COUACS.INFO Hebdo - N° 31

Dimanche 10 octobre 2021

COUACS.INFO et sa lettre hebdomadaire ont commencé à paraître début novembre 2020. Cet été l'auteur, avouons-le, a eu besoin de repos, a eu du travail et des préoccupations différentes. Il a aussi eu des doutes, traversé de longues périodes de "à quoi bon pourfendre ?".

Et puis, avec le réveil des saisons musicales, le retour des routines idiotes, de la fatuité, des programmatioons convenues, des lieux communs du métier, avec la montée en charge de cette nouvelle idole, vache à lait fantasmée, j’ai nommé le CNM, Centre National de la Musique qui va gérer et consoler tout ce petit monde et multiplier ses colloques pour occuper ses ouailles... cela m’a donné envie de recommencer . Bienvenue dans cette deuxième saison.


Facebook, Linkedin et l’eniaisement

La gentillesse obligatoire. Être “ami” avec des gens qui ne sont que de vagues relations, et que vous croisez là désormais tous les jours après 20 ou 30 ans d’éloignement. Et que vous décevez, vous signifient-ils, quand ils découvrent qu’ils ne sont pas d’accord avec vous, c’est-à-dire que vous n’êtes pas d’accord avec tout le monde sur les sujets contemporains les plus consensuels , que vous ne jouez pas le jeu du douceâtre… J'essaie de me rappeler comment c'etait la vie avant Facebook, avant les réseaux sociaux. Comment on s'exposait en tant qu'artiste face aux professionels, face aux prospects pour les concerts, et face au public.

Il y avait il me semble de savoureuses langues de vipères, et de franches jalousies qui s’exprimaient. Ou sont-elles ? Sont-elles toutes devenues bienveillantes grâce aux réseaux sociaux ?

Car désormais on nage dans l’amour :

  • “Tu es si belle ma Chérie”. (Mais quelle cruche elle fait sur sa pochette ! Le photographe ne l’a pas loupé ! )

  • “Quelle chance tu as, d’avoir été invité au Festival International de Cucuron-les-Olivettes !” (Tu parles, il couche avec l’adjoint au maire,
    cet inverti !
    “)

  • “Bravo pour ta nomination à ce nouveau poste ! “. (“Ben alors ! Il avait appelé à voter Macron, il en est récompensé !”)

Il n’y a pas à dire : le monde s’améliore, et moi j’empire.


Qu’est-ce qu’un/e journaliste ? Qu’est-ce qu’un organe de presse ?

On apprend que le Directeur du quotidien Libération, Dov Alfon, s'est vu refuser la carte de presse. Curieux vraiment, quand on sait par exemple qu'un webzine quasi-publicitaire du type de "Classique mais pas has been" qui fait du publi-rédactionnel son modèle économique, exhibe en homepage son numéro de Commission Paritaire des Papiers de Presse, et que sa directrice brandit bien haut sa carte de presse...


Festivals : la musique aux bons soins du m’as-tu vu

Je n’ai jamais eu aussi peu envie de sortir de mon Marseille pour me rendre dans les innombrables festivals qui se tiennent dans le sud que l’été dernier. Avec la fermeture des frontières on a eu davantage recours aux interprètes locaux, avec l’habituelle confusion des valeurs et des niveaux. Mais ce n’est pas le pire. Prenez, un exemple qui me brise le cœeur, le Festival de Menton, cette magnifique invention jadis d’André Borocz. C’était l’un des plus beaux et des plus prestigieux festivals de la Riviera, l’un des plus anciens aussi. Il se déroule sur le parvis de la Basilique Saint-Michel Archange, lieu magique à la tombée de la nuit, où j’ai eu la chance, petit, d’entendre ceux qui étaient certes les vedettes de l’époque, dont Borocz était plus ou moins l’agent d’ailleurs, selon les cas. Mais ces vedettes s’appelaient Pierre Fournier ou Rostropovitch, David Oistrakh, Sviatoslav Richter, Samson François… Le directeur de ce festival est désormais un chef d’orchestre sans carrière qui invite tout ce que le mini-star-system des agents classique veut propulser chaque année. Cela ne ressemble plus à rien ; ou plutôt cela ressemble à partout ailleurs. C’est devenu l’un de ces festivals du m'as-tu-vu dont finalement la Direction artistique est assurée par les injonctions de la mairie ou du Conseil Régional auxquels il faut satisfaire, qui veulent y voir ce qu’on entend déjà toute l’année, à la télé ou à la Philharmonie de Paris. Et qu’on ne dise pas que ce sont des artistes que le public qui réclame : ils lui sont imposés.

La même observation vaudrait ailleurs pour tant d’autres festivals d’été, mais où je n’ai pas les mêmes souvenirs, ce qui a pu me rendre injuste ici avec Menton.


Certains services de musique en ligne ont de meilleures agences de publicité que d’autres :


L’Art du dossier de subvention

La période COVID et son injection massive de fonds visant à garder en vie les structures culturelles aura fait franchir une étape supplémentaire à l’impossibilité pratique désormais de survivre de la seule vente des places. Le secteur des musiques de variétés (appelez-les désormais “actuelles”) est lui aussi passé au cours des dernières années d’un statut à peu près libéral du point de vue économique à une économie para-étatique similaire au classique, par la grâce du financement des structures d’accueil de l’argent des collectivités locales. Dans les deux cas, les systèmes économiques qui se bâtissent sur ces financements se fabriquent des hierarchies de cachets qui ne tiennent que par la grâce des financements publics et dont ne profitent que quelques uns. L’accès aux comptes détaillés de bien des structures para-étatiques est impossible : essayez donc de vous les procurer, ou de savoir à quel prix on a booké le bébé-chef de l’Orchestre de Paris, ou Gustavo Dudamel : c’est impoli de demander.

Quand, par faiblesse et au prétexte d’efficacité pour remplir les salles les programmateurs vont au plus connu, et que le Service Public vise au plus bas, on en arrive à la situation décrite pour la programmation des festivals d’été. Je voudrais seulement pointer, si cela peut émouvoir quelqu’un, que les artistes les plus débrouillards pour se glissser dans les opportunités de subventions et les acrobaties mondaines ne sont pas souvent, de mon expérience, les plus géniaux. La subventionnite à tous crins ne propose comme garde-fou aux abus que l’esprit de responsabilité et de résistance et la conscience professionnelle des professionnels de la profession. Prions donc pour le retour de la vertu, le retour de la liberté d’esprit, contre la facilité, le suivisme et l’esprit de corps.


On lui a enfin dit non : cette fois, Pierre Boulez est vraiment mort

La fameuse salle modulable à l’Opéra de la Bastille fait les frais des déboires financiers de l’établissement. C’est bien la première fois qu’on refuse quelque chose à Boulez.


Des disques récents

Le calendrier des parutions discographiques vit encore au rythme d’il y a cinquante ans : celui des rayons des disquaires ou de ce qu’il en reste, alors que le streaming est dominant. Peu de nouveautés ou rééditions intéressantes tout l’été quand on avait le temps de les écouter, et une avalanche à la mi-septembre : un défi pour l’amateur le plus gourmand.

Je présente ci-dessous quelques parutions choisies pour diverses raisons, et très diverses, sans commentaires, mais qui m’ont fait passer de très beaux moments ces derniers temps. Avec un lien chaque fois vers mon service de musique en ligne préféré :


Deux liens charmants

Une page FB sur l’histoire des disquaires de Paris

Le webzine allemand CONCERTI propose une recension permanente des concerts et spectacles musicaux retransmis en ligne, en direct ou en replay. Gardez ce lien et retournez-y de temps à autre pour découvrir de jolies choses qui sortent des sentiers battus :
https://www.concerti.de/multimedia/streaming-von-opern-und-konzerten-in-zeiten-von-corona/