ÉDITORIAL : Les moyens et les objectifs…

Avant la grande réforme menée par Marcel Landowski, les orchestres radio-symphoniques de région étaient régulièrement présents à l’antenne de France Musique, parce qu’ils faisaient partie de l’ORTF. Voilà longtemps que les orchestres régionaux, sont sous-exposés sur les antennes de Radio-France au bénéfice des orchestres parisiens de la Radio, dont on connaît la banalité des programmes. Les orchestres de la Radio se vivent en organisateurs de concerts publics concurrents des institutions parisiennes au lieu de faire leur job d’orchestres de radio sur les répertoires, la musique française symphonique de patrimoine en particulier, où on les attend, avec les moyens formidables dont ils disposent.

On apprend maintenant que l’Association Française des Orchestres, qui représente la plupart des orchestres français, a formé un “partenariat” avec France Musique pour rendre écoutable sur le site de cette chaîne (et si peu à l’antenne) un certain nombre de concerts des orchestres en région. Ce partenariat est vraiment bien peu de choses, puisqu’il s’agit de concerts captés et enregistrés par les orchestres eux-mêmes, où la contribution de France Musique semble souvent se limiter à offrir une page web renvoyant aux pages YouTube des institutions, et à une chronique à l’antenne le lundi matin.

Entendons-nous : on ne peut plus, certes, limiter “l’antenne” d’une radio en 2021 à la manière passée, au seul direct. On doit y inclure désormais l’accès à des contenus “non-linéaires”. À cet égard, on attendrait du service public et de ses vastes compétences techniques un outil performant permettant, à la demande, de refléter, d’accéder et de découvrir toute la richesse de l’offre subventionnée nationale. Offre complète qui devrait aussi être mise à disposition de manière claire et efficace, au minimum bilingue français-anglais, en direction des audiences internationales.

Hélas, le service public nous bombarde de déclarations “d’amour”, de “solidarité”, de “soutien aux artistes”, mais il roule pour lui seul, se vit en entreprise privée, surtout privée d’imagination et adepte de tous les conformismes de l’époque. Il abandonne les obligations corollaires aux moyens qui lui sont affectés et qu’il dépense si mal. Il paraît que Radio France doit signer ces jours-ci avec l’État un « contrat d’objectifs et de moyens ». Bien dommage que ce contrat fasse si peu débat public, qu’on ne nous dise pas ce qu’il contient et vers quel brillant futur il entend nous mener.