La suppression de nombreuses fréquences FM sur lesquelles émettait France Musique au profit de France Info ou d’autres radios de Radio France est le coup de pied de l’âne donné à cette malheureuse station de radio, la seule en son genre, fondée à l’origine pour diffuser et défendre la musique classique, le jazz et les musiques traditionnelles c’est-à-dire les répertoires que les autres radios ne diffusent pas.
Marc Voinchet : « On ne va pas se mentir, il va y avoir un moment un peu rugueux »
La panique affleure derrière cette débâcle ; le désarroi de son directeur Marc Voinchet fait pitié. Prolixe en mission commandée, il bafouille dans une campagne de communication sur différentes antennes de la maison, et tente de meubler, sans se donner la peine de paraître croire lui-même à ses éléments de langage :
Vendre ce basculement forcé et précipité vers le DAB+ comme une avancée relève de la méthode Coué. Le « tuilage » entre la FM et le nouveau système de diffusion n’a pas été anticipé correctement : il est réalisé avec brutalité, preuve du mépris crasse qu’éprouve la direction de la Maison Ronde pour France Musique et les auditeurs. La technologie DAB+ n’est pas pleinement opérationnelle sur tout le territoire (ce que je constate très personnellement chez moi ou en voiture sur de longs trajets), et le changement imposé se fait avec un manque d’anticipation grossier.
Davantage que de réaliser des économies, l’urgence de Madame Veil et de son équipe rapprochée était de gonfler les audiences de France Info à un an de la présidentielle, peu importe s’il fallait pour cela écraser les mélomanes sous ses talons aiguilles. Quand, le 22 septembre, les fréquences auront disparu, ne cherchez pas Madame la Présidente en mode testing pour capter France Musique sur son tuner : elle sera chez la manucure.
Pour toute réponse, Marc Voinchet, le Saint-Sébastien de France Musique, ose envoyer les gens chez Darty, la Fnac ou Boulanger s’acheter un nouvel appareil, ce qu’une publicité sur les antennes de France Musique relaie, comme si ces chaînes de magasins étaient les petites sœurs aimantes et consolatrices de l’incurie qui règne à Radio France.
La transition est une débandade et sa défense par sa victime même, pathétique. Voinchet ne déçoit pas : depuis plusieurs années, France Musique, sous sa direction se ratatine ; oui, se ratatine… alors même que la politique qu’il affiche vise officiellement à l’ouverture. Voinchet n’était en aucun cas qualifié en musique pour diriger une radio musicale — et c’est sans doute pour cela qu’on l’a choisi : pour « violer Mémère », pour « briser les codes » comme ils disent, pour « faire de la radio » — dès lors qu’on conçoit la radio comme le souci de ne perdre personne de quart d’heure en quart d’heure, ce qui ne devrait pas être la logique d’une radio de service public.
Marc Voinchet a consciencieusement pourchassé les émissions travaillées, promu le gnan-gnan et l’approximatif, envahi les réseaux sociaux en y défendant tous les clichés, le pédagogisme idiot et la vulgarisation comme il se doit, et dévoyé la programmation vers le style Montmartre FM : bienvenu à Dave, Sheila et Enrico Macias, et oportes ouvertes -à quelle petite vedette commerciale disposée à déclarer qu’elle a commencé par le classique et s’est dépéchée d’en sortir.
Voinchet s’est employé à changer le sang de cette radio tout en se vantant, à chaque enquête Médiamétrie, de scores d’audience en progrès — ce qui est bien le moins quand l’exigence est tellement tirée vers le bas, quand on dispose d’un dispositif de relais FM tellement supérieur au challenger qu’on s’est choisi : Radio Classique (privée, sans argent public). Mais ça, c’était avant : les fanfaronnades seront plus difficiles désormais que France Musique est privée de son petit vélo électrique.
En quelques années, France Musique a été ravalée au rang de cabine téléphonique consanguine : une micro-coterie y gère l’antenne comme on passe l’aspirateur à la maison, entre deux cafés.
Alors ? Il faudrait quand même et malgré tout défendre le service public de Radio France ? Pour ne pas crier avec Alloncle et ses amis ? Pour sauver ce qu’il y a à sauver ? Pourtant, Alloncle ou Laurent Lafon (président de la commission de la culture à l’Assemblée nationale) n’ont jamais dit un mot de travers, que du bien, sur France Musique : ils ne se dérangent pas pour si peu. Pas d’enjeu : on leur a dit que c’est bien, France Musique : c’est gentil, c’est du classique, c’est pour les vieux, pas la peine d’y perdre même une seconde.
Tout comme la sympathique Roselyne Bachelot d’ailleurs, chroniqueuse sur France Musique pour son plaisir, dont on aurait attendu une prise de position, un mot d’humour un peu combatif ou insolent... ce qu’elle sait si bien faire sur d’autres radios ! Si au moins France Musique proposait de temps en temps une émission aussi drôle que Les Grosses Têtes !
Mais c’est l’été maintenant, France Musique perd ses relais FM et saute dans le vide. On conseille aux auditeurs d’aller s’acheter un nouveau poste en urgence avant la falaise.
Fermez le ban.
« RIP », comme on dit sur les réseaux sociaux, à l’annonce d’une disparition.




