Éditorial : COUACS décoré !

Editorial. Dimanche 10 janvier 2021

Sans avoir été prévenu et sans qu’on me dise pourquoi, j’ai été élevé d’un cran dans les honneurs de la République qui m’a fait Officier dans l’ordre des Arts et Lettres. Je l’ai appris le 31 décembre, en découvrant les compliments de toutes parts sur les réseaux sociaux. Les décorations s’entendent sans doute pour les militaires et les héros, quant à nous autres…


C’était en janvier 2011, dans le TER entre Marseille et Cannes, à la veille de l’ouverture du Midem. J’étais en train de peaufiner l’agenda de mes 90 rendez-vous en 4 jours avec les labels que je distribuais. Une relation sympa du Ministère de la Culture m’appelle et me dit : “Yves, j’aurais besoin de ta date de naissance et d’une bio. Et surtout, est-ce que tu es libre en fin de matinée dimanche ? Comme je l’interrogeais sur les raisons de ces demandes, elle me répondit : “Oh, le Ministre vient finalement à Cannes, on organise une séance de décorations, et j’ai pensé que ce serait bien de te mettre en avant à cette occasion”.

À mes réticences, elle a répondu : “Bon, écoute, on ne va pas y passer des heures, ils disent tous ça d’abord, leurs réticences, leurs principes selon lesquels il faut refuser, et ensuite ils sont ravis. Et d’ailleurs, c’est amical et mérité. STP envoie-moi tes infos, là je vais te laisser, j’entre dans l’avion”.

Ce jour-là ma gêne a été tempérée par cette certitude que je n’ai jamais fait rien fait pour mériter une décoration. Et que ce serait au surcroît Frédéric Mitterand qui me remettrait la Médaille. Je l’aime bien, et il s‘est plutôt bien sorti de sa mission de ministre, surtout considérant les saloperies qui lui ont été faites. Lorsque je lui proposais jadis les artistes les plus divers pour ses émissions de radio ou de télévision, il les accueillait avec un enthousiasme qui ne relevait pas seulement de la politesse, encore même que cette politesse ait souvent disparu aujourd’hui. Et il était bien entouré. Un bon souvenir.

Ce dimanche-là, donc. Frédéric Mitterand avait un bras dans le plâtre par suite d’une mauvaise chute de scooter, ce qui avait causé l’incertitude sur sa venue. D’ailleurs, il manqua encore de tomber de l’estrade pendant son discours. Je faisais partie d’une promotion ultra-express, où figurait Christophe Maé : songez qu’avec ma spécialité on n’a pas toujours l’occasion de fréquenter de tels chanteurs à succès !


Fallait-il aujourd’hui refuser la montée en grade ? Cette réaction aurait pu sembler cabotine, d’autant que je m’étais laissé faire une première fois, que je pensais sans suite.

J’ai donc cherché les raisons qui pouvaient justifier cette promotion.
Me sentant en pleine activité je n’envisage pas que cette distinction soit l’épitaphe à ma vie et mes erreurs passées. Cette récompense vient donc, c’est évident, couronner le bons sens, l’audace, la haute tenue et l’exigence culturelle de COUACS, ma nouvelle création. 🤣

Je tiens à partager cet honneur qui m’est fait par Madame la Ministre, que je remercie, avec toi, fidèle lecteur, malheureusement si souvent anonyme, au vu du nombre d’abonnés aux adresses bizarres et impénétrables…

Alors, puisqu’il paraît que je suis décorable et donc utile à quelque chose, qu’il me soit permis de rappeler schématiquement ce qui me tient à cœur aujourd’hui, et qui sous-tend ce à quoi veux servir COUACS.

1) Patrimoine musical français

Je défends l’idée que le service public, devenu pour la musique classique une vraie serpillère, doit se préoccuper d’urgence désormais à Radio-France, dans les orchestres et grandes institutions subventionnées, du patrimoine musical du XXe siècle, des compositeurs nés entre 1880 et à 1930 chassés du spectre de préférence de Boulez et de ses suiveurs, et dont la musique a été méprisée et ignorée jusqu’à présent.

Et je suggère respectueusement qu’un cahier des charges soit imposé aux programmateurs qui disposent de l’argent public, leur traçant des obligations , afin de rectifier ces injustices et réaliser enfin l’exploration nécessaire au rayonnement du patrimoine musical français, ce qui fera au surcroît grand plaisir aux amateurs.

2) Production discographique française

Je défends l’idée que les orchestres et les moyens dont dispose Radio-France, en particulier symphoniques, choraux, techniques, doivent être mis désormais à la disposition des éditeurs phonographiques, en particulier français, sans exclusivité de maisons de disques, afin de les aider à enregistrer la musique française méconnue. Qu’on s’inspire de ce qui a été fait au Royaume-Uni. L’absence de toute politique discographique digne de ce nom à Radio-France est non seulement aberrante, mais aussi gâchis de moyens. La combinaison d’une meilleure programmation de ces répertoires en concert, qui y sont absents aujourd’hui, donnera autant d’occasions de les fixer sur disques.

3) La musique classique à la radio et à la télévision de service public

Je défends l’idée que le service public de télévision et de radiodiffusion est dévoyé au plan de son action en faveur de la musique classique. On attend de lui qu’il fasse son devoir : qu’il mette en présence de la musique classique des publics larges, qui sont les siens, qui ne la connaissent pas, ou mal.

La “délinéarisation” des émissions et Internet, qui offrent des avantages d’usage évident, n’ont rien à voir là-dedans : ils servent d’alibi pour exclure le répertoire de la musique classique des programmes généraux, sur les vaisseaux amiraux du service public que sont France 2 et France Inter. La “diversité” des musiques est bonne pour tous les genres semble-t-il sur ces antennes, sauf pour la musique classique. Etonnons-nous alors du vieillissement du public !

Sur France 2, il n’y a plus guère que des émissions prétextes qui présentent toujours les mêmes artistes classiques. À France Inter il y a eu formatage de l’antenne autour de quelques thèmes, ce qui est à l’évidence plus efficace pour booster l’audience, mais qui fait l’impasse sur cette mission évidente qu’il faut présenter la musique dans toute sa variété de genres et à tous les publics. Cette mission n’est plus remplie depuis l’abolition de la tranche classique de l’après-midi sur France Inter. Frédéric Lodéon migré de France Inter à France France Musique, na pas la même portée.

À France Musique on a formaté l’antenne en excluant ou cantonnant les programmes “embarrassants”, c’est-à-dire requérant l’attention particulière de l’auditeur, pour courir après l’audience de Radio Classique. C’est certainement moins grave que ce qui se passe à France Inter ou à France Télévisions, mais cette situation crée un problème esthétique, et un réel affadissement de l’antenne ; et interroge sur la raison pour laquelle on déploierait de l’argent du service public pour abaisser le niveau quand au contraire il faudrait aujourd’hui le hausser.


Madame la Ministre, voici donc les trois idées fixes qui sont aujourd’hui les miennes, celles de l’homme qui espère mériter, pour elles, l’honneur que vous lui faites…