Deezer : un bilan cinglant
Mardi 21 avril 2026

Bilan et vérité :
l’aventure Deezer à l’épreuve des faits
L’heure du bilan a-t-elle sonné, ou au moins celle de la vérité ? La vérité, en tout cas, est cinglante pour Deezer.
Le journaliste Philippe Astor, un vétéran, vient de publier sur son Substack MusicZone une enquête en forme d’analyse chirurgicale de l’aventure Deezer. Ce document est en accès libre pendant sept jours. J’en recommande la lecture, édifiante. C’est long, extrêmement bien documenté, et cela ne fait aucun cadeau à la plateforme, alors que son auteur n’a jamais particulièrement marqué d’animosité à son égard.
La vérité qui y est exposée est d’une cruauté gravée à l’acide.
Elle devrait surtout faire rougir de honte tous ceux qui, depuis des années, se sont contentés de « servir la soupe » à ce qui fut une très éphémère pseudo-licorne française. L’enfumage constant de Deezer en termes de relations publiques a conduit bien des journalistes complaisants, bien des « experts » autoproclamés et aussi bien des cabinets politiques à soutenir Deezer aveuglément, quitte à sacrifier les acteurs français de la musique en ligne créés à la même époque, qui existaient bel et bien et qui auraient tous mérité leur chance. Pour rappel, Virgin et la Fnac ont tenté l’aventure et y ont beaucoup dépensé ; il y avait aussi MusicMe, Qobuz — heureusement rescapé — et d’autres que j’oublie.
Il n’est pas jusqu’aux dernières initiatives de Deezer dans sa prétendue « lutte » contre les contenus IA qui ne soient de l’intox : de quoi se mêlent-t-ils ? Se cherchent-t-il une cause ? Que ce soit alors, et d’abord, celle de la musique, de la segmentation des offres, de l’augmentation de l’ARPU, de la singularisation puisque au niveau international, comparé à Spotify, Deezer est un nain !
Mais il y a un point supplémentaire à introduire :
Ce que Deezer, à ce jour, nous a légué, c’est un marché français du streaming payant empoisonné par la culture de la gratuité et du freemium à outrance : le gratuit, c’est la culture indécrottable de Deezer depuis le début.
Voyez la facilité qu’il y a à obtenir des mois gratuits chez Deezer, que ce soit par leurs innombrables opérations de recrutement propres ou par les partenariats mis en place. Acheter une cafetière sans se voir offrir un long abonnement d’essai à Deezer confine à l’exploit ! Le seul argument de séduction de Deezer a toujours été d’offrir des mois gratuits, après avoir, au début, raconté que la musique serait gratuite. Ils se sont entêtés sur ce modèle avant de passer au payant, mais de mauvaise grâce. Mais pas abandonné pour autant le gratuit puisque, pendant des années, le pourvoyeur d’abonnés numéro un de Deezer était Orange : des abonnements payés par Orange, offerts à des abonnés téléphoniques qui ne les consommaient pas. C’était encore dévaloriser un peu plus la valeur de la musique. Tout le monde avait son abonnement gratuit à Deezer. Dès lors, qui en aurait acheté à la concurrence dans un marché en constitution ?
Pour assurer son triste triomphe, Deezer a aussi brûlé les vaisseaux de ses confrères. Les constantes difficultés de Deezer, maquillées en succès dans les communiqués de presse, ont également compromis l’accès aux investisseurs pour ses concurrents, et finalement abouti à un retard paradoxal sur le streaming payant que la France traîne encore comme un boulet aujourd’hui : Deezer a inventé un modèle d’écoute de la musique, mais ne s’est jamais réellement soucié de créer de la valeur.
Si cela vous intéresse, interrogez Google sur la période 2005-2008 en croisant mon nom à celui de Deezer, et lisez ce que j’y dénonçais alors.
Lire l’article de Music Zone :



