L'AVENIR DU PASSÉ - Numéro 7

Une sélection hebdomadaire de rééditions discographiques remarquables

La semaine prochaine samedi 13 février, Renée Doria aura 100 ans. Cette merveilleuse chanteuse française, qui a réussi presque tout ce qu’elle a touché, mérite un hommage. Heureusement sa discographie est abondante et largement rééditée. Petite sélection en pochettes rétro de sa belle et longue carrière. Cliquez sur les images pour accéder à la musique !

Par ailleurs, le site MALIBRAN MUSIC, fondé par Guy Dumazert propose sous forme de CD la plus grande collection d’enregistrements de toutes sortes de René Doria.

Lire aussi l’article qu’écrivit Jean Ziegler à l’occasion de la parution d’un coffret anthologique en 2001.


LE LABEL DE LA SEMAINE : CAPRICCIO

Un coup de projecteur sur le précieux label Capriccio dont la réédition suit son cours, augmentée de belles nouveautés. C’est un label assez gigantesque (presque 1300 références !), avec énormément de disques consacrés à des œuvres symphoniques ou des opéras rares, dotés de pochettes percutantes et de livrets bien faits. Notez que sur les pochettes des disques Capriccio on trouve très souvent la mention de co-producteurs, radios allemandes ou radio autrichienne, qui jouent un rôle déterminant pour aider les labels à monter des œuvres inédites ou rares au disque en prêtant leurs moyens artistiques et techniques, ce qui n’est pas fait par Radio-France de manière significative depuis trop longtemps, et pas en musique française XIXe et XXe sur laquelle nous avons besoin de tant de documentation.

Capriccio a récemment fait paraître la réédition d’un enregistrement datant de 1989 consacré à la Deutsche Sinfonie de Hanns Eisler. Oratorio davantage que symphonie, cette pièce a eu plutôt de la chance au disque ces dernières années dont je vous recommande la découverte. Le regretté Harry Halbreich avait rédigé sur le site du magazine belge Crescendo un article très complet et fort bien rédigé sur le compositeur. Comme je ne saurais faire mieux ou aussi bien, je me permets de vous y renvoyer.


Louis Kentner, la virtuosité profonde

Louis Kentner ne brille pas au panthéon du piano aussi fort que d’autres et mérite pourtant ses étoiles. Hongrois, il remporte en 1932 le 5e prix du Concours de piano Frédéric-Chopin à Varsovie puis un 3e prix Liszt à Budapest, derrière Annie Fischer. Cette année-là outre Annie Fischer et Kentner, le concours regorgeait de pianistes hongrois exceptionnels tels Andor Földes, György Sándor, Edith Farnadi… Kentner s’est installé s'installe à Londres dès 1935 et en 1937 il signe un contrat discographique avec Columbia.

Début d’une carrière qui eut même son succès au cinéma puisque c’est Louis Kentner que vous entendez jouer le fameux Concerto de Varsovie dans le film Dangerous Moonlight en 1941. Il refusa que son nom figure au crédit de l’enregistrement, comme vous le voyez sur l’illustration ci-dessous.

Mais aujourd’hui un album propose son interprétation sans anonymat (cliquez sur l’image).

Kentner était le beau-frère de Yehudi Menuhin avec lequel il joua souvent. Parmi ses disques tels que présentés plus haut, son disque de transcriptions d’opéra est une merveille de goût et de finesse ; et son trio avec Menuhin et Cassado dans Mozart et Ravel vraiment formidable : il y mène le bal.

Enfin, il faut comme toujours signaler quand c’est possible les rééditions du label APR. Leur album consacré à Kentner, avec un livret bien fait et très documenté est un must-have !


On se demande parfois ce que deviennent les labels quand leur fondateur disparait. C’est le cas de Praga Digital qui fut créé et animé par Pierre-Emile Barbier. On se souvient (du moins les discophiles des années 80 et 90) que Praga Digital était sans cesse couvert de lauriers, et à juste titre, par la presse spécialisée, les enregistrements du Quatuor Prazak en particulier. J’ai souvent parlé de son vivant avec “PEB” en tentant de le convaincre de passer son catalogue au numérique, sans parvenir à le convaincre. Plus étrange, il était assez allusif sur les détenteurs des droits sur le label, et il affichait un pessimisme un peu désespérant sur son avenir.

Aujourd’hui Pierre-Emile est mort, et le catalogue Praga Digital l’un des plus beaux absents pour les nouvelles générations ! Et puis, curieusement, au détour d’une recherche, je vois qu’un fournisseur obscur et sinon sans aucun intérêt , Andrius & Rospi a mis en ligne l’intégrale des Trios de Beethoven qu’avait enregistré pour Praga le Guarnerius Trio de Prague, avec des pochettes qui ressemblent à des photocopies faites de travers. Retrouverons-nous un jour le label Praga proprement réédité, avec ses livrets voire en haute-résolution, sachant que les enregistrements ont souvent été faits dans cette qualité ? Mystère, et boule de gomme.


Raymond, qui es tu ?

En 1957 Léo Ferré, de nationalité monégasque comme chacun sait, se voit proposer par le Prince Rainier de financer l’enregistrement de son oratorio La Chanson du Mal-Aimé d’après Apollinaire. La réalisation artistique et technique est de première bourre, puisqu’il peut s’offrir sous label Odéon et sous sa baguette l’Orchestre National de l’ORTF, et une distribution assez notable : Camille Maurane, Nadine Sautereau, Michel Roux et Jacques Petitjean. La Chanson du Mal-Aimé de Léo Ferré est une œuvre très réussie, et si vous ne la connaissez pas, ce sera ma dernière recommandation de la semaine.

Ici aussi il y a une petite énigme discographique qu’à ce jour je n’ai pas pu éclaircir en dépit de mes questions à droite et à gauche. Les chœurs crédités dans ce disque ne sont pas ceux de l’ORTF mais les “Chœurs Raymond Saint-Paul”. Ce Raymond Saint-Paul est crédité sur pas mal de disques à l’époque, y-compris ans des enregistrements d’opérettes (l’Auberge du Cheval blanc ou Ciboulette), dans des extraits de Carmen où Raymond dirige ; dans le fameux enregistrement de l’Enfance du Christ d’André Cluytens chez Pathé avec Martha Angelici , et enfin dans des chansons de Piaf ou Charles Trénet.

À ce jour je n’ai pas réussi à percer le secret de Raymond Saint-Paul : a-t-il vraiment existé ? Ou bien, était-ce un pseudonyme utilisé par un chœur et son chef pour des raison d’exclusivité discographique ? Si quelqu’un a la réponse, une seule adresse : contact@couacs.info !