif du jeu Des chiffres et des lettres. C’est Piccolo Saxo et Compagnie, et aussi La Petite histoire du grand orchestre. Et puis aussi, le tube international “Les lavandières du Portugal”, “L’amour est bleu”.

Popp était pourtant un autodidacte ! Dans cette émission, il évoque ses débuts au Club d’essai de la RTF, qui était dirigé par Jean Tardieu et toutes les compositions, opéras-bouffe, musique dite “légère” que le service public à l’époque sollicitait… Le début de cette émission reproduit l'une des premières diffusions en stéréophonie, avec les réglages révolutionnaires que devaient effectuer à l'époque les auditeurs pour en bénéficier !

LE FADO DE COIMPRA

Émission de France Culture réalisée par Gérard Tourtrol, 24’, 1999

Une émission qui date de 1999, consacrée au fado, certes, mais spécifiquement au fado de Coimbra. Coimbra est ville universitaire portugaise. Son fado, nous dit le producteur de l’émission, est très différent de celui de Lisbonne, et il marqua le renouveau du genre dans les années 80 après la chute de António de Salazar. Le fado de Coimbra est chanté uniquement par des hommes dans la rue ou en société. Les chanteurs comme les musiciens sont en général habillés de l'habit traditionnel noir, pantalon, habit long et veste de laine…


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