Ivan Fischer : “ J’aimerais qu’il y ait plus de gens qui vivent pour la musique et moins de gens qui vivent de la musique. ”
Il y a quelques jours, j’étais à Budapest — non pas pour surveiller le bon déroulement des élections, mais à l’occasion du Classical:Next. Ce salon existe depuis plusieurs années et se déplace, pour chacun de ses millésimes, dans une ville européenne différente. Je ne suis pas certain d’y retourner l’année prochaine, tant le nombre d’exposants était maigre cette année. N’y ayant fait qu’un saut pour trois rendez-vous, je n’ai pas pu non plus assister à beaucoup de « panels », ces discussions sur scène entre trois ou quatre supposés experts, surtout destinées à se poster avantageusement sur LinkedIn par la suite.
L’organisatrice du Classical:Next, Fabienne Krauze, avait eu la bonne idée d’inviter le chef Iván Fischer, patron du Budapest Festival Orchestra, à prononcer le discours d’ouverture. Après cinq ou six minutes, j’ai réalisé que ce grand musicien allait nous offrir une intervention pleine d’humour et de bon sens. J’ai donc enregistré, et je vous en propose ci-après la retransmission, à peu près brute de décoffrage, afin d’en altérer le moins possible le sens et la vivacité.
(…) « Quand je regarde le public, je n’ai pas l’impression qu’ils comprennent vraiment la musique. Je pense que ce n’est pas notre faute, mais celle de l’éducation musicale. Il n’y a plus d’éducation musicale dans les écoles. Avant, il y en avait, donc les gens parlaient la langue de la musique. Aujourd’hui, ils viennent au concert pour d’autres raisons, et de brillants directeurs marketing — il y en a probablement dans cette salle ! — leur vendent de plus en plus de billets grâce à des gadgets marketing fantastiques. Je les salue, c’est génial, mais cela ne durera pas car ces astuces ramèneront quelques personnes de plus, certes, mais ne résoudront pas le problème de fond : le public comprend de moins en moins ce qui se passe sur scène.
(…) « Et sur scène, les gens font les choses de manière traditionnelle, rigide, d’une manière blasée dont je pourrais aussi parler. L’essentiel est que je ne pense pas que ce rituel, tel qu’il existe, soit durable. (…)
(…) « Dans ce monde, la musique peut jouer un rôle crucial. La musique et les institutions musicales devraient être le foyer de la créativité et de la vérité dans un monde où il n’y a plus ni créativité ni vérité. Mais pour transformer, disons, un orchestre symphonique en un aimant et en un foyer de vérité, quelques changements doivent opérer :
L’éducation musicale : Ce n’est pas former le musicien d’élite. C’est aider la population à s’exprimer par la musique et à la comprendre. Tout doit être fait pour activer le public afin qu’il fasse de la musique lui-même. Nous avons, par exemple, créé un chœur de nos abonnés il y a peu de temps, et nous le ferons régulièrement. Nous allons construire un chœur d’enfants rattaché à notre orchestre. Nous essayons d’encourager les gens à pratiquer eux-mêmes.
Le potentiel humain : À l’ère de l’intelligence artificielle, les gens ont besoin de créativité. Ils ont besoin de ce potentiel créatif humain. Et la musique est absolument le meilleur outil que je connaisse pour cela. Les conservatoires devraient changer du tout au tout : au lieu de former des professionnels, ils devraient aider la population à parler le langage de la musique. »
« Vous n’arriverez à rien avec des gadgets de crossover occasionnels. Ce qui résout le problème, c’est d’enseigner la langue aux gens pour que la musique reste vivante. Un orchestre devrait être un aimant pour une société de gens qui apprécient la créativité et la vérité …
On a retrouvé René Martin !
J’ai reçu il y a quelques jours la nouvelle lettre d’information du label Mirare, fondé par René Martin :
Au cours des derniers mois, je m’étais fait la réflexion que les nouveautés de ce label semblaient mieux présentées et plus soignées. J’ai désormais la réponse : René Martin, désœuvré par ailleurs — et pour cause —, y a consacré toute son énergie. C’est plutôt une bonne chose pour lui, pour nous, et pour les artistes qu’il y défend.
Vous vous en souvenez peut-être encore : à l’automne dernier, l’organisateur de concerts René Martin — celui dont tous les médias baisaient la main depuis trente ans sur la foi de ses dossiers de presse, sans jamais porter la moindre critique ni mener la moindre enquête sur le modèle qu’il avait mis en place (le mot « modèle » étant ici utilisé factuellement, sans jugement) —, René Martin, donc, était professionnellement effacé de la carte en moins de trois semaines. Ce coup de balai faisait suite à des révélations dont aucun bien-fondé juridique n’a, depuis lors, été confirmé. L’audit commandé par la Ville de Nantes, que l’on nous annonçait dévastateur, n’a pas été, à ma connaissance, publié de sorte que l’on puisse en juger, hors un simple résumé. Quant [Lire la suite en cliquant sur le bouton ci-dessous ] :
Un opéra-comique de Joachim Raff.
Benjamin Britten et Arthur Oldham.
Schubert par Emmanuelle Bertrand.
Les élèves de Dvorak.
Alfons et Aloys Kontarsky coffrés !
Katia et Marielle Labèque, de Bártok à Madonna !
Grant Johannesen
Disco Couacs vous parle de nouveaux disques et de rééditions dont n’importe qui ne vous parlera pas !







