COUACS EXPO : Hommage à Léo Kouper, par Jean-Baptiste Millot

Le grand affichiste est mort il y a quelques jours. COUACS vous offre une exposition web exclusive, grâce à la générosité du photographe Jean-Baptiste Millot

Bien triste nouvelle cette semaine que la disparition du dernier des grands affichistes et illustrateurs “à l’ancienne”, Léo Kouper.

C’est Léo qui a fait quelques-unes des plus belles affiches des films de Charlie Chaplin, quand ces films sont ressortis en salle. En particulier celle-là, géniale, où Charlot coupe la mèche du Führer. Une scène qui n’est pas du tout dans le film — idée qu’il pensait inacceptable pour Chaplin — mais que le créateur de Charlot accepta avec enthousiasme.

Le talent de l’affichiste (qui sait faire ça aujourd’hui ? ) est de faire rencontrer l’idée et son expression, comme on taille un crayon, bien pointu, pour en faire finalement une image marquante, qui parle d’elle-même. C’est Léo aussi qui réalisa en 1974 l’affiche fameuse du film Emmanuelle, avec cette pomme qui se déshabille…

Au-delà de son talent, qui était énorme, il procédait de la bonne manière, face à une commande même modeste, lui, artiste modeste, au service du projet quel qu’il soit.

On se dit que cette manière de faire, évidente, s’est perdue, que ce soit pour les affiches et, pire, pour les pochettes de disques !

C’était le talent magique, merveilleux, le génie de Léo Kouper, que nous pleurons.

Léo vous écoutait lui expliquer l’objet de l’illustration que vous lui demandiez, et puis son œil frisait, son regard bleu se mettait à pétiller. Quelques jours plus tard il vous rappelait : « Je crois que j’ai trouvé quelque chose ».

Il vous recevait alors avec tout un appareil de crayons de couleurs, de feuilles griffonnées, de calques avec lesquels il jouait en tous sens ; et il faisait évoluer votre projet en fonction de vos réactions.

La dernière fois où j’ai eu le plaisir d’avoir cet échange avec lui, par téléphone hélas, ce fut pour cette pochette d’un disque récemment paru, où il s’agissait d’illustrer la rencontre entre une mandoline et un accordéon :

Il y a quelques années, nous avions fait un reportage resté inédit avec l’ami Jean-Baptiste Millot, qui était allé photographier Kouper dans son atelier à Saint-Ouen, un extraordinaire capharnaüm tout rempli d’esquisses, d’originaux, d’affiches abandonnées ou définitives… Jean-Baptiste m’a autorisé à reproduire ici les photos de cette séance : qu’il en soit remercié.

…autant de chefs-d’œuvre marqués de la tendresse infinie que Léo Kouper mettait dans toutes ses créations.

En 2003, quand nous avons organisé avec Alexandre Leforestier un concert pour les cinq ans d’Abeille Musique, il nous avait fait une belle affiche, dont je n’ai sous la main, hélas, qu’un cliché pas terrible, mais voyez comme, une fois de plus, l’idée était jolie :

Léo jouait aussi avec beaucoup de finesse sur des thèmes devenus presque impossibles : il était incontestablement Charlie !

Et il n'avait pas sa langue dans sa poche !

… mais sa délicatesse était extrême :

So long, l’artiste !

… qui aimait tant la musique !