Florence Portelli, vice-présidente de la Région Île-de-France, veut liquider le Chœur Régional d’Île-de-France Vittoria
Mercredi 20 mai 2026
À la tête du Chœur Régional d’Île-de-France depuis sa création, Michel Piquemal a insufflé à l’ensemble une tradition précieuse de redécouverte de compositeurs français oubliés des XIXxe et XXe siècles, remettant en lumière entre autres des œuvres de Martial Caillebotte, Alfred Bruneau, Joseph-Guy Ropartz ou Clémence de Grandval. Cette curiosité s’étend également à la création contemporaine, le chœur ayant régulièrement passé commande à des compositeurs d’aujourd’hui comme Martin Palmeri ou Anthony Girard. Et c’est cet ensemble amateur de très haut niveau, si peu coûteux et pourtant si exemplaire que Florence Portelli, « vice-présidente de la Région Île-de-France en charge de la culture, du patrimoine et de la création », veut zigouiller !
À l’approche de l’assemblée générale du 29 mai 2026, au cours de laquelle figure le projet d’être votée la dissolution du Chœur Régional Vittoria d’Île-de-France, les membres de l’ensemble vocal ont écrit une lettre ouverte à leur présidente, Florence Portelli, « vice-présidente de la Région Île-de-France en charge de la culture, du patrimoine et de la création ».
À travers un état des lieux détaillé, les choristes y dénoncent ce qu’ils qualifient de démantèlement injustifié d’une institution culturelle en place depuis 38 ans, pointant du doigt la gestion et le désintérêt de leur présidente, par ailleurs vice-présidente de la Région en charge de la culture.
Le premier grief exposé par le chœur repose sur une absence chronique de dialogue au cours des cinq dernières années. Selon les représentants de l’association, toutes les tentatives de contact sont restées lettre morte, qu’il s’agisse des messages réguliers, des demandes de rendez-vous de l’ancien administrateur, ou encore, par exemple, de la sollicitation du directeur artistique, Michel Piquemal, pour qu’elle préface le dernier enregistrement du chœur, consacré au Stabat Mater de Clémence de Grandval. Cette distance s’est également traduite sur le terrain par une désertion totale de la présidente aux concerts du Chœur, et par un silence médiatique persistant à l’égard de la formation, la privant de soutien institutionnel et moral, notamment lors de la reprise de l‘après-Covid.
La situation s’est considérablement durcie en juin 2025 avec la nomination unilatérale d’un nouvel administrateur, issu du secteur de la liquidation d’entreprises (!), une désignation effectuée en dehors des procédures habituelles d’appel à candidatures. Le bilan de cette gouvernance est accablant, accusent les choristes : alors que l’ensemble produit habituellement entre dix et douze concerts par an, aucune représentation n’a pu avoir lieu sous ce mandat, les projets de concerts et d’enregistrements ayant été systématiquement bloqués. Les représentants du chœur signalent également avoir dû attendre plus de six mois avant d’obtenir un unique entretien avec ce responsable !
La paralysie de l’activité s’accompagne, dénoncent-ils aussi, d’une incohérence budgétaire et politique : en janvier dernier, la Région reconduisait pourtant l’intégralité de la subvention du chœur en affichant publiquement de « grandes ambitions ». Moins de quatre mois plus tard, la demande de dissolution apparaît en totale contradiction avec ces engagements.
Lors du Conseil d’Administration du 12 mai, un réquisitoire financier catastrophique a été présenté pour justifier cette issue, fermement contesté par les professionnels du chiffre et du droit siégeant parmi les choristes. Ces derniers rappellent que les bilans des exercices 2023 et 2024 ont été approuvés sans réserve par les commissaires aux comptes et déplorent que le rapport financier officiel ne leur ait toujours pas été communiqué. Ils opposent des données chiffrées et factuelles. Aux critiques affirmant que l’ensemble se produit dans des salles vides et exclusivement au cœur de la capitale, les données d’activité répondent que, sur les dix dernières années, le chœur a assuré 115 concerts, dont plus de la moitié (66) se sont déroulés en dehors de Paris intramuros. Ils récusent aussi, évidemment, l’argument d’un manque de rentabilité économique puisque ce genre d’activité, à l’évidence, ne saurait se suffire que de la billetterie qui se doit de proposer des tarifs abordables.
Les choristes réfutent enfin l’idée selon laquelle ils profiteraient indûment des fonds régionaux pour vivre leur passion, rappelant la rigueur de leur engagement bénévole sous la direction de Michel Piquemal.
Alors qu’une vague de soutien grandit parmi les auditeurs, les ensembles amateurs et les professionnels du secteur musical, les membres du Chœur Vittoria exigent le report de la procédure de dissolution et réclament l’ouverture d’un examen approfondi, indépendant et impartial, afin de faire toute la lumière sur la gestion de l’association et rétablir l’honneur de leur formation.
Soutien total, bien sûr.
Le Chœur Régional d’Île-de-France Vittoria Fondé en 1987 à l’initiative du Conseil régional d’Île-de-France, le Chœur Régional Vittoria est l’un des fleurons de la pratique chorale de haut niveau en France. Conçu initialement pour doter le territoire francilien d’un grand ensemble vocal capable de diffuser la musique classique au plus près des habitants, le projet est indissociable de la figure de son directeur musical et fondateur, Michel Piquemal, qui a su développer une identité artistique singulière qui allie exigence professionnelle et ferveur amateur.
La force de cette formation repose sur un effectif d’une soixantaine de choristes non professionnels et bénévoles, qui se sélectionnent rigoureusement sur audition et s’astreignent à un rythme de deux répétitions hebdomadaires, complétées par une formation vocale continue.
Au-delà de la maîtrise des grands classiques, la véritable marque de fabrique du Chœur Vittoria réside dans sa démarche de défricheur de répertoires, et de répertoires français rares, en particulier. Michel Piquemal a insufflé à l’ensemble une tradition de redécouverte de compositeurs français oubliés des xixe et xxe siècles, remettant en lumière des œuvres de Martial Caillebotte, Alfred Bruneau, Joseph-Guy Ropartz ou Clémence de Grandval. Cette curiosité s’étend également à la création contemporaine, le chœur ayant régulièrement passé commande à des compositeurs d’aujourd’hui comme Martin Palmeri ou Anthony Girard.
La discographie du Chœur est riche de dix-huit enregistrements, dont plusieurs constituent des premières mondiales. Il a remporté en 1998 les Victoires de la Musique Classique dans la catégorie « Ensemble vocal ou choral » pour son enregistrement du Roi David d’Arthur Honegger. Il donne une moyenne de dix à quinze concerts par an, partagés équitablement entre les grandes scènes parisiennes et les communes de la petite et de la grande couronne.
La discographie de Michel Piquemal et du Chœur Régional d’Ile-de-France : https://open.qobuz.com/artist/26422





