ARCHIVES PRÉ-COUACS. En ce temps-là, les concerts reprenaient, peu à peu…

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Cet article avait été publié sur ma page Facebook le 18 août 2020. En ce temps-là, les concerts reprenaient peu à peu…

Les contraintes de la timide reprise post-Covid nous ont valu, dans ce qu'il restait des festivals français, un mode bien franchouillard ; avec en tête de liste cette poignée de noms, jeunes ou plus rassis, toujours, toujours les mêmes, qui se bousculent déjà, bien gnan-gnan, aux micros de France Musique ou de Madame Mezan toute l'année en ânonnant leurs fadaises. Ces programmations sont caricaturales. Le suivisme, la connivence, le conformisme, la sucrerie, la confusion des valeurs y règnent.

On redoute la rentrée, qui sera elle aussi privée d'étrangers. Je ne parle pas des stars qui ont leur pied à terre à Paris, ou de Martha Argerich qui semble frappée d'ubiquité. Mais de ces talents étrangers magnifiques qu'on découvre d'habitude sur disques et que si peu d'organisateurs déjà invitaient.

Les prochains mois semblent voués aux demi-sels, qui pourront venir jouer n'importe où en France à n'importe quel prix, par la grâce d'un ticket de métro ou de TGV. C'est leur moment de gloire, ils vont en profiter. Et Beethoven a déjà commencé à morfler, d'ailleurs ! Cela aurait dû être l'occasion pour un René Martin de rafraîchir et surtout hiérarchiser ses choix immuables, en grattant un peu.. Tu parles.

Replongez-vous dans la presse musicale sur les 50 dernières années : vous constaterez comme il ne reste rien ou si peu de tant d’ambitieux agités et encouragés identiques figurants de l'époque qui, si ils ne gagnent pas leur pitance de leur vivant n'ont aucune chance de demeurer dans les mémoires plus tard. Bien pour eux, mais cela ne console pas des injustices faites aux grands talents discrets par les organisateurs et programmateurs, et ceux qui tendent les micros en allant au plus banal, au plus standard, et par les temps qui courent, au plus banal, puisque l'époque est à ça.

Le paradoxe enfin est

- Dans la diffusion internet de tant d’évènements, qui rend publiques les non-valeurs. On se pince parfois. On se dit : "Mais c'est mauvais ! Qu'est ce qu'ils lui trouvent ? Ils sont sourds ?"

- Dans la disponibilité de toute la discographie antérieure et plus encore sur Internet si on veut s'instruire de ce qu'est une grande interprétation d'une oeuvre particulière, ou un grand interprète, pour raison garder dans les compliments délirants.

En sorte que tout un chacun peut juger sur pièces désormais, plus que cela n'a jamais, jamais été. Là aussi on constate que des moyens d'information développés mettent moins que jamais à l'abri de l'imposture. Vous lisez les hurlements de bonheur de tant de gens à l'égard de tel artiste, et vous en contemplez sur votre télévision une débandade triste acclamée.

Le critère pendant l'été 2020 aura été le bonheur niais de se retrouver, et le chiant des cigales. Ce sera l’hiver prochain de retrouver les mêmes, en doudoune ou en vison synthétique, un masque sur le nez, en ville. Quelle angoisse...

(Écrit le 20 août 2020)