Les fidèles lecteurs de ce blog savent que je n’ai jamais ménagé mes critiques à l’égard des programmations de René Martin. Et cela remonte à plus loin que ce blog puisque, à l’époque où je dirigeais Abeille Musique il y a vingt ans — et où nous entretenions avec le dessinateur Aurel une collaboration dont la mémoire me rend un brin nostalgique —, nous avions pondu à quatre mains cette gentille vacherie :
Pourtant, la manière dont René Martin a été évincé de toutes ses fonctions, consigné à domicile, puis prestement gommé du paysage — et bientôt de leur propre histoire — par tous ces événements qui lui doivent tout, laisse un goût amer. Il en va de même pour l’attitude de ceux qui, par le passé, sollicitèrent ses services de programmation, n’étant point fichus d’en élaborer une par eux-mêmes. Et ne parlons pas des artistes supposés lui rester fidèles qui, après avoir si maladroitement pris sa défense, manquèrent à ce point de suite dans les idées qu’ils n’osèrent point renoncer à leur participation à La Folle Journée 2026. Mais peut-être René Martin lui-même leur a-t-il suggéré d’honorer leurs contrats afin de ne pas saborder son œuvre, alors même que la structure était décapitée.
Désormais, une nouvelle direction artistique sera bientôt désignée. On n’attend guère des édiles de la Ville de Nantes, ni des collectivités locales, une nomination issue d’une consultation ouverte et rigoureuse, fondée sur une évaluation approfondie et renouvelée des projets. Non : ce seront les habituelles lubies sociétales, ce passage obligé pour obtenir l’onction des subventions, qui dicteront leur loi. L’audace et l’imagination artistiques seront, comme à l’accoutumée, reléguées au second plan.
L’originalité de La Folle Journée, reposait, qu’on aime ou pas, reposait sur la vision d’un homme ; et, je le répète, il n’était ni mon ami, ni mon « genre de beauté ». Mais il avait engendré une matrice forte, et l’avait portée à maturité. Trouver en quelques mois un esprit un tant soit peu visionnaire qui accepte de se plier aux lieux communs du moment, de flatter les vues courtes des élus, tout en prétendant insuffler un souffle nouveau à une telle machine, relève de la gageure. Attendez-vous à ne pas être étonnés.
Quant au Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron, j’ai été stupéfait par la célérité avec laquelle on y a congédié René Martin. Les responsables de cette manifestation — restée davantage à l’abri des subsides publics que La Folle Journée mais qui n’en devait pas moins tout à son fondateur — se sont hâtés de nommer un triumvirat boiteux pour encadrer la prochaine édition, attelage hétéroclite composé d’un grand soliste international trop occupé pour s’y consacrer, d’un apprenti chef d’orchestre tout mollasson et d’une inévitable professeure de Conservatoire.



