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Paraskevidékatriaphobie
Vous ne le saviez pas ? La paraskevidékatriaphobie, c’est la phobie du vendredi 13. Celle qui frappe les humains crédules, persuadés qu’un maléfice s’abat dès que le calendrier fait coïncider ce quantième avec le jour de la semaine le plus propice au télétravail. Pour d’autres, à l’inverse, ce jour augurerait d’une chance insolente.
En observant les nouveautés discographiques parues vendredi dernier, 13 mars 2026, j’ai d’abord cru à cette chance : de bons disques, sur lesquels nous reviendrons plus bas. Et puis... de nouveau Vanessa Wagner. Encore un disque de Vanessa Wagner ! Ben pui : elle nous propose cette fois, à la manière de la pop, une énième resucée de son album Philip Glass : des « edits », paraît-il. En quoi cela consiste-t-il, un « edit » en musique classique ? Un remixage de fond de tiroir ? Des versions tronquées pour faciliter le passage à l’antenne dans La Tête au carré sur France Inter ? Je ne le sais pas et, franchement, je n’irai pas vérifier. Pour l’heure, l’exploration de la discographie du Quatuor Kolisch me nourrit beaucoupl plus l’esprit. (…)
À elle la Folle journée…
On apprend par Ouest France que Madame Wagner prendra la direction artistique en 2027 de La Folle Journée après le départ de René Martin. Une décision fondée sur cette idée bien « ouin-ouin », bien politicienne à deux sous, selon laquelle il n’y aurait rien de mieux que des artistes pour programmer leurs propres confrères et complices ! Nul doute qu’avec un tel système, les meilleurs seront systématiquement mis en avant, sans le moindre retour d’ascenseur ni copinage ! Joli coup pour Madame Wagner, et bien joué la magouille.
… et les Victoires (?) de la Musique
Et puis, n’oubliez pas : l’ascension médiatique de « VW » passe la semaine prochaine par la case Victoires de la Musique Classique 2026 où elle se trouve nommée parmi avec deux autres comme Soliste de l’année”.
À propos des Victoires de la Musique classique
Je m’en voudrais de m’acharner chaque année sur ce truc, mais c’est d’actualité puisqu’elles reviennent le 20 mars. Le musicien et producteur Bertrand Burgalat a posté sur Facebook une publication que vous avez peut-être manquée :
En effet, en dépit de démarches conjuguées, l’hommage à Entremont a été refusé, avec l’argument qu’on lit, par une “directrice artistique” dont l’expertise la plus sûre est d’avoir été attachée de presse chez Universal sous la conduite d’un homme qui a lui-même été Président des Victoires : on reste en famille. Elle a succédé, il faut l’admettre, à une autre qui était pire. Burgalat a tout dit. Ces Victoires Classiques sont irréformables en l’état, un marigot persistant.
Derrière l’écran pseudo-éthique, le désert : l’IA, espoir du patrimoine musical
Nous connaissions déjà ce brillant oxymore : « le streaming éthique ». Une fumisterie dès lors qu’on confronte ce slogan à la réalité du partage de la valeur imposé par les fournisseurs quoiqu’en disent les plateformes, et au refus de toute segmentation.
Le constat est sans appel : en deux décennies, la musique numérique a orchestré une faillite de sa culture. Nous avons assisté à la démission des producteurs et des intermédiaires face à l’exigence de documentation.
Souvenez-vous : au temps du vinyle ou du CD, le moindre album était un objet culturel, illustré et documenté. Tout cela a été balayé par le mépris des inventeurs du streaming mainstream, qui ne pensaient et ne pensent encore qu’à la pop. Aujourd’hui, la « documentation » se résume à une vignette minuscule et des métadonnées le plus souvent indéchiffrables ou malmenées par les plateformes. Quant aux livrets numériques — ces bouées de sauvetage pour l’auditeur exigeant —, ils sont devenus des fantômes, bannis par une défaillance humaine et logistique coupables. Une minorité de labels classiques s’en préoccupent, pratiquement aucun en jazz, en world et en chanson. (…)
Le catalogue mondial est devenu un monstre gigantesque, ingérable par l’humain. On cherche en vain les “experts” disposant de la culture propre à faire face et des plateformes disposées à les payer autant que des développeurs ou des architectes de l’informatique.
Alors que l’espace médiatique sature sous le brouhaha stérile autour de l’IA — entre fantasmes génératifs et angoisses sur les données — le débat s’enlise et l’on oublie l’essentiel.
Il existe pourtant une voie de passage : un usage de l’intelligence artificielle capable de réparer le désastre documentaire des plateformes généralistes. Cet usage porte un nom : la documentation augmentée. Là où l’humain capitule, l’IA excelle déjà. Elle peut aujourd’hui scanner des millions de pistes pour exhumer les crédits de musiciens de session restés dans l’ombre, identifier la généalogie complexe des albums ou corriger les erreurs qui condamnent des pans entiers du répertoire à l’invisibilité ; elle est capable de recréer, par le croisement instantané des archives mondiales, ce livret numérique que l’industrie a laissé mourir.
L’IA n’est pas ici une menace de substitution, mais…
Aviez vous lu ?

Paul Kletzki ? Oui mais : le compositeur !
Paul Kletzki est principalement passé à la postérité comme l’un des chefs d’orchestre majeurs du XXe siècle. Sa carrière l’a mené à diriger les plus grandes formations mondiales : le Philharmonique de Berlin (dès l’âge de 23 ans), l’Orchestre de la Suisse Romande, le Philharmonia de Londres, la Philharmonie tchèque, à Paris le National et la Société des Concerts du Conservatoire ou encore l’Orchestre Symphonique de Dallas. Il nous a laissé un legs discographique magnifique. Comme accompagnateur, il a été le partenaire de disques de Pollini ou Samson François demeurés légendaires. Les services de streaming regorgent de tréso ders à découvrir ou redécouvrir. Je me souviens que le producteur Michel Bernstein m’a souvent dit que son rêve d’éditeur aurait été d’enregistrer Pelléas et Mélisande sous la direction de Kletzki !Ce qu’on sait moins, c’est que Paul Kletzki fut aussi un compositeur prolifique, avant que les circonstances historiques et sa réussite au pupitre ne mettent un terme à cette activité. Son catalogue comprend des symphonies, des concertos et de la musique de chambre, œuvres longtemps restées dans l’ombre de sa renommée de chef.
Le nazisme a en effet provoqué une cassure dans la vie de Kletzki, comme dans celles de tant d’artistes juifs d’Europe centrale. Au début des années 1930, Paul Kletzki était pourtant une étoile montante de la scène berlinoise. Protégé par Furtwängler, il figurait parmi les plus jeunes chefs invités à diriger le Philharmonique de Berlin. Mais dès l’accession d’Hitler au pouvoir, les lois raciales lui interdirent toute apparition publique en Allemagne en raison de ses origines juives. S’ensuivit une période d’errance et d’exil difficile qui le mena d’abord en Italie, où il enseigna à Milan, puis brièvement en Union soviétique, avant qu’il ne trouve refuge en Suisse en 1938, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Tragiquement, ses parents et sa sœur ne purent quitter la Pologne à temps et furent assassinés durant la Shoah. Ce drame personnel marqua le musicien d’un sentiment de culpabilité qui imprégna ses dernières partitions en tant que compositeur.
Jesús María Sanromá chez APR
Nouveau coffret de rééditions chez APR, consacré au pianiste portoricain Jesús María Sanromá et qui vous permettra de découvrir cette personnalité caractéristique de ces grands talents américains qui savaient allier grand Art et plaisir du public, sans concessions. Sanromá était très polyvalent : formé par Antoinette Szumowska, Alfred Cortot et Artur Schnabel, sa carrière fut longtemps liée à l’Orchestre symphonique de Boston et à son chef Serge Koussevitzky, avec lequel il collabora pendant vingt-cinq ans. Il devint parallèlement le soliste de prédilection du Boston Pops, la formation estivale de l’orchestre dirigée par le formidable Arthur Fiedler et souvent ouverte à un répertoire plus « populaire ».
Ensemble, Sanromá et le Boston Pops ont gravé entre 1935 et 1941 pour le label Victor les enregistrements ici réunis : MacDowell (Concerto pour piano nº 2), Paderewski (Concerto en la mineur), Mendelssohn (premier concerto), Liszt (Totentanz), Gershwin (Rhapsody in Blue et Concerto en fa) et, du Portoricain Juan Morel Campos : Huit Puerto Rican Dances.
En 1951, Sanromá décida de retourner sur sa terre natale pour devenir…







