La lettre de Couacs Info numéro 115
Lundi 6 avril 2026
Le jour d’après le 1er avril…
Hélas, le 2 avril est arrivé très vite, dès le lendemain du 1er, et de la lettre de Couacs Info numéro 114 qui semble-t-il vous a fait sourire. On le regrettera jusqu’à l’année prochaine ce 1er avril ! Merci pour vos nombreux et gentils messages à ce sujet, et pardon aux victimes collatérales de mes bêtises. On m’a notamment rassuré sur le fait qu’Alain Lanceron, contrairement aux allégations de Couacs Info, se porte très bien. Il occupe toujours son bureau chez Warner Caciques, le GIGN s'est donc déplacé pour rien, et il continue de produire des disques. Dont acte !

Le Studio 105 de la Maison de la Radio revient. Mais pour quoi y faire ?
Je m’étais étonné dans Couacs, à plusieurs reprises, du sort du Studio 105 de la Maison de la Radio, qui portait d’ailleurs à sa fermeture le nom de Studio Charles Trenet, tout comme le Studio 104 a été débaptisé à l’occasion de sa rénovation-amputation puisqu’il se nommait, lui, Studio Olivier Messiaen. Le 105 était porté disparu depuis janvier 2019, alors que le chantier de rénovation de la Maison ronde, débuté en 2009 et devisé à 250 millions, a abouti à plus de 500 millions d’euros à ce jour et semble trouver son point d’orgue — ou presque — avec la livraison du « nouveau » 105.
Pour beaucoup, ce Studio 105 a été le lieu de moments mémorables au service du répertoire de la musique classique. On y a assisté à quantité d’émissions publiques et gratuites : récitals de piano, émissions de musique contemporaine, concerts du Quatuor de l’ORTF, épreuves de concours… un ensemble d’événements qui permettaient de se former au répertoire classique, sans stars mais avec les meilleurs musiciens français et étrangers du moment, comme pourraient en témoigner les archives détenues par l’INA — cette prison — si l’INA faisait l’effort de les rendre accessibles.
On nous vend aujourd’hui ce 105 rénové comme le « studio de tous les possibles » : entendez que sa spécialisation classique, jazz et musiques du monde devra faire place, bien sûr, aux répertoires à présent défendus en priorité par Radio France : la musique commerciale amplifiée. La Lettre Pro de la Radio et du Podcast nous dit, citant les dossiers de presse :
« La réhabilitation du Studio 105 repose sur une approche technique orientée vers les nouveaux standards de production audio et audiovisuelle. Le studio intègre un réseau SMPTE 2110, correspondant à la dernière norme de transport de flux audiovisuels sur IP. Cette infrastructure permet une gestion native des signaux audio dans un environnement entièrement numérisé et interconnecté, facilitant la production en direct et la distribution multi-supports. La prise de son multicanal immersive constitue un autre axe structurant de ce dispositif. Elle permet d’adapter les captations aux usages actuels de l’audio digital, notamment pour les écoutes au casque ou les dispositifs immersifs. Le Studio 105 dispose également d’une infrastructure vidéo complète, permettant d’assurer des captations et des diffusions en direct sans recourir à des prestataires externes, ce qui renforce l’autonomie de production de Radio France et réduit les dépendances techniques. »

Et si l’on regarde les propositions de « Radio France Studios », qui commercialise les espaces de la Maison de la Radio, voilà ce qu’on lit [ illustration ci-dessus ] à propos du 105 rénové : c’est écrit noir sur blanc, le mot « classique » n’y figure plus.
Franchement, ça fait peur. D’abord, j’ai comme un doute que les aménagements aient été faits au bénéfice de la musique acoustique : ils en auront à coup sûr dégradé les conditions d’audition, car le 105 devra tout faire et risque fort d’être moyen partout.
D’autre part, la situation présente du service public de la radio, dont tous les arbitrages de programmation sont faits en faveur du plus petit dénominateur musical commun ; la dégringolade éditoriale de France Musique assumée et pilotée par le fossoyeur Marc Voinchet ; la disparition de la musique classique sur France Inter et France Culture — tout cela ne sera pas résolu par la rénovation des moyens techniques et de nouvelles installations, ce n’est pas le sujet.
Cette rénovation a pourtant grevé durablement le budget de la radio de service public qui, aujourd’hui, gagnera donc davantage à se faire loueur de salles plutôt que producteur de musique.
Des émissions et concerts publics de qualité du Studio 105, il ne reste rien.
Et c’est à Clément Rochefort et ses samedis publics promotionnels, qui paient si mal ou parfois pas du tout les jeunes artistes, que reviendra l’honneur de rouvrir le 105 le 11 avril prochain. C’est la misère.
Dans ce contexte, on a aussi appris que France Musique se verra bientôt privée de certains de ses émetteurs FM, ce qui en soi n’est pas inenvisageable quand d’autres circuits de diffusion techniques existent aujourd’hui, largement adoptés par le public.
Mais là encore, au-delà des moyens techniques, de la mise à jour de smoyens de diffusion, il n’est plus question d’ambition musicale, et de réel travail d’éducation du public.
En revanche, et comme dans un monde à part, Radio France continue d’entretenir les deux orchestres qui lui ont été jadis confiés dont les liens avec les antennes ont disparu, sont plus distendus que jamais, et qui paient cher leurs chefs et solistes issus du show business classique et font si peu pour le répertoire français patrimonial.
Le rapport de la Cour des comptes sur l’IRCAM, une lecture instructive
On en entend parler par la presse, on en lit des extraits de conclusions, mais le mieux est sans doute de le lire in extenso puisqu’il est public : c’est très intéressant et instructif quant à la bouteille à l’encre que constitue l’IRCAM ce machin ringard, près de 50 ans après son ouverture. Quant à moi, je pointerai en particulier l’évident échec de ce « Mamie fait du business » qu’est la filiale Ircam Amplify, encore une merveille du partenariat pachydermique public-privé !
Martha, icône généreuse
On se réjouit de saluer et signaler la naissance d’une lettre périodique consœur. Elle s’appelle… martha, et a été créée par Elsa Fottorino, qu’on a connue comme ancienne rédactrice en chef du magazine Pianiste (qui, soit dit en passant, n’était pas mal fait) ; un titre qui a sombré avec Classica et le groupe Premières Loges.
Pourquoi martha ? Pour faire référence à Martha Argerich, bien sûr. Une artiste à tous égards admirable, on est d’accord, mais devenue, par son extraordinaire indulgence, cette icône dont tout le monde se réclame et que chacun vénère. Quoi de plus consensuel, donc, que de donner son prénom à une newsletter ? Fallait oser.
Profession de foi :
martha vous fait vivre la musique de l’intérieur. Je vous propose une plongée dans les coulisses du métier d’interprète. À travers des récits personnels, des histoires, des initiatives... Le piano est mon fil rouge : instrument versatile par excellence, il fait dialoguer tous les genres musicaux.
Quand les grands titres de presse dégraissent, congédient leurs collaborateurs — une habitude ces dernières années — ou disparaissent tout bonnement, on pourrait espérer que ces journalistes, reprenant leur liberté sous forme de lettres (sur le modèle de Substack, l’outil dont Couacs s’est saisi dès 2020), produisent un contenu plus libre, plus singulier, plus original, explorant des sujets de traverse.
On rêverait, par exemple, de retrouver l’esprit de la « presse libre » des années 80 : ces médias indépendants qui s’efforçaient de faire ce que la presse installée ne faisait pas. Ou bien, pour citer ce qu’il y eut de meilleur à l’époque — et ce n’était pas vraiment de l’artisanat — Actuel.
Mais l’époque n’est plus à l’audace : ce qui frappe à la lecture de tant de webzines musicaux créés récemment, c’est de constater à quel point ils s’empressent de servir la même soupe, célébrant les mêmes artistes et les initiatives déjà surexposées ailleurs. On y sent une volonté farouche d’être admis, au plus vite, dans le club de la presse spécialisée « honorable » pour exister. Être conforme, être pareil.
Après trois numéros, la consœur martha ne brille pas encore par une grande originalité ; ni par le choix de ses sujets, ni par son ton propret et « jupe plissée ».
Et à ce propos, COUACS.INFO, qui adopte un ton différent, et qui traite de sujets peu analysés ailleurs, est une publication indépendante uniquement soutenue par son lectorat. Pour soutenir COUACS INFO, devenez abonné Premium si vous ne l’êtes pas encore !



