[ARCHIVE ] Pour un service public de la "​ deuxième salle de concerts numérique "​

Cet article a été publié initialement le 25 août 2020 sur Linkedin.
Au moment ou Delphine Ernotte, pédégère de France Télévision annonce la création d’une chaîne culturelle éphémère, il m’a paru intéressant de re-publier ici ce que j’écrivais à l’époque.


L'effroi qui règne chez tant de musiciens et d'institutions musicales actuellement en raison des mesures de santé publique est :

  • pour les grassement subventionnés, de jouer payés devant des salles vides, et craindre de se voir bientôt contestée leur utilité, et ce qu'ils coûtent

  • pour les solistes ou ensembles indépendants ou peu subventionnés, de ne pas pouvoir boucler leur budget et de devoir arrêter de jouer

La solution est assez simple, avec un service public qui ne servirait plus seulement à financer du France 2 mais permettrait aussi de financer les places de la salle de concerts numérique.

  1. Les subventionnés seraient tenus et aidés à bâtir chacun une "salle de concert numérique" c'est-à-dire s'équiper et être capables de produire la captation de leurs concerts. Je rappelle que le CNC avait de la sorte mis en place un plan qui a permis à l'entièreté du parc de cinémas français de passer en très peu de temps à la projection numérique, ce qui avait du coûter bonbon et coûtera bien moins cher ici. Qu'en voilà ,un beau projet pour la musique classique au Centre National de la Musique, Jean-Philippe Thiellay ! Au demeurant, la plupart des grandes maisons sont déjà capables dès aujourd'hui de le faire. Il faut aussi que les prestataires ne soient plus coproducteurs si il y a de l'argent public, afin de libérer les droits, et ne plus se retrouver avec des captations invisibles dès lors que c'est l'argent public qui les a rendues possibles. On pourrait prévoir une formule Premium payante, pour ceux qui veulent vraiment écouter Renaud Capuçon et sa clique.

  2. Le service public modernisé bâtirait un service / une chaîne de live a la demande proposant chaque jour une large offre, et de streaming du stock des archives sans limitation de durée. Un service GRATUIT pour l'utilisateur qui paie déjà sa redevance et ses impôts. Bien plus large que Arte ou Medici, et non sujette à des choix éditoriaux qui vont de la branchouille idiote à l'allégeance aux majors du disque coproductrices ds programmes, en pasant par les goûts singuliers de nos amis allemands ou des amis de Arte Allemagne. Par exemple : Daniel Hope ne dit rien au public français, mais a son rond de serviette en permanence chez Arte. Vous savez pourquoi, vous ?

De la sorte les subventions a la création du Ministère de la Culture serviraient de manière pérenne à l'instruction du public ; le problème de la diffusion des créations serait réglé quand le déplacement des ensembles est coûteux, pas toujours efficace, ou peu souhaitable écologiquement.


En vérité, il n'était pas nécessaire d'attendre d'être dans le trou avec la Covid pour mettre en œuvre cette solution. Elle est de bon sens afin que les diverses subventions à la création et à la.production ne se trouvent pas confrontées à une absence de solutions de distribution adaptées.

On ne peut plus se suffire des spectateurs dans la salle. Une création a Marseille ou Angers doit pouvoir profiter au public concerné, à Nice ou Montauban. Ce qui ne veut pas dire aller chercher de l'audience à tout prix car ce qui compte c'est que les 3 spectateurs intéressés par les Caprices de Marianne à Anglet puissent bénéficier quand ils le veulent du spectacle monté à l'Opéra de Marseille en direct ou trois ans plus tard. Ce qui impliquera des discussions avec les musiciens qui comprendront y trouver leur compte, et comme leurs représentants sont tous autour de la table du Centre National de la Musique ce sera sans doute très facile : sinon pourquoi sont-ils tous là ?

On connait déjà le problème du "disque" classique, qui vomit 400 nouveautés par mois, la plupart subventionnés par les artistes, les institutions, les sociétés civiles dans un système incapable de permettre le moindre retour sur investissement sérieux, parce que les plateformes de streaming de type Deezer ou Spotify sont rédactionnellement et économiquement inadaptées a sa logique culturelle.

On a maintenant le même problème avec le concert et le spectacle subventionné.

Dans ce domaine, il suffit que le Service Public fasse son travail. Il n'y a même aucune difficulté ni enjeu technique, tous les outils, et le modèle existent. Simplement, il ne faut pas faire développer par des stagiaires, comme semble-t-il chez Ina-Madelen…

Voilà une part de ce que devrait être une mission rénovée du service public. Ce qui résoudrait le présent problème conjoncturel ; et apporterait une solution pérenne à tant d'argent qui s'envole en fumée chaque jour faute de cette "deuxième salle de concert numérique".

Enfin, cela contribuerait au chaos actuel qui permet aux Rolex et autres oligarques russes, et à leurs lèche-boules, toujours les mêmes, de décider de qui a le droit de se faire entendre et engraisse un show business classique dont le premier modèle économique est l'argent public, augmenté ensuite de l’argent des sponsors qui va aux initiatives déjà financées !