L'AVENIR DU PASSÉ - Numéro 5

Chronique hebdomadaire de vieilleries phonographiques. Cette semaine, avec en mains les pochettes des parutions originales, on recherche les interprétations correspondantes disponibles en ligne.

L’un de mes “amis Facebook” est un discophile passionné et en particulier de violon, mais pas seulement. Il poste tous les jours sur son mur quantité de pochettes originales superbes de disques anciens. Dans “leur jus”, ces disques qui ne nous diraient peut-être rien sous une pochette modernisée ou pis, sous une couverture standard de la pourtant précieuse collection BNF, donnent envie de connaître des interprètes qu’on ignore ou connait mal.

Je me suis donc amusé cette semaine à essayer de mettre derrière ces belles images (qui datent d’une époque ou les illustrateurs n’étaient pas encore des “graphistes”…) les enregistrements tels que disponibles aujourd’hui en numérique, le plus souvent avec des pochettes horribles ou bâclées. Avec la pochette originale ça donne tout de suite plus envie ! Donc ne vous étonnez pas que l’image cliquée ne correspond pas à l’album derrière : la musique est bien là, elle !


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On ne peut pas passer sa vie à râler. Quand les choses sont bien faites, il faut le dire. Je commence donc par des rééditions numériques impeccables : couplages d’origine, pochettes d’origine, re-mastering excellent et livret numérique fourni. Que demander de plus ? Rien. On dit merci. Je commence donc avec un album parfaitement réédité (Sony / Heifetz), et l’autre négligemment mais mieux que rien (hm).

Les enregistrements datent de 1959 (Boston) et 1962 (Londres) pour ce disque de Jascha Heifetz qui propose les deux fantastiques chevaux de bataille du virtuose. Vous voulez savoir comment je connais les dates ? Et bien parce que c’est marqué dans le livret qui est fourni en numérique, pardi ! Ce qui permet le cas échéant de vérifier quelle version on va écouter. Cette fois, réédition nickel, et en haute-résolution. Merci les gens de chez Sony.

Ainsi, l’un des joyaux du catalogue harmonia mundi seconde période, ou fin de la première si on préfère, le fameux Music for a while de Purcell par Alfred Deller et ses compagnons top-moumoute : Kuijken, Christie et Skeaping. Un disque qui a dû se vendre depuis sa parution à des quantités faramineuses, réédité maintenant en numérique en Haute-Résolution, avec sa pochette originale, et un livret numérique famélique. Bernard Coutaz n’aurait pas été content, j’en suis sûr, hm ! C’est QUOI ce travail ?
On est en 1979 quand ce disque est enregistré. Ce n’est pas le livret qui me l’apprend, puisqu’il ne propose ni un texte de présentation ni le détails du tracklisting. J’ai trouvé la date ailleurs et j’ai aussi réalisé que c’était l’ami Jean-François Pontrefract qui en avait assuré à l’époque l’enregistrement, Jean-François à qui on envoie un chaleureux salut là où il est dans sa campagne, confiné avec un mauvais Internet et un relais de France Musique pourri, et qui se plaint de la compression dont est désormais affecté le signal de cette chaîne. Si ce n’est pas malheureux de lui faire ça, à l’homme qui a enregistré cette merveille, et à ses oreilles en or ?


Albert Spalding (1888-1953), vous connaissez ? Ce violoniste américain a créé entre autres le concerto de Samuel Barber avec Eugene Ormandy. Il a eu une guerre très courageuse et s’est retiré de la scène pour se consacrer à l’enseignement quelques temps seulement avant une disparition précoce.

Autre violoniste, belge d’origine celui-là mais né à Montluçon, Robert Soëtens, mort centenaire en 1997. Je me souviens l’avoir croisé chez Suzanne Roche, qui donnait des concerts dans son atelier à Montmartre rue Caulaincourt dans les années 70. Lui a créé le deuxième concerto de Prokofiev. Il a étudié avec Eugène Ysaÿe, fut totalement intégré à la mouvance du Groupe des Six. Il a créé tzigane de Ravel ! Et fait une tournée avec ce dernier. Sa vie est une épopée musicale, si vous m’en croyez. À-propos de la deuxième sonate de Milhaud, qu’on l’entend interpréter dans cet enregistrement, et sur d’autres de ses souvenirs, Jean-Pierre Rousseau a eu accès aux mémoires inédits de l’artiste. Je vous recommande de consulter à ce sujet le blog de Jean-Pierre Rousseau et de suivre les liens.

Tiens, puisqu’on est du côté du grand Eugène Ysaÿe, ce disque rare qui est composé d’enregistrements de Ysaÿe lui même avec un petit discours en ouverture de son fils, la deuxième partie étant consacrée à des pièces jouées par David Oistrakh, qu’on entend parler lui aussi, pour célébrer la mémoire du violoniste belge.

Enregistrement célébrissime de Nathan Milstein. Mais… qu’il était beau sous ses atours originaux ! Personnellement je n'ai jamais eu ce disque 33t en revanche, quand j'ai commencé à m'intéresser aux disques j'ai " herité” de la discothèque de mes parents et de l'achat par mon daron quelques années plus tôt d'un 25 cm toilé qui comprenait la seule interprétation, pratiquement idéale, du Mendelssohn.

Edith Peinemann a peu enregistré et figure elle aussi parmi ces noms assez oubliés. Mais quelle violoniste ! Quelle violoniste, j’insiste ! En plus, elle était canon et très classieuse, non, telle que représentée sur la pochette de ce disque Deutsche Gramophon Gesellschaft ? Sous la direction de Peter Maag à la tête du Philharmonique Tchèque elle y joue le Concerto de Dvořák et Tzigane de Ravel. Ce disque, réalisé en coproduction avec Supraphon a été enregistré en 1965. La réédition a bêtement viré le Tsigane, que je ne retrouve pas ailleurs pour ne garder que le concerto de Dvořák. C’est déjà ça, mais c’est idiot de démanteler les disques originaux. Allez écouter d’autres disque d’Edith, c’est un ordre.

Quelques honorables spécialistes nous disent qu’il n’y a pas, en fait, de “piano français”, ce qui tout bien considéré est douteux. En tous cas une unanimité se fait rapidement quand on dit qu’il y a au moins un pianiste parfaitement anglais, c’est le brillant Solomon Cutner (1902-1988), qui a fait sa carrière sous le seul prénom de Solomon. Frappé par une attaque cérébrale il a dû interrompre sa carrière très tôt en 1956, quel drame. Bryan Crimp, qui avait créé le label APR Recordings qui a publié nombre de ses enregistrements parmi les plus rares, a publié un livre passionnant sur Solomon (en anglais) . Mis à part les rééditions APR (vous pouvez écouter les yeux fermés tout ce qui sort sur APR) , il ya pas mal de Solomon disponibles mais c’est bourré de trucs de Domaine public dégueulasses. Les Naxos Historical sont très bons. En CD il y a aussi les disques Testament, remarquables, mais ce n’est pas disponible en numérique. Warner Classics devrait faire un effort, là !

Ce disque de Herbert von Karajan en route pour une gloire mondiale en ces années là, et sa pochette dont la photo au regard azur est assez marquante est tout sauf rare. Il a d’ailleurs été réédité à l’identique question pochette recto, dans un remastering haute-résolution 24-bit ce qui est très bien. Simplement, le logo Warner Classics a remplacé le logo original.

Les futures générations devront y aller avec une lampe de poche pour s’y retrouver dans ces petits arrangements avec l’histoire. Là je vous mets la pochette initiale et le dos de cette pochette. C’est ce que devraient toujours faire, en ajoutant des éléments même courts de contexte (date et lieu d’enregistrement, première publication etc.) les éditeurs si ils étaient plus soigneux de leur patrimoine et de l’éducation de nos jeunes ! Par exemple, on vous expliquerait que ce disque a bénéficié, bien sûr, (enfin… pour ceux qui savent…) de la Direction Artistique de Walter Legge, qu’il a été publié en 1961 pour la première fois. C’est d’autant plus bête que le label a déjà fait le travail de documentation pour un coffret de CD consacré au Philharmonia et qu’il suffirait de prendre dix minutes pour faire des copier-coller. Mais les copier-coller ça doit coûter si cher chez les Majors, une fois que vous avez payé les salaires du Président, des vice-présidents, les locaux etc.

Misha Elman (1897-1967) a connu une carrière qui a duré près de 60 ans. Les enregistrements réalisés pour Vanguard sont parmi les derniers qu’il a réalisés entre la fin des années 50 et sa mort en 67. Le récital dont je présente l’album est inclus dans un coffret qui regroupe tous ses enregistrements Vanguard. Ce n’est peut-être pas la période la plus fraîche du grand violoniste, mais quand même… quelle beauté, quel charme… Il semblerait qu’on ne vive plus dans ce monde là…

Une envie de Schubert violon et piano m’a pris l’autre jour. Et j’ai redécouvert ce disque merveilleux. Henryk Szeryng, on le redécouve à chaque fois, et toujours en bien. Mais il est vrai qu’en ce qui concerne Ingrid Haebler, hmmmm…… Et bien ici, une sacrée paire à l’œuvre. Ils ont rélaisé pas mal d’enregistrements ensemble en particulier des Mozart. Mais ce disque est formidable. Vivement recommandé. La pochette est l’originale, mais gommée de son logo Philips. Enregistré en juillet 1974 et paru en 1975.

Et puis, tiens, tant qu’on est avec Henryk Szeryng, rappelons-nous de l’un de ses disques, enregistré je pense en 1962 ou 1963, consacré à des Concertos de Bach, sous la direction de Gabriel Bouillon avec l’Orchestre des Concerts Lamoureux. Deux versions, la version initiale en haut, et une réédition économique.

Allez, on termine cette semaine sur une vraie rareté si vous l’avez en édition originale. Et en plus c’est de la musique française !

Du baroque : Rameau et Caix d’Hervelois, et cette sonate pour violoncelle de Paul Ladmirault (1877-1944), encore un compositeur qu’on ne joue jamais, et dont la Philharmonie de Paris en particulier n’a pas trouvé le téléphone : il est vrai que ce n’est pas Jacques Thelen qui s’occupe de ses intérêts.

Paul Ladmirault était breton et même carrément militant, autonomiste ! La musique de cet élève de Fauré comporte de pures beautés. Il était camarade et condisciple de Schmitt et Kœchlin. Son catalogue est vaste dans pas mal de genres différents, qu’il faudra bien explorer un jour, bon sang !

Maurice Marechal fut l’une des plus belles gloires du violoncelle français, qui en a compté pourtant de nombreuses avant que ne naisse un jour le vieux minet qui piaffe sur la Tour Eiffel. Et ce qui est amusant, au piano, la toute jeune Cécile Ousset qui, on le sait, fera une très belle carrière en Allemagne de l’Est et au Royaume-Uni. Le disque semble avoir été enregistré ou publié en 1959. Marechal est mort en 1967, il avait donc probablement 72 ans au moment de l’enregistrement.

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