L'AVENIR DU PASSÉ - Numéro 8

L’Avenir du passé, rubrique consacrée aux rééditions numériques disponibles en streaming ou téléchargement sur toutes les plateformes a quelques bonnes bonnes nouvelles pour vous encore cette semaine !

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Réédition attendue, celle des Préludes de Chopin par Rafael Orozco. Je n’en avais pas de souvenir personnel (pas assez vieux !) mais les autres rééditions du pianiste espagnol avaient aiguisé ma curiosité. Le pianiste a 22 ans quand parait ce disque en 1968. Une pareille maîtrise, un tel “finish” sont vraiment hors du commun pour un pianiste de cet âge : un génie du piano si le mot veut dire quelque chose.

Également rééditées en pochette facsimilé, ses Études de Chopin, également spectaculaires :

J’ai découvert en préparant cette chronique une émission non seulement émouvante mais, au sens propre, extra-ordinaire, animée par Pierre Bouteiller en 1971. Extra-ordinaire par l’amour qu’affiche Weissenberg pour Orozco. Autre invité, le grand pianiste et compositeur bulgare Pantcho Vladiguerov. Et puis, écoutez le propos liminaire de Weissenberg, homme si intelligent. La disparition de telles intelligences, de tels esprits est cruelle.


Sony vient de rééditer l’un des tout premiers disques de l’un de mes pianistes préférés : Vladimir Feltsman, exilé d’Union Soviétique et à cette époque juste arrivé au USA. Amusez vous à suivre sa discographie ultérieure, abondante, pour voir comment l’artiste a évolué jusqu’à aujourd’hui : il a depuis enregistré pratiquement tout Schubert. Et puis, pour rire, lisez la recension malhonnête, il n’y a pas d’autre mot, que le critique Bertrand Boissard a fait de son dernier concert parisien. D’ailleurs, vous pouvez visionner ici et juger par vous-même de l’un de ses plus récents concerts :


Le claveciniste, organiste et chef d’orchestre Ton Koopman a énormément enregistré toute sa vie. Sa discographie peu à peu réapparait, et en particulier tous ses enregistrements chez Erato, je voulais le signaler : à vous d’y plonger. Il y manque encore quelques disques, en particulier sa Flûte Enchantée dont j’avais énormément aimé l’esprit. Si elle revient, je vous préviendrai. Deux liens séparés pour accéder à l’ensemble de la discographie : celui là. Et puis celui-là, qui comporte d’autres disques (parce que pour des raisons bizarres les labels indiqués par Warner ne sont pas identiques). Pratiquement pas de livrets numériques, hélas.


Votre serviteur est très attaché à la musique française. Ces deux rééditions lui tiennent donc très à cœur. Serge Nigg et dans une moindre mesure André Jolivet font partie de ces compositeurs négligés par les programmateurs subventionnés, qui devraient davantage écouter des disques de musique intéressante sur les plateformes de streaming et un peu moins se rêver en arbitres des élégances commerciales ; davantage se préoccuper de répertoire et moins des pseudo-vedettes. Cherchez les noms de ces trois compositeurs; Honegger, Nigg, Jolivet dans les moteurs de recherche des sites des institutions parisiennes ; c’est affligeant. Tout le disque consacré à Arthur Honegger (qui était suisse !) est superbe, avec de vraies tubes comme la Cantate de Noël et Pacific 231, composé en évocation de la locomùotive du même nom. Et la voix de Camille Maurane, si étrange et si “moderne” !

Quant au disque Nigg / Jolivet on y retrouve Pierre Barbizet que j’ai évoqué dans une chronique précédente . Fernand Dufrene et Roger Delmotte (le trompettiste complice de Pierre Cochereau, avec lequel il a fait d’innombrables tournées) qui sont de très grands instrumentistes à vent de l’époque.


On célèbre cette année le centenaire de la naissance en 1921 de l’extraordinaire organiste Jeanne Demessieux. Il faut dire que les femmes organistes françaises au XXe Siècle constituent une sacrée guirlande de formidables virtuoses et de tempéraments bien trempés ! Citons Suzanne Chaizemartin, Marie-Louise Girod, Rolande Falcinelli, Odile Pierre, Marie-Claire Alain, Henriette Puig-Roget, Marie-Madeleine Duruflé, Micheline Lagache, Françoise Renet, Renée Nizan, Michelle Leclerc, Jeanne Joulain… Parmi elles Jeanne Demessieux était une virtuose absolument prodigieuse.

Organiste à la Madeleine à Paris, Jeanne Demessieux a enregistré un certain nombre de disques majeurs, parmi lesquels ils faut citer son intégrale César Franck d’abord parue chez Decca. Quelques temps avant sa mort prématurée en 1968 d’un cancer, Demessieux avait signé un contrat pour enregistrer l’intégrale Olivier Messiaen.

Liens vers sa discographie .
Jeanne Demessieux était aussi compositeur, et ses œuvres complètes pour orgue, qui tiennent sur deux disques, ont été enregistrées par de plus jeunes confrères et consœurs.

Deux disques conseillés :

Voici une interview de Jeanne Demessieux à écouter sur YouTube : le ton est daté mais c’est un document rare !

Enfin, je recommande de lire le remarquable article que le site Musica et Memoria lui a consacré, où vous apprendrez tant de choses sur cette interprète étonnante !


Label de la semaine : TELARC

Il faudrait des heures pour commenter le catalogue d’un tel label, qui a longtemps été indisponible sur les plateformes de musique en ligne.

Je signale donc que TELARC, longtemps icône des audiophiles, est de nouveau largement disponible en ligne. Hélas, les albums sont disponibles au mieux en qualité CD actuellement, et sans livrets. On rêve d’une réédition Hi-Res un jour, d’après les masters originaux.

Il reste que le format d’encodage est une chose, la qualité des prise de son en est une autre, qu’il vaut mieux une bonne interprétation en qualité CD qu’une bouse en Hi-Res. Et à cet égard, il y a des trésors chez Telarc, dont les prises de son étaient intelligentes, précises, chatoyantes, parfois spectaculaires mais rarement “tape-à-l’oreille”. On y reviendra avec des exemples, dans de prochaines chroniques !

Tout le catalogue TELARC disponible en ligne.