Compositeurs français méconnus : une liste, oui, mais pour quoi faire ?

Notre liste de compositeurs français méconnus comprenait d’abord 120 noms, avec des oublis presque impardonnables et des erreurs.


La liste à jour au 17 avril 2021 est consultable ici. Le document sera mis à jour chaque semaine. Si votre suggestion n’y figure pas, elle sera sans doute intégrée la semaine suivante. Merci de communiquer vos suggestions *exclusivement* par mail à contact@couacs.info pour faciliter la gestion des contributions et éviter les pertes d’informations…


À la suite des nombreuses suggestions qui m’ont été adressées, la liste a été portée à près de 200 noms. J’y ai inclus à cette occasion des compositeurs volontairement laissés de côté, les considérant comme évidents et familiers, et leur musique elle-même majoritairement connue et jouée, tels que Debussy, Ravel, Duruflé, Messiaen etc. J’avais également sciemment omis certains compositeurs très importants (Barraqué, Chausson, Dukas…) : étant à la tête d’un catalogue très court, ils sont pour l’essentiel correctement représentés au concert. Mais la règle restera toujours discutable ; le cas emblématique de Darius Milhaud en est un exemple : si son nom est célèbre et même populaire, le ratio d’œuvres connues et jouées est très faible, compte tenu de l’abondance de sa production.

Parmi les compositeurs listés il y a (selon ce que j’en connais) de grandes diversités de talents. Certes, il ne suffit pas d’avoir été négligé pour avoir été scandaleusement négligé ! Mais si la musique n’est pas envisagée, travaillée et en fin de compte défendue aussi à un non niveau d’exigence, on n’en saura rien. Ayant personnellement produit des disques symphoniques de certains de ces compositeurs, il m’arrive d’avoir des remords pour ne pas avoir réussi à réaliser des enregistrements aussi satisfaisants qu’ils auraient pu l’être. Mais l’obligation de travailler avec des bouts de ficelle, avec des orchestres lointains au lieu de pouvoir travailler avec des orchestres français, est un problème constant qui s’est posé aux éditeurs depuis 40 ans. Et ça continue.


Parvenir à une liste structurée et utile pour la suite nécessitera une organisation différente ; je vais tenter de diviser prochainement en trois parties successives, avec un index général, cette liste pour vraiment y mettre en avant des compositeurs sur lesquels il serait vraiment urgent de militer, tout en mentionnant dans le document pratiquement tous les noms importants, ce qui permettra aussi de travailler à des œuvres rares de compositeurs plutôt connus.

Quand on parle de compositeurs méconnus, il faut s’entendre : méconnus, oui, mais de qui ?

Aux super-mélomanes discophiles d’aujourd’hui, les noms de compositeurs tels que Roger-Ducasse ou Abel Decaux paraîtront familiers, car depuis 40 ans les éditeurs de disques, entreprises privées même si aidées, ont fait un travail assez admirable quand les institutions subventionnées faisaient si peu.

Le label TIMPANI a réalisé un remarquable travail sur Jean Cras qui s’est traduit par une série de disques présentant ses œuvres les plus estimables dans des interprétations soignées et inspirées. En premier lieu, je citerai son opéra Polyphème créé en 1922 à l'Opéra-Comique à Paris. Jean Cras est un exemple intéressant de compositeur aujourd’hui plutôt très bien documenté au disque… mais JAMAIS joué au concert par les orchestres français !


Le concert, oui, voilà bien le problème. Rarissimes sont en France les interprétations symphoniques de compositeurs du XXe siècle de notre liste de méconnus, quand bien même leur musique n’est pas si ardue stylistiquement et présente même des partitions chatoyantes.

Interrogez à la sortie d’un concert quelconque de l’Orchestre de Paris des mélomanes élevés au biberon de la Philharmonie : il est bien probable qu’ils y auront entendu jouer ces dernières années des œuvres de Franz Schreker, Mieczyslaw Weinberg ou Alexander Zemlinsky, trois grands compositeurs, ce n’est pas la question…, mais de Maurice Emmanuel, Charles Kœchlin ou Jean Cras, point.

Je lisais cette publicité sur un concert de l’Orchestre de Paris cette semaine :

De grandes œuvres, de grands compositeurs, là n’est décidément pas la question. Mais pour l’un des premiers concerts à la tête de l’orchestre de leur nouveau bébé-chef, vous le voyez comme moi, ce programme refléte bien l’idéologie boulézienne — qui paraît-il n’existe pas, n’a jamais existé et d’ailleurs n’existe plus selon mon contradicteur le plus fidèle (et néanmoins ami) Alain Lompech ! Il n’est pas jusqu’à l’argument de “la modernité musicale”, cette tarte à la crème usée jusqu’à la corde, qui ne soit appelée à la rescousse…


Alors oui, une liste de compositeurs méconnus, mais pour quoi faire ?

Pour les faire entendre !
Et pour susciter des vocations et rendre visibles et dénoncer les manques de la vie musicale française à l’égard du patrimoine, symphonique et lyrique en premier lieu.

C’est pourquoi, avec les moyens dont nous disposons nous tenterons de donner au cours des prochaines semaines par la mise à jour de notre liste des pistes qui seront autant de beaux moments de musique.


PS - Un lecteur François Mardirossian, me communique cette jolie suggestion :

“ Sensible à votre démarche concernant les compositeurs français du siècle passé, je vous transmets une vidéo où vous pourrez entendre quelques rares pièces du compositeur, pianiste et directeur de conservatoire lyonnais Ennemond Trillat. Il fit à Lyon une carrière à la manière d’Alfred Cortot : du trio et de la musique de chambre, il fut aussi un très bon pianiste, un grand pédagogue, très investi dans les milieux culturels. Il s’intéressa de près aux compositeurs français du passé tels que Balbastre, Rameau, Leclair…  

Voici quelques pièces pour piano seul de Ennemond Trillat par Marie-Annick Chamarande, une pianiste lyonnaise passée par la classe de Vlado Perlemuter. Ces pièces sont simples, sans prétention et donnent une belle image de ce qu’un pianiste de talent pouvait offrir à son instrument sans avoir le talent d’un Pierre-Octave Ferroud, qui était son ami. Belles harmonies subtiles, lignes claires et précises et sens de la concision. Et surtout, un exemple unique de compositeur non-parisien qui sut le rester... ”


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