Il fut un temps où je travaillais en musique, mais c’est bien fini : travailler sur un texte ou un dossier la chaîne branchée me perturbe. Comme j’ai pas mal travaillé ces derniers temps, j’ai peu écouté de musique, ce qui n’a pas amélioré mon nombre de recensions de disques intéressants ici.
Tout de même. Entre deux travaux et quelques silences forcés, la musique finit toujours par reprendre ses droits et, du piano de d’Alexander Malofeev aux audaces électroniques du duo Vernet-Meckler, en passant par les archives miraculeuses de Shura Cherkassky ; de Roman Totenberg à Clara Haskil et Ferenc Vizi et la redécouverte de Charles de la Ferté et Edmond Dédé, je vous livre dans ce nouveau DiscoCouacs quelques récentes découvertes ou redécouvertes. Un tour d’horizon subjectif, comme toujours. J’y dis même du bien de… vous n’allez pas y croire !
BWV2 — Duo Vernet-Meckler
Label : LIGIA RECORDS Écouter sur PrestoMusic
D’abord, spécial copinage, le disque décoiffant, voire insolite du duo d’organistes Olivier Vernet et Cédric Meckler, qui ont pris par la main le divin Kantor pour le conduire sur les horizons de l’électronique. Ce disque est largement enregistré selon le système Hauptwerk, qui permet de jouer ensemble, à la maison, des orgues fameux parfois distants de milliers de kilomètres, qui ont été « samplés » dans les règles de l’art.
S’ajoutent à cela des interprétations d’arrangements classiques qui font appel aux synthétiseurs. Le tout est réalisé avec le talent et tout le respect qu’on doit à notre bon Kantor : une expérience à ne pas laisser passer. Les deux comparses ont donné fin décembre un récital glorieux à Radio France.
PS — Je me dois de mentionner que j’ai trempé dans ce projet, mais cela ne m’empêche rapas d’en dire du bien.
Ferenc Vizi — Liszt
Programme : Sonate en si mineur, Bagatelle sans tonalité, Wiegenlied, etc. Label : PARATY Acheter, écouter ou télécharger sur PrestoMusic
Nouveau disque du pianiste d’origine hongroise Ferenc Vizi, programme qui est une sorte d’hommage au disque Vox merveilleux très ancien et très essentiel d’Alfred Brendel avec un programme un peu similaire. Ferenc Vizi possède une sonorité magnifique, des idées, un sens du récit. Le piano est fort bien enregistré (Cécile Lenoir a eu le temps de faire des progrès, avec les années). L’éditeur Paraty n’ayant pas fourni les informations du digipack aux plateformes, je vous en fais profiter ici : Consulter le livret

Alexander Malofeev — Glinka, Medtner, Rachmaninov, Glazounov
Label : SONY MUSIC (Parution le 26 février) Acheter, écouter ou télécharger sur PrestoMusic
Le premier disque d’Alexander Malofeev paraît chez Sony le 26 février. J’en parle ici parce que je l’ai déjà écouté. Un premier disque à presque 25 ans quand tant d’autres se précipitent pour avoir un hochet promotionnel ? Oui. Intelligent, il a pris son temps, lui, sans céder aux pressions. Disque magnifique, achevé, avec un programme très original : Glinka, Medtner, Rachmaninov, Glazunov. Mes lecteurs savent que je suis avec attention et depuis très longtemps le développement de ce jeune artiste exceptionnel, si les mots ont un sens. Son récent récital fut l’un des trois ou quatre plus beaux concerts que j’ai entendus à Gaveau. Malofeev a l’étoffe de l’évidence et m’a seulement fait penser à Richter par sa capacité à prendre son public par la main et l’emmener exactement là où il veut. Il régnait ce soir là un silence incroyable dans la salle et chez les spectateurs la sensation d’assister à l’éclosion d’un talent considérable
Charles La Ferté — « Sonates oubliées »
Ensemble La Ferté
PARATY
Acheter, écouter ou télécharger sur Qobuz | Lien Livret
Encore un très beau disque qui paraît chez PARATY. Charles-François Grégoire de La Ferté était un violoniste et compositeur né en 1666.
« Ce répertoire de sonates ne ressemblait en rien à ce que nous connaissions déjà de la musique française pour violon et basse », expliquent les jeunes artistes de l’Ensemble La Ferté (Paulo Castrillo, Nicolas Mackowiak et Manon Chapelle ) dasn le livret. Un langage profondément personnel, cristallisant l’héritage du passé avec des influences italiennes. Le livret n’éatnt pas sur les plateformes, le lien e,n titre vous permettra d’en bénéficier, d’autant plus qu’il est très instructif sur un compositeur mal documenté.
Edmond Dédé — Morgiane ou Le Sultan d’Ispahan
Direction : Patrick Dupré Quigley
DELOS Acheter, écouter ou télécharger sur PrestoMusic
Vous ne connaissez certainement pas davantage que Charles-François Grégoire de La Ferté le compositeur noir Edmond Dédé. Né libre à la Nouvelle-Orléans en 1827, il a fui les persécutions raciales pour faire carrière en France, à Bordeaux exactement. Cette nouveauté Delos propose la captation de la création mondiale de Morgiane, le plus ancien opéra complet du compositeur. Une partition complexe mêlant bel canto italien et romantisme français sur instruments d’époque. À découvrir absolument !
Clara Haskil en concert : 1953, 1956, 1959
Mozart, Bach, Schumann, Beethoven
FY-SOLSTICE
Acheter sur le site de Solstice
Solstice fait paraître un album d’enregistrements très scrupuleusement remasterisés, issus des archives de l’INA. On y trouve deux inédits absolus : le 23e concerto de Mozart (Divonne-les-Bains, avec Pierre Colombo à la baguette) et l’Adagio de la Sonate op. 12 n° 3 de Beethoven avec Arthur Grumiaux. Un régal pour les admirateurs de la pianiste roumaine.
Shura Cherkassky — Rediscovered, Vol. 1
Label : NIMBUS RECORDS Télécharger ou streamer sur Qobuz
Nimbus a fouillé dans ses armoires pendant le COVID et a retrouvé l’équivalent de quatre albums inédits qui seront consacrés au merveilleux, fantasque et délicieux Shura Cherkassky.
Extraits du (passionnant) texte du livret, fourni par le label en numérique, (bravo) :
“ La première visite de Cherkassky chez Nimbus dura quatre jours, du 31 janvier au 3 février 1981. Il s’installa immédiatement dans ce cadre inhabituel. Il logeait dans la grande demeure, et non à l’hôtel, et découvrit un studio totalement différent de ces espaces sans âme qu’il avait pris l’habitude de décrier. Ici, aucune barrière stérile ne venait entraver son inspiration. La grande salle de réception victorienne de Wyastone Leys servait de salle de spectacle spectaculaire, ses fenêtres toute hauteur cadrant des vues imprenables sur la vallée de la Wye. Shura adora l’endroit, dédicaçant un exemplaire de son LP des Tableaux d’une exposition : « À tout le monde chez Nimbus, avec amour et le plus merveilleux sentiment d’inspiration ». [...] Les enregistrements réalisés durant ces quatre jours sont tous présentés dans cette édition. La plupart n’ont connu qu’une brève parution en LP. En raison de leur origine « analogique », les rééditions ultérieures leur avaient été refusées. Le comportement de Shura en studio n’appartenait qu’à lui. [...]
“ Shura était à la fois un délice et un démon. Il pouvait exaspérer en réclamant des pêches en plein hiver (pour un prétendu régime) ou attendre devant la porte d’entrée, les bras tendus comme un enfant, que quelqu’un lui enfile son manteau. Sa demande constante à chaque session était du thé chaud — « Chaud, sortant du micro-ondes » — accompagné de carottes crues, « lavées ». Il semble mesquin de mentionner de telles exigences, mais cumulativement, elles pouvaient pousser l’équipe de production au bord du désespoir. Le délice venait, bien sûr, lorsqu’il jouait : ce son riche, magnifiquement varié, toujours chantant, jamais mécanique, ne laissant jamais la virtuosité dominer pour elle-même. À la fin d’un Nocturne de Chopin, le silence envahissait la régie, jusqu’à ce que la voix de Shura ne finisse par s’élever : « Oh, c’était bon ». À une occasion, il est même allé jusqu’à un éloge spontané après une écoute : « Je ne savais pas que je pouvais si bien jouer ».
Johann Sebastian Bach — Sonates et Partitas
Renaud Capuçon
Label : DEUTSCHE GRAMMOPHON Acheter, télécharger ou écouter sur PrestoMusic
Le dernier disque du mari de Laurence Ferrari est consacré à Bach. À l’écoute, l’honnêteté oblige à dire que ses Sonates et Partitas s’écoutent sans déplaisir, quand on oublie que c’est l’insupportable tête de nœud qui joue. C’est très bien fait, sur un instrument splendide, fort bien enregistré, fort bien produit. Il est probable qu’il en vendra beaucoup moins que de son ultra-ennuyeux album de musiques de films — mais là n’est pas pour lui le but avec Bach : c’est statutaire, un passage obligé : “Voyez comme je suis, à 50 ans, un homme dans la maturité de son Art !” On retrouve là le côté bon élève du gars, qui n’est pas le plus désagréable. Ce n’est pas même ennuyeux.
Johann Sebastian Bach — Sonates et Partitas
Roman Totenberg
MUSICAL HERITAGE
Les Sonates et Partitas de Bach par Totenberg chez PrestoMusic
Art of Totenberg sur le label Arbiter chez (Amazon)
À l’occasion de la sortie des Bach de Capuçon et comme il sonnait bien et sur un beau violon, je me suis refait une Tribune des critiques de disques, en solo, à toute vapeur. Et je suis tombé sur un artiste que je n’avais pas bien envisagé jusqu’à présent, le violoniste Roman Totenberg dont la plupart des disques ont été réédités ces dernières années, de même que pas mal de ‘live”. Cela m’a rappelé que le regretté Allan Evans, créateur du label ARBITER vouait une admiration sans borne à Totenberg : j’aurais dû plus tôt mieux écouter ce qu’il me disait ! Allan avait publié lui aussi des “live” de Totenberg, et sur le site Arbiter, on lira un essai bien instructif. Le site consacré à l’artiste offre d’autres documents.
Totenberg a vécu 101 ans et a subi le vol de son Stradivarius à l’âge de 80 ans (retrouvé 35 ans plus tard !). On lira l’histoire rocambolesque ici racontée.
L’instrument volé est aujourd'hui joué par le jeune violoniste Nathan Meltzer, et on peut entendre ce qu’il en fait sur son premier disque.
Pour les Sonates et Partitas de Bach, écoutez donc la version de Totenberg !









