Ce ne sont que quelques disques... (I)

Édition du 13 novembre 2020

Point de critique musicale sérieuse ici, ni de discographie comparative ! Chaque vendredi, la recension très brièvement commentée d’albums déjà écoutés, qu’on a commencé à écouter, ou qui donnent très envie d’écouter !


Les divers services de streaming se voient livrés chaque mois de quelque quatre cents nouveautés classiques. Face à cette abondance, les espaces de présentation sont limités sur les plateformes de musique en ligne. Les mises en avant éditorialisées sont souvent dictées par les impératifs commerciaux tout comme elles l’étaient dans les magasins. Un grand nombre de réalisations qui mériteraient l’attention à des titres divers passent à la trappe. La recension même de ces nouveautés s’avère problématique tant il est difficile de les trouver sur les services de streaming, au-delà des têtes de gondoles.

Le vendredi a été fixé depuis quelques années comme le jour principal des sorties de nouveautés pour la plupart des maisons de disques. Le vendredi sera donc ici chez COUACS, si vous le souhaitez, votre rendez-vous avec une sélection de nouveautés. Cette sélection est réalisée dans la plus totale subjectivité et sans la moindre volonté d’exhaustivité.

Nota - Les liens d’écoute dirigent vers Qobuz avec qui nous n’avons aucun accord commercial, mais parce que nous nous en servons au quotidien et que les livrets y sont souvent disponibles, qui permettent de savoir ce qu’on écoute. Mais ces disques peuvent être écoutés ou téléchargés sur toutes les autres plateformes, sauf mention contraire.

Allez… ce sera le disque de la semaine : un grand violoniste, un grand chef, sans doute le meilleur de sa génération en Tchéquie, et trois oeuvres majeures. [ Label : BIS ]

Presque ex-aequo, comme disque de la semaine ! Cet album consacré à des oeuvres de musique de chambre de Ravel par la bande de cadors exceptionnels, les solistes de la Philharmonie de Berlin. À noter, une jolie transcription pour flûte, alto et harpe de la Sonatine, par le grand harpiste Carlos Salzedo (1885-1961). [ Label : IndéSens ]

Encore un disque de la semaine ? Oui ! Mais de la semaine d’avant, quand cette rubrique n’existait pas encore. Impossible de passer sous silence cette interprétation merveilleuse, magique, scotchante, des Goldberg, par Pavel Kolesnikov. Un très, très, grand disque, d’un artiste unique. [ Label : Hyperion ] 
Nota - Ce disque n’est pas disponible en streaming. Il est téléchargeable sur le site de l’éditeur, en bonne qualité ou sur iTunes en compressé.

Nouvel album enthousiasmant de l’ensemble Les Ombres dirigé par Magaux Blanchard et Sylvain Sartre, consacré à Boccherini : “Une nuit à Madrid”. Mais oui, il y a le Fandango dedans ! [ Label : Mirare ]

Matt Haimovitz, l’un des plus grands parmi les violoncellistes actuels et l’un des plus discrets, aussi, s’est depuis longtemps libéré de son contrat initial chez DG pour voler de ses propres ailes discographiques, avec son label Oxingale, qu’il développe maintenant en partenariat avec Pentatone. Sous le titre MON AMI, mon amour (pourquoi pas ? ce monde manque tellement d’amour…) il offre un programme de musique française, en compagnie de Momo Kodama au piano. Sonates de Poulenc et de Debussy, Kadish de Ravel, Trois pièces de Nadia Boulanger, Après un rêve et l’Élégie de Fauré etc. [ Label : Pentatone / Oxingale Series ]

Ce disque est une fête, et aussi une fête de famille. Outre le grand Quintette avec piano et les deux Quatuors à cordes, il comporte deux pièces pour violoncelle et piano qui sont des premières discographiques (Variations chantantes sur un air ancien, (1905) , Deux improvisations sur des airs irlandais (éd. 1911). La fratrie Tchalik (Gabriel et Louise aux violons, Sarah à l’alto, Marc au violoncelle pour le quatuor à cordes, et Dania au piano), est une bande d’immigrés très bien intégrés chez nous, originaires d’Odessa ! Ils honorent avec ferveur la musique française, et n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai quant à la musique de chambre de l’auteur de Ciboulette. Ils ont en particulier déjà enregistré la superbe Sonate pour violon et piano sur un précédent album Le violon de Proust. Le Quatuor Tchalik, qui a remporté le Premier prix au concours Mozart de Salzbourg, a joué en 2018 le Deuxième Quatuor dans la salle du Mozarteum. Hahn lui-même avait notamment dirigé Don Giovanni à Salzbourg en 1906 avant d’œuvrer à la redécouverte des grands opéras mozartiens dans le Paris des Années folles, Et de composer bien sûr la comédie musicale Mozart, écrite avec Sacha Guitry.
Un album délicieux et talentueux. [ Label : Alkonost Classic ] 

Chez Tacet, on découvre la réédition d’un disque de 2000, du remarquable Sächsisches Vocalensemble, consacré aux Motets de Bach. [ Label : TACET ]

Les Six Sonates pour clavier et violon de Bach nous viennent sous les doigts de Odile Edouard et Freddy Eichelberger. Ces deux-là forment déjà un couple de 30 ans concert. Choix et beauté des orgues, qualité de la prise de son et qualité de l’édition… L’Encelade est l’un de ces labels français récents qui savent travailler. [ Label : L’Encelade] 

Les choeurs de la Radio Lettone enregistrés dans l’immense et impressionnante cathédrale de Riga, pour une sélection des Motets si beaux de Bruckner. Et sa Missa Brevis, oeuvre de jeunesse. Les Motets de Bruckner, c’est troooop beau. [ Label : Ondine ]

Bizarrerie, les Six quatuors à cordes de Mozart enregistrés pour les Discophiles Français en 1951 et 1952 par le Quatuor Vegh n’étaient pas disponibles en musique numérique. Ci-dessus nous reproduisons la pochette originale toilée, superbe. Le label Archipel est spécialisé en rééditions numériques du Domaine Public et réalise ici une bonne action en les rendant aux amateurs, et même avec un petit livret numérique succinct mais utile. Certes ces enregistrements existaient, entre autres oeuvres, dans un coffret physique EMI, mais qui n’a pas encore été rendu disponible en numérique. On n’a pas le temps d’attendre quand on aime le Quatuor Vegh ! [ Label : Archipel ]

À noter que Ronald Brautigam en a fini de son intégrale des Concertos de Mozart au pianoforte, en compagnie de la Kölner Akademie. Le “coffret” de l’intégrale est disponible en téléchargement et streaming. Pas eu le temps de tout écouter, mais Brautigam y est souvent très interessant, si pas toujours. [ Label : BIS ]

En Belgique, la Queen Elisabeth Music Chapel (en bon belge), initiative louable plaçée sous la Présidence d’Honneur de Sa Majesté la Reine Paola, fait (elle aussi) des disques. D’ailleurs, il n’y a plus que ma concierge, ces temps-ci, qui ne fait pas des disques classiques. La Chapelle les publie en collaboration avec le label Fuga Libera. Mozart est au programme de ce deuxième coffret, le premier ayant été un hommage à Ysaye qui contenait entre autres un véritable trésor, le Concert de Chausson, par Kolesnikov et le Quatuor Hermès. Ici, Frank Braley et Louis Lortie tiennent la main à de jeunes talents, en concerto : la pianiste Victoria Vassilenko, la violoniste Vladyslava Luchenko, et la mezzo-soprano Iris van Wijnen, en compagnie de Kaspar Zender à la tête de l’Orchestre Symphonique Bienne Soleure (c’est en Suisse). Dommage, franchement, que la réalisation graphique de ces albums semble pensée pour les rendre sinistres, confus et invendables, et pour que personne n’y comprenne rien — d’autant que le nombre des artistes dans chaque référence ne facilite pas le message. Malgré ça : vivement recommandé. [ Label : Fuga Libera ]

Si Martin Anderson et son label Toccata Classics n’existaient pas, il faudrait les inventer. Spécialisés dans l’inédit, il nous dénichent cette fois la musique du compositeur mexicain Julián Carrillo (1875–1965) qui fut également un glorieux théoricien de la musique. Post romantique, sa deuxième symphonie est d’un lyrisme opulent ! Amusez-vous à explorer ce label, vous vous y perdrez des heures, mais dans le plus grand bonheur. [ Label : Toccata Classics ]

Du côté de la musique moderne, si vous aimez les percussions, jetez une oreille sur l’album de ce jeune artiste très doué qui fera beaucoup parler de lui : Kai Strobel. Son disque carte de visite est consacré à Tōru Takemitsu, Iannis Xenakis et à des créations mondiales qui lui sont dédicacées. Vraiment très bien. [ Label : Genuin ]

De Nouvelle-Zélande nous vient le disque du violoncelliste français Sébastien Hurtaud, qui joue le concerto d’Elgar, dernière œuvre achevée du compositeur, et le premier enregistrement du compositeur néo-zélandais Gareth Farr. Les deux pièces, composées à un siècle d’écart sont pourtant liées par une inspiration tragique, celle des horreurs du Premier conflit mondial. Avec l’Orchestre symphonique de Nouvelle Zélande, qu’on commence à bien connaître, sous la direction de Benjamin Northey.
[ Label : Rubicon Classics ]

Deux petites sucreries pour terminer :

L’excellent Quatuor Mandelring dans un programme de ses “bis” intitulé Pennies from Heaven... [ Label : Audite MusikProduktion ]

et un récital “ Aveu passionné ” de petites pièces russes par le remarquable pianiste Boris Bloch, sur lequel il faudra revenir. Il fut entre autres l’accompagnateur fidèle de la regrettée Galina Vichnevskaïa. [ Label : Ars Produktion ] 


Ah oui j’allais oublier !
La pochette la plus *** (de la semaine) dans la série des concepts à la noix.

  • À vendredi prochain !

    MAJ et correction le 23 novembre 2020, le disque des Motets de Bach est en fait une réédition de 2020.