COUACS HEBDO - Numéro 30

Pensées et conseils avant de partir à la plage...

Au cours des mois de juillet et août la parution de COUACS HEBDO ne sera pas hebdomadaire. Le rythme hebdomadaire régulier reprendra le 29 août 2021 ! Bon été à tous, et merci de votre fidélité.


Éditorial

Quelles sont donc les compétences requises pour être membre du Conseil d’Administration d’une institution consacrée à la musique classique ?

Publié le 4 juillet 2021

On apprend par la lecture de la presse professionnelle que :

“ Vingt personnalités sont nommées au conseil d’administration de la Cité de la Musique - Philharmonie de Paris, par décret du 30/06/2021 publié au Journal officiel le 02/07/2021.
Parmi ces personnalités
- Douze sont nommées au titre des représentants de l'État (six membres titulaires et six membres suppléants)
- Trois au titre des représentants de la maire de Paris
- Cinq en raison de leurs compétences dans le domaine de compétence de la Philharmonie de Paris.”

Ce qui donne la liste suivante des membres du CA nommés par décret du 30/06/2021 :

Représentants de l'État

- Membres titulaires
Christopher Miles, directeur général de la création artistique du ministère de la Culture
Dominique Muller, délégué à la musique au sein de la direction générale de la création artistique du MC
Aude Accary-Bonnery, secrétaire générale adjointe du MC
Jérôme Farigoule, adjoint au sous-directeur de la politique des musées de la direction générale des patrimoines et de l’architecture au ministère de la Culture
Didier Fusillier, président de l'Établissement public du parc et de la grande halle de La Villette
Amélie Verdier, directrice du budget au ministère de l'Économie, des Finances et de la Relance

- Membres suppléants
Hélène Orain, adjointe au directeur général de la création artistique du MC
Stéphane Werchowski, adjoint au délégué à la musique au sein de la DGCA
François Moyse, chef du service des affaires financières et générales au secrétariat général du MC
Virginie Desrante, conservatrice du patrimoine chargée des arts décoratifs au sein de la sous-direction de la politique des musées du service des musées de France à la DGPA
Laura Chaubard, directrice générale de l'EPPGHV
Pierre-Yves Platz, adjoint au chef de bureau de la culture, de la jeunesse et des sports au sein de la direction du budget du ministère de l’Action et des Comptes publics

Au titre des représentants de la maire de Paris

Patrick Bloche, adjoint à la maire de Paris chargé de l'éducation, de la petite enfance, des familles et des nouveaux apprentissages et du conseil de Paris
François Dagnaud, maire du dix-neuvième arrondissement de Paris
Carine Rolland, adjointe à la maire de Paris en charge de la culture

Au titre des personnalités choisies en raison de leurs compétences dans le domaine de compétence de l'établissement

Patricia Barbizet, présidente de Témaris et associés
v, directrice générale du festival Séries Mania
Laurence des Cars, présidente de l'Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie
Constance Rivière, secrétaire générale de la Défenseure des droits
Jean-Louis Missika, conseiller de Paris. “

Je ne sais quelle réflexion la lecture de cette liste de noms avec leurs fonctions vous inspire. Personnellement, je me dis que le Conseil d’Administration d’une institution musicale de cette importance gagnerait à comporter des représentants de la profession musicale elle-même, des étrangers au besoin, pour éviter tout conflit d’intérêt et donner du recul et une vision fraîche. Il ne serait pas idiot non plus d’y faire siéger des compositeurs, des représentants d’institutions musicales de province, voire même d’autres représentants de la profession musicale, ou du numérique, ou des syndicats, qui sait ?

Le rôle de ce Conseil d’Administration est de surveiller et d’approuver les comptes, de faire des observations sur les choix de la direction, de la questionner sur certains arbitrages. Ici il comporte pléthore de représentants des tutelles, ce qui est normal, mais ayant compétence en tout sauf en musique ; il comporte aussi des politiques dont on espère qu’ils aiment et connaissent la musique au point d’avoir un avis sur le menu que leur présente comme projets la direction de la Philharmonie. On y trouve toujours l’inévitable femme d’affaires Patricia Barbizet1, grande mélomane devant l’éternel, par ailleurs mécène et soutien fervent du chœur Accentus de Laurence Equilbey, en résidence de l’autre côté de Paris à la Seine Musicale, institution concurrente… mais qu’on entend également si souvent à la Philharmonie de Paris… C’est bien le seul conflit d’intérêt musical qu’on pourrait reprocher à ce Conseil d’Administration puisque, mise à part la mélomanie de Madame Barbizet (qui n’est pas une expertise professionnelle), personne ne semble en mesure d’y confronter un avis compétent en musique avec la Direction, actuelle ou future. Dommage.

Est-ce mieux à Radio-France ? Au Conseil d’administration de Radio-France on trouve un musicien, un seul, membre de l’Orchestre National de France, mais au titre de représentant syndical. Au Comité de Direction de Radio-France, qui n’est pas seulement un groupe de radios mais aussi le dépositaire des plus gros moyens musicaux de l’hexagone, il n’y a pas un seul musicien ou compositeur ou représentant de la musique classique. Et pas davantage au Comité “Radio et Musique”.

Rappelons, par exemple, qu’après la libération de Paris en 1944, le compositeur Henri Barraud fut nommé Directeur musical de la Radiodiffusion française, qu’il fonda la Maîtrise de Radio France, qu’il fut directeur de la chaîne nationale RTF puis de l'ORTF ! C’était une époque où être compositeur de musique classique ou en général un acteur professionnel de la musique classique pouvait laisser prétendre à des postes de décision, et pas seulement à donner des concerts de crossover sur Rance Télévision. Maintenant c’est fini : quadn on fait du classique, on doit s’en excuser auprès de Aya Akamura.


À voir et à entendre pour l’été…

Quelques récentes parutions et rééditions remarquables

Publié le 4 juillet 2021

Le label Artalinna vient de publier un “live” du pianiste allemand Severin von Eckardstein d’une vigueur, d’une force de conviction exceptionnelles. Écoutez : sa musique crève l’écran ! 2

L’Année Beethoven a été passablement délirante chez les éditeurs discographiques : avalanche d’enregistrements prétentieux et/ou inutiles et, en raison de la COVID, ombre portée sur l’année 2021, empiétant de la sorte sur l’année de ce pauvre Saint-Saëns ni convaincue, ni convaincante. Mon disque Beethoven de l’année 2020 sera donc ce deuxième volume des sonates par la magnifique Viktoria Mullova, admirablement, superbement accompagnée au pianoforte par Alasdair Beatson. Voilà un disque vraiment exceptionnel, si les mots ont un sens.

Dans le premier volume de son intégrale des Sonates parue il y a quelques temps, Mullova était accompagnée de Kristian Bezuidenhout dont je suis moins enthousiaste.

Le label ARCANA, créé par Michel Bernstein, a été avalé, après la disparition de son créateur, par le groupe Outhere qui vient de rééditer l’une de ses plus belles réalisations, son intégrale des Sonates de Schubert par Paul Badura-Skoda au pianoforte. Il se trouve que j’étais en charge de la distribution de cette intégrale à sa parution. J’ai vécu les affres de l’insuccès qu’elle a connu initialement, volume après volume, au mitan des années 90.

Une quinzaine d’années plus tôt, entre 1978 et 1989, Michel Bernstein avait mené pour son précédent label Astrée une intégrale des Sonates de Beethoven par le même Paul Badura-Skoda, pareillement sur instruments d’époque :

Ce n’est pas malin de la part d’Outhere d’avoir changé les pochettes, de les avoir passés à la moulinette d’une charte graphique pas éblouissante, que ce soit pour Beethoven et surtout pour Schubert, en utilisant la même photo d’archives en noir et blanc de 1977 pour les deux intégrales. C’est anachronique et brouille la connaissance de l’évolution du travail de l’artiste. Particulièrement dans le cas de Badura-Skoda dont la discographie très abondante comporte parfois plusieurs versions des mêmes œuvres et donc de nombreux pièges pour l’amateur peu informé. Il faut lire les livrets (bien faits) pour avoir les informations.

Reste que cette intégrale des Sonates de Schubert est merveilleuse. Je l’ai réécoutée récemment de part en part. Elle comporte des sommets, des surprises ; la beauté des instruments est un ravissement constant, et la sublime liberté désinvolte du grand pianiste viennois, un vrai délice. La complicité qui unissait le producteur à l’artiste; le soin apporté aux prises de son comme aux montages, tout cela fait un modèle de ce qu’est l’édition discographique quand elle est vraiment de l’édition.

J’ai publié il y a quelques semaines plusieurs articles consacrés à la musique française du XXe siècle oubliée et constamment méprisée par les institutions du service public, dont Radio France. Le présent disque, consacré à la musique de chambre d’Alberic Magnard, ouvre d’autres horizons. Il n’a aucune actualité particulière, mais j’ai pensé qu’il pourrait vous faire du bien !

Le 5 novembre prochain on prend date pour le centenaire de la naissance de Georges Cziffra (1921-1994), pianiste français d’origine hongroise : il y tenait beaucoup. Voici une belle sélection de ses enregistrements de jeunesse réalisés pour Hungaroton.

Bonne nouvelle, le label Biddulph, qui fut tellement précurseur sur la redécouverte de tant d’artistes du passé, instrumentistes à cordes en particulier, est en passe d’être entièrement réédité en numérique, et propose même de nouvelles parutions !

J’ai évoqué il y a peu la mémoire de René Gambini, fondateur avec sa femme Suzanne des disques Lyrinx. Il avait publié il y a quelques années ces enregistrements inédits et posthumes de Pierre Barbizet3. À réécouter !

Peter Breiner est un compositeur, chef d’orchestre et arrangeur slovaque d’un talent énorme. C’est lui qui avait commis il y a quelques années Beatles Go Baroque, un groupe de quatre concertos composés “à la manière des Quatre Saisons” de Vivaldi, dont chaque mouvement était basé sur une chanson des Beatles. La nostalgie des airs et danses de la Slovaquie, beau pays natal de Peter Breiner, l’ont conduit récemment à composer les pièces et arrangements enregistrés ici. Personnellement, j’adore le crossover quand il est de cette qualité !

J’ai eu la mauvaise idée de penser qu’il était possible en 2019, avant la COVID, de présenter des concerts à Paris, d’artistes rares ou négligés des programmateurs subventionnés. Mal m’en a pris, j’y ai laissé des plumes, et la pandémie a conclu l’aventure. L’un de ces concerts a été enregistré et paraît aujourd’hui en disque sous label Challenge Reciords, le récital de Martial Solal en janvier 2019. Fort bel enregistrement des équipes de Radio-France. La musique au moins en restera gravée, et ce récital restera comme le dernier de l’artiste.


Post Scriptum !

En clôturant une nouvelle saison de ses exploits, Philippe Meyer vient aussi de réaliser la 200e émission de son « Nouvel Esprit Public », le podcast indépendant exemplaire qu’il avait créé après avoir été sorti de France Culture. Bravo à lui et à toute l’équipe !
Retrouvez Le Nouvel Esprit Public, le seul, l’unique, le vrai, chaque dimanche vers 13 heures en podcast sur votre plateforme de podcasts préférée, ou sur le site https://www.lenouvelespritpublic.fr/podcasts ainsi que toutes les émissions passées !

1

Pas de rapport avec Pierre Barbizet

2

Severin von Eckardstein donnera un récital en Corse cet été au Festival des Nuits du Piano d’Erbalunga

3

Pas de rapport avec Patricia Barbizet